Environnement | Protéger les ressources naturelles

06 mai 2008

Les consommateurs se mettent au vert

 
Première Journée de la Terre en 1970
La première Journée de la Terre à New York, le 20 avril 1970. (© AP Images)

Traci Purdum

Beaucoup de consommateurs se rendent compte que leurs habitudes en matière de consommation affectent l'environnement et ils font pression sur les sociétés pour qu'elles réduisent les effets négatifs de leurs activités.

 

Traci Purdum est rédactrice en chef de la revue HVACR Business, mensuel consacré à la gestion des activités commerciales et qui s'adresse aux professionnels du chauffage, de la ventilation, de la climatisation et de la réfrigération.

En ma qualité de journaliste spécialisée dans les questions commerciales, je suis bien obligée de me tenir au courant des tendances en matière de consommation. Peu importe le secteur abordé dans mes articles : c'est l'acheteur final qui tient le sort de l'économie de marché entre ses mains.

Malheureusement, certains consommateurs changent facilement d'avis. Le gadget qui est indispensable aujourd'hui sera relégué aux ordures demain - il aura passé de mode, ou bien il sera victime de ce phénomène souvent ahurissant qu'est l'obsolescence instantanée.

Pourtant, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à se rendre compte des effets de leur consommation sur l'environnement. Ils ont un comportement intelligent et ils n'en attendent pas moins des entreprises dont ils achètent les produits ou les services. Cela signifie qu'il faut créer des produits capables d'aider les consommateurs non seulement à organiser leur quotidien, à avoir du succès dans leur vie personnelle et professionnelle, à soigner leur apparence, à se sentir bien dans leur peau et à être l'envie des voisins, mais aussi à diminuer leur empreinte écologique.

Cette année marque le trente-huitième anniversaire de la Journée mondiale de la Terre, le fruit de l'imagination d'un sénateur américain qui a eu l'idée de sensibiliser le grand public aux questions environnementales.

Comme le note le site Earth Day Network (EDN), à l'époque de la toute première célébration, « les Américains conduisaient des voitures à huit cylindres qui consommaient de l'essence plombée à n'en plus finir. L'industrie régurgitait de la fumée et des boues sans avoir à se préoccuper des répercussions juridiques possibles ou d'une mauvaise publicité. La pollution aérienne était couramment assimilée à l'odeur de la prospérité. L'environnement était un mot que l'on entendait plus fréquemment dans les concours d'orthographe qu'aux actualités. »

Si le message a eu du mal à s'imposer dans les années 1970, il faut reconnaître que dans le monde d'aujourd'hui il est difficile de ne pas être conscient - ou tout au moins curieux - de l'effet que nous avons sur les ressources limitées de la planète. Et c'est précisément ce souci qui pousse les entreprises à répondre aux attentes des consommateurs en ménageant l'environnement.

Construire « vert »

De fait, le mot « vert » fait fureur parmi le grand public, que ce soit dans la publicité, les émissions de télévision, les spectacles, les dossiers des entreprises ou les conférences.

Fin 2007, par exemple, j'ai assisté à la grande foire internationale d'habitations vertes, connue sous le nom de « Greenbuild », qui a eu lieu à Chicago sous les auspices de l'U.S. Green Building Council. Cette exposition a attiré plus de 20.000 personnes - constructeurs, architectes, étudiants, membres de la presse tous sensibilisés à l'environnement - qui voulaient voir de leurs propres yeux le changement fondamental qui s'opère dans l'industrie du bâtiment.

Donnant le coup d'envoi de la conférence, l'ancien président Bill Clinton a annoncé à un parterre d'auditeurs venus du monde entier la création de plusieurs nouveaux partenariats destinés à améliorer l'efficacité énergétique de centaines de millions de mètres carrés d'immeubles publics et privés répartis sur l'ensemble du territoire des États-Unis.

Cette initiative environnementale a su s'imposer dans un secteur notoirement connu pour son appétit insatiable de ressources forestières et d'espaces verts. Pourquoi ? Parce que les consommateurs l'exigent.

Fabriquer « vert »

Cette maison verte a des planchers en bois de lyptus
Cette maison verte a des planchers en bois de lyptus, arbres capables de se régénérer en l'espace de 20 ans. (© AP Images)

Et le consommateur finit toujours par avoir le dernier mot. Les fabricants tiennent compte de l'environnement pour faire tomber dans leurs poches les dollars des consommateurs.

La société General Electric, par exemple, a entrepris une campagne d' « écomagination » visant à mettre en relief son attachement à un environnement plus propre. Nike a créé la cellule NEAT (Nike Environmental Action Team) dont l'objectif est de mettre en place des programmes novateurs de recyclage et d'éducation des consommateurs ; l'un de ces programmes, Reuse-A-Shoe (Réutilisez les chaussures), concerne la récupération de chaussures de sport usagées auxquelles Nike trouve de nouvelles utilisations. Ces entreprises comprennent l'impact de la dimension environnementale et son effet sur leur chiffre d'affaires. C'est faire preuve d'irresponsabilité, ou pis encore, que de tarder à tenir compte des ressources de la planète.

Mais il ne suffit pas de se montrer respectueux de l'environnement. Les entreprises savent que la commercialisation de produits verts a un effet plus salutaire sur leur bénéfice net que l'allègement de leur empreinte carbonique.

Mettant en relief la dimension écologique de sa société, le P.D.G d'Apple, Steve Jobs, a récemment adressé un courrier à ses clients dans lequel il note que cette dernière avait été « critiquée par certaines organisations environnementales pour ne pas être un leader en matière d'élimination des produits toxiques dans ses nouveaux produits de même que pour ne pas recycler systématiquement ni correctement ses anciens produits. Or en examinant les pratiques actuelles d'Apple en la matière et les progrès réalisés, j'ai eu la surprise de constater que, dans bien des cas, Apple devance dans ces domaines, ou le fera prochainement, la plupart de ses concurrents. Indépendamment des autres améliorations que nous devons apporter, il est certainement clair que nous n'avons pas su communiquer ce que nous faisons de bien. »

Des pontes de l'industrie électronique font remarquer que la démarche la plus respectueuse de l'environnement que puissent entreprendre les sociétés consiste à espacer les achats de nouveau matériel. À l'avenir, les consommateurs seront les gagnants de la bataille entre les fabricants de produits électroniques qui tentent d'obtenir leurs dollars en mettant sur le marché des versions améliorées de produits existants plutôt que de nouveaux systèmes complets et onéreux.

Voyager « vert »

Fait intéressant, les consommateurs ne se soucient pas seulement des produits. Les considérations écologiques pourraient bien également influencer la façon dont ils se déplacent et le choix des hôtels où ils passent la nuit lorsqu'ils voyagent pour affaires ou dans le cadre de leurs loisirs.

Les agences de voyage et les hôtels « verts » font leur apparition un peu partout dans le monde et ils ne se contentent pas d'attirer les globe-trotters écolos jusqu'aux dents. Même le touriste occasionnel est sollicité de façon subtile. Des affichettes dans les hôtels qui invitent les clients à réutiliser leurs serviettes de bain et à dormir deux nuits de suite ou plus dans les mêmes draps pour économiser l'eau au règlement électronique des notes d'hôtel, l'industrie du voyage et du tourisme retire des bénéfices financiers de son respect de l'environnement. Les consommateurs ont bonne conscience quand ils descendent dans un hôtel vert, et les hôtels, en ralentissant leurs compteurs d'eau et d'électricité, voient leurs factures diminuer.

Et qu'en est-il des transports aériens ? La pollution aérienne sous la forme d'azote nocif pour l'ozone et de gaz carbonique fait réfléchir beaucoup de consommateurs à deux fois avant de choisir un moyen de transport. Comment ménager son empreinte sur la planète sans se priver de l'aspect pratique des déplacements en avion ?

La création de programmes de compensation des émissions de gaz carbonique s'inscrit dans une tendance récente. Ils ciblent les consommateurs culpabilisés qui veulent effacer leurs péchés environnementaux.

Par exemple, la compagnie aérienne Continental Airlines a mis en place un programme de cette nature élaboré en partenariat avec l'organisation sans but lucratif Sustainable Travel International (STI). Ce programme permet aux consommateurs qui le désirent de découvrir l'empreinte carbonique de leur itinéraire tel qu'il est calculé par STI en fonction de la consommation de carburant de l'avion qu'ils vont prendre. Les voyageurs peuvent alors faire un don à l'un des quatre portefeuilles de projets de STI :

• celui des projets « Gold Standard » de réduction des émissions qui sont gérés par MyClimate ; ces projets, qui portent sur des énergies renouvelables ou l'efficacité énergétique, sont validés, enregistrés et vérifiés conformément aux principes du Mécanisme pour un développement propre (MDP) énoncés dans le Protocole de Kyoto ;

• celui des projets internationaux de reboisement qui visent à préserver et à créer des espaces forestiers essentiels et qui sont conçus conformément aux normes de la CCBA (Climate, Community, and Biodiversity Alliance) ;

• celui des projets d'énergie renouvelable, parcs éoliens par exemple, qui sont certifiés par l'organisme américain Green-e ;

• ou plusieurs de ces projets.

Le bénéfice net vert

Le rêve que caressaient nos ancêtres de voler comme un oiseau, d'ériger des immeubles capables de toucher le ciel et de tracer des voies dans le monde entier a fini par donner naissance à des industries massives dont le premier instinct a été d'ignorer délibérément leurs répercussions sur l'environnement - le tout au nom du progrès. Aujourd'hui, tel le phénix qui renaît de ses cendres, l'industrie se met à l'écoute de l'environnement et elle s'efforce de renaître - le tout pour répondre à la demande des consommateurs.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ni les politiques du gouvernement des États-Unis.

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