06 mai 2008

Brad Kenney
De nos jours, bien que leurs liens d'amitié soient relativement récents, les organisations non gouvernementales et les entreprises œuvrent de concert en vue de forger des partenariats durables.
Brad Kenney est rédacteur spécialisé dans les questions de technologie et d'environnement pour la revue Industry Week.
Depuis une vingtaine d'années, on observe aux États-Unis une prise de conscience accrue des dangers croissants qui menacent la planète, notamment en matière de réchauffement climatique et d'épuisement des ressources. Dans le même temps, on a vu s'épanouir à travers le monde la relation entre les entreprises et les organisations non gouvernementales (ONG), en particulier celles dont la mission consiste à inciter les premières à sauvegarder la planète.
Qu'est-ce qu'une ONG ?
Les organisations non gouvernementales (ONG) sont assimilées de façon générale aux organisations sans but lucratif qui fonctionnent en marge de toute forme de gouvernement, des milieux d'affaires, des partis politiques ou des groupes armés. Elles revêtent toute une gamme de formes, allant d'organisations mondiales hautement structurées à des groupes locaux de militants de toutes tendances.
Beaucoup parmi les ONG les plus connues se consacrent à la défense de l'environnement tandis que d'autres, telles que Médecins sans Frontières et Amnesty International, s'intéressent à d'autres questions qui préoccupent la communauté mondiale, par exemple la fourniture d'une assistance médicale aux personnes dans le besoin ou la défense des droits de l'homme. Dans bien des cas, leur financement est assuré par les cotisations de leurs membres ou des dons d'institutions internationales ou de gouvernements. La plupart des observateurs s'accordent à dire que, sous l'effet de la mondialisation qui a transformé le monde en un réseau interconnecté, les ONG viennent combler le vide qui se crée entre la fin des responsabilités du gouvernement et le début de celles des entreprises.
Les ONG et les entreprises
Les entreprises n'ont pas toujours été très réceptives aux pressions exercées par des organismes extérieurs, ONG à vocation écologique y comprises. En fait, pour la plus grande partie des cent dernières années, un climat de méfiance et de suspicion mutuelle régnait dans les deux camps, ce qui les empêchait souvent les uns et les autres de faire beaucoup de progrès.
Toutefois, à mesure que les questions environnementales d'envergure planétaire ont pris de l'importance, l'appréhension croissante face aux retombées toujours plus nombreuses du changement climatique (à laquelle s'ajoute la perspective d'effets encore plus spectaculaires) a cédé la place à une ère nouvelle de communication et de coopération entre le milieu des entreprises et celui des ONG à travers le monde, et en particulier aux États-Unis.

Les fruits de ces partenariats naissants sont nombreux de part et d'autre. Par exemple, s'il est vrai qu'elles sont responsables d'une grande partie des problèmes environnementaux, les entreprises ont les moyens financiers et l'efficacité voulus pour améliorer considérablement leurs activités et diminuer ainsi leur empreinte écologique. Malheureusement, la nature même du monde de l'entreprise peut atténuer ces avantages potentiels pour l'environnement. Comme elles visent à maximiser les profits des actionnaires à court terme, les entreprises ne possèdent pas nécessairement les connaissances ni l'expertise qui leur permettraient d'inscrire leurs activités dans le long terme, celui de la pérennité.
Les ONG, par contre, n'ont pas nécessairement les ressources voulues pour financer par elles-mêmes les améliorations souhaitées. Mais leur personnel se compose d'experts qui sont capables de travailler non seulement au sein de leur organisation, mais aussi avec l'ensemble du monde des entreprises, pour formuler des positions de principes et des pratiques optimales à l'intention des entreprises et des gouvernements.
Mme Suzanne Apple, vice-présidente du World Wildlife Fund (WWF, Fonds mondial pour la nature) et directrice générale pour les entreprises et l'industrie, fait observer que son organisation commence depuis quelques années à déceler un potentiel accru de collaboration avec les entreprises tandis que l'antagonisme s'estompe. « Je crois que nous avons compris le pouvoir du marché », déclare la haute responsable. « Par exemple, si nous arrivons à convaincre les acheteurs de suivre des lignes directrices responsables en matière de produits sylvicoles, nous pouvons avoir plus d'effet que si nous étions dans la forêt pour essayer de faire cesser l'exploitation forestière illicite. »
Par ailleurs, Mme Apple constate l'accroissement des pressions lié à l'adoption de règlements visant à pousser les entreprises à redoubler d'efforts en matière de conservation et de réduction de leur empreinte écologique - autant de domaines dans lesquels les ONG peuvent apporter un concours unique. « Depuis la promulgation de la loi Sarbanes-Oxley et de divers règlements qui obligent les milieux d'affaires à privilégier la transparence, les entreprises se tournent vers des tiers qui peuvent les aider à analyser leurs activités de manière crédible », ajoute-t-elle.
Des objectifs communs
L'action de l'association sans but lucratif Environmental Defense, implantée à Washington, auprès de la société Wal-Mart, géant mondial de la grande distribution, illustre bien la nature bénéfique du partenariat entre une ONG et le monde des affaires. L'initiative qu'elles mènent conjointement privilégie cinq axes, à savoir : le réchauffement climatique, la pisciculture, la réduction des déchets d'emballage, l'usage de carburant de remplacement et les activités des usines à l'échelle mondiale.
Comme l'eau est indispensable à la vie, la conservation de cette précieuse ressource est un autre dossier qui occupe un haut rang de priorité pour les ONG. Le WWF a signé un accord avec la société Coca-Cola relatif à la mise en route d'une initiative mondiale destinée à aider les usines de cette société à réduire leur consommation d'eau.
Avec la croissance du commerce mondial en toile de fond, le vivier des ONG prend des mesures visant à garantir que les échanges entre les pays se font dans un souci de liberté, d'équité et de durabilité. Ces quelques dernières années, l'USBCSD (U.S. Business Council for Sustainable Development, section régionale du World Business Council for Sustainable Development) a entrepris un certain nombre d'interventions directes de nature à renforcer la protection de l'environnement dans le cadre du commerce mondial, en particulier compte tenu de l'accroissement des échanges entre les États-Unis et la Chine. Qu'il s'emploie à faire venir aux États-Unis des représentants de l'industrie cimentière de la Chine pour qu'ils y visitent des usines ultramodernes ou à établir un mécanisme américano-chinois à même d'améliorer l'échange d'informations et la collaboration entre ces deux partenaires commerciaux, l'USBCSD tient compte de l'évolution des priorités typique de notre époque.
Un tronc commun de possibilités
En formant de tels partenariats stratégiques avec les « poids lourds » du secteur des entreprises des États-Unis, ces ONG et d'autres encore sont en mesure de promouvoir un programme environnemental diversifié dont les retombées dépassent largement les espérances de ces organisations et de leurs adhérents.
En contrepartie, les entreprises américaines qui participent au développement et à l'exécution de ces partenariats bénéficient du précieux concours d'experts avec l'assistance desquels elles peuvent appliquer d'ambitieux programmes de réduction de leurs incidences environnementales ; ce faisant, elles arrivent souvent à mesurer leurs améliorations et à les communiquer à leurs fournisseurs, au gouvernement et, au bout du compte, aux consommateurs américains - lesquels sont de plus en plus nombreux à exiger ce type de progrès de la part des entreprises dont ils achètent les produits.
Cette capacité d'adaptation aux besoins des entreprises et de l'environnement démontre le type de souplesse que seul peut fournir un partenariat robuste fondé sur des objectifs communs et une confiance mutuelle.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ni les politiques du gouvernement des États-Unis.