Environnement | Protéger les ressources naturelles

05 mai 2008

Les sociétés américaines font bon accueil à la technologie verte

 
Le siège de Citibank
Citigroup a adopté des mesures d'économie d'énergie en vue d'économiser près de 100 million de dollars par an. (© AP Images)

Paul Nastu

 

Les entreprises qui produisent des biens manufacturés ont de tout temps cherché à réduire leurs coûts. Les sociétés commencent à se rendre compte que, sous l'effet des progrès de la technologie, le recours à des options écologiques débouche plus facilement qu'avant sur l'accroissement des bénéfices.

 

Paul Nastu est l'éditeur et le rédacteur en chef de la revue Environmental Leader, publication électronique qui se présente comme « le point de presse écolo quotidien des cadres ».

 

Avant d'avoir pour objectif de sauver la planète, l'efficacité énergétique visait à maximiser les bénéfices. De nos jours, selon des travaux récents de l'American Council for an Energy-Efficient Economy, on utilise moitié moins d'énergie qu'en 1970 pour assurer un dollar de production économique. Au cours des vingt dernières années, l'industrie sidérurgique a vu son efficacité énergétique s'améliorer de 167 %. Quant à l'efficacité énergétique des systèmes informatiques, elle a progressé de 2,8 millions %, ce qui est absolument étonnant.

Bref, les entreprises qui produisent des biens manufacturés ont de tout temps cherché à réduire leurs coûts.

Certes, les temps ont changé. De nouvelles raisons poussent les entreprises américaines à privilégier l'efficacité énergétique, à faire des choix « verts ». La communauté scientifique mondiale est d'avis que l'homme est selon toute probabilité responsable du réchauffement de la planète et que les gaz à effet de serre affectent déjà le climat et les écosystèmes de la Terre.

De surcroît, le vent semble avoir tourné dans l'opinion publique, et les gens demandent aux entreprises d'apporter des changements. De nombreux consommateurs se disent prêts à dépenser davantage pour acheter des produits plus écologiques. Selon Forrester Research, 12 % des adultes aux États-Unis, soit quelque 25 millions de personnes, sont prêts à payer plus cher les appareils électroniques grand public s'ils consomment moins d'énergie que leurs équivalents classiques ou s'ils sont fabriqués par une société respectueuse de l'environnement.

Construire « vert »

Les entreprises prennent au sérieux le concept des bâtiments écologiques, avec les économies qu'ils représentent en matière d'énergie, de ressources naturelles et d'argent. Les nouvelles technologies et l'importance croissante du programme de certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) conçu par l'USGBC (U.S. Green Building Council), conjuguées aux nouveaux codes d'efficacité énergétique, sont d'autres facteurs qui incitent les chefs d'entreprises à suivre l'air du temps.

De fait, les économies réalisées peuvent être considérables. Le conglomérat financier Citigroup, dont le portefeuille immobilier représente 8,5 millions de mètres carrés à travers le monde, a adopté diverses mesures visant à économiser l'énergie, notamment l'arrêt des escaliers roulants dans le hall de ses immeubles et la modification de l'aménagement de ses succursales de manière à optimiser l'éclairage naturel et le recours aux matières recyclées. Citigroup affirme pouvoir économiser ainsi jusqu'à 1 dollar par 0,09 m2 par an, soit près de 100 millions de dollars par an, rien qu'en réduisant la consommation d'énergie dans ses bureaux.

La perspective d'économies de cette nature pousse les groupes de grande distribution, tels que Wal-Mart, Target, Starbucks, Best Buy, Lowe's et REI, à construire des magasins prototypes « verts ». La société Best Buy affirme qu'à l'avenir elle ne construira que des grandes surfaces respectueuses de l'environnement et conformes aux normes LEED, avec le label de l'USGBC à la clé.

panneaux solaires
Les panneaux de l'usine de Frito-Lay fournissent assez d'énergie pour produire environ 145.000 sachets de chips par jour. (© AP Images)

Le groupe Office Depot, distributeur de fournitures et de matériel de bureau, dit avoir réalisé une réduction absolue de 10 % de ses émissions de gaz carbonique liées à la consommation de gaz naturel et d'électricité dans ses magasins, ses entrepôts et ses bureaux en Amérique du Nord, et ce grâce au recours à des techniques à haut rendement énergétique.

Énergie verte

Les progrès technologiques incitent également les entreprises américaines à accroître la part de l'énergie de remplacement dans leur consommation énergétique totale. Notons également que les incitations gouvernementales rendent économiquement viables les options de substitution, par exemple le recours à l'énergie solaire ou éolienne.

La société Google compte investir des centaines de millions de dollars dans des projets relatifs aux énergies renouvelables. Le géant des moteurs de recherche sur la toile a ainsi mis en route une initiative visant à faciliter la production d'électricité à partir de sources renouvelables et dont l'exploitation sera moins chère que celle du charbon. Baptisée RE<C (Renewable Energy Cheaper Than Coal), elle privilégiera dans un premier temps l'énergie solaire, l'énergie éolienne, les systèmes géothermiques de pointe et d'autres percées technologiques potentielles.

De surcroît, les entreprises trouvent des moyens moins coûteux d'intégrer l'énergie verte. Le fabricant de chips et de biscuits apéritif Kettle Foods a ainsi installé 18 éoliennes sur le toit de sa nouvelle usine implantée à Beloit, dans le Wisconsin. Celles-ci sont censées produire environ 28.000 kilowatt-heure d'électricité chaque année - assez pour produire 56.000 sachets de chips.

La société de nanotechnologie Applied Materials a installé plus de 1,9 mégawatt de capacité de production d'énergie solaire sur les toits ouvrants et les aires de stationnement de son campus de recherche implanté à Sunnyvale, en Californie. Quand tout le système aura été mis en place, en 2008, il sera capable de produire plus de 2 330 mégawatts-heure chaque année - assez pour alimenter 1 400 foyers en électricité.

La société West Virginia Alloys, le plus gros producteur de silicone aux États-Unis, a conclu un contrat avec le groupe Recycled Energy Development portant sur la construction d'un système de production d'électricité capable de capter les gaz chauds provenant des fonderies de silicium, de les transformer en vapeur et d'alimenter des groupes électrogènes.

Et dans son usine de Casa Grande, dans l'Arizona, le fabricant de produits de grignotage Frito-Lay aura recours au méthane pour faire fonctionner la chaudière. En outre, il va réserver au moins 20 hectares à la construction de concentrateurs d'énergie solaire et va également construire un générateur de biomasse.

Les activités vertes

Pour comprendre jusqu'à quel point les entreprises prennent au sérieux la nécessité de réduire leur consommation d'énergie, il n'est qu'à considérer l'exemple de la General Electric Company (GE). La société GE s'est engagée à investir 1,5 milliard de dollars par an, d'ici à 2010, dans la recherche et le développement de produits « Ecomagination ». Conformément à l'un de ses quatre engagements annoncés en 2005, elle a intensifié ses investissements en R&D propre, lesquels ont franchi la barre des 2,5 milliards de dollars depuis la mise en route de ce programme. En mai 2007, GE a annoncé qu'elle avait doublé ses ventes de produits écologiques au cours des deux dernières années : elle en a retiré jusqu'à 12 milliards de dollars.

Pour sa part, la société Wal-Mart mesure la quantité d'énergie qui est utilisée pour créer des produits tout au long de sa chaîne d'approvisionnement, y compris les processus d'achat, de fabrication et de distribution. Elle a mis en place un programme pilote avec un groupe de fournisseurs dans le but de trouver de nouvelles façons d'accroître l'efficacité énergétique de sa chaîne d'approvisionnement.

La société SC Johnson, leader de la fabrication de produits d'entretien, vient de mener à bien un projet de transport-logistique qui a permis d'éliminer 1 882 tonnes de gaz à effet de serre sur une période de douze mois, d'utiliser 2 098 camions de moins, de réduire sa consommation de carburant d'environ 670.000 litres et d'économiser environ 1,6 million de dollars.

Ce que l'avenir réserve

Les entreprises commencent à comprendre que le recours aux options vertes peut avoir un effet salutaire sur leur chiffre d'affaires. Selon des initiés, la baisse rapide du coût de l'énergie ne sonnera pas nécessairement le glas de l'adoption de la technologie verte, comme ce fut le cas dans les années 1970 quand les entreprises américaines firent timidement des expériences dans ce domaine. Qui plus est, maintenant que les États-Unis progressent lentement mais sûrement dans la voie de la mise en place d'un système de limitation des émissions et d'échange de permis (formule qui assortit la réduction de la pollution d'incitations économiques), les technologies vertes auront certainement le vent en poupe dans le monde des entreprises.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ni les politiques du gouvernement des États-Unis.

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