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20 octobre 2009

Un effort national sérieux, une menace sous-estimée

 
Alexeï Kokorine
Alexeï Kokorine

Alexeï Kokorine

Le climatologue russe Alexeï Kokorine dirige le programme climat et énergie du World Wide Fund for Nature (WWF-Russie). Il guide et applique des projets éducatifs en rapport avec les changements climatiques qui sont destinés au grand public ainsi qu'aux groupes soucieux de promouvoir l'efficacité énergétique. Il a participé au développement d'un système de répertoriage des gaz à effet de serre au plan national et international ainsi qu'à la mise au point de mécanismes économiques, conformément à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et aux dispositions du Protocole de Kyoto. Notons en outre qu'il a contribué à d'importantes études menées en Russie, dont celle intitulée « Coalitions pour l'avenir » (Stratégies de développement russe en 2008-2016), et à l'élaboration de la stratégie énergétique russe à long terme pour 2020 et 2030.

 

Dans le présent article, M. Kokorine fait le point des effets des changements climatiques en Russie, il envisage l'avenir probable et il évalue les mesures d'adaptation et d'atténuation qui sont prises par le gouvernement pour affronter ces changements au plan intérieur et en coopération avec des partenaires internationaux.

Pays nordique, la Russie ne ressent pour l'heure que très modestement l'impact des changements climatiques. Des effets positifs locaux, mais temporaires, ont été observés dans l'agriculture, et de nouvelles voies de navigation ont été ouvertes. Au nombre des effets négatifs figurent la fonte du pergélisol et les inondations dans les zones sensibles, les menaces pour la santé publique liées à la propagation de maladies, les problèmes de transport en hiver dans le Nord et les répercussions sur la faune sauvage, en particulier les ours polaires. À l'heure actuelle, la situation semble plus ou moins équilibrée, et on continue de penser que les effets négatifs ne se feront pas sentir de manière prépondérante avant la deuxième moitié du XXIe siècle, autrement dit pas dans un avenir proche. Le ministre des ressources naturelles et de l'écologie a annoncé, en avril 2009, que les pertes dues à des situations d'urgence consécutives à des phénomènes météorologiques coûtaient à la Russie entre 1 et 2 milliards de dollars par an.

La grande valeur intrinsèque de la réduction des gaz à effet de serre (GES) continue d'échapper aux hauts responsables russes, encore qu'ils se sensibilisent peu à peu à la question. Ils reconnaissent aujourd'hui les causes anthropogéniques du réchauffement de la planète et la menace mondiale que posent les changements climatiques, mais ils n'ont pas encore compris que ce danger est d'ores et déjà présent en Russie. Déjà critique, la situation le sera plus encore après 2010.

Par contre, les responsables sont conscients des inquiétudes des autres pays et des pertes qu'ils subissent en raison des changements climatiques. En sa qualité d'importante puissance internationale, la Russie tient à assumer une partie des responsabilités en matière de situation climatique mondiale, aux côtés des autres pays. De toute évidence, le gouvernement russe tient compte de la compétitivité de son économie dans le contexte des nouvelles règles sur les émissions de CO2, des taxes et des mesures qui pourraient être adoptées au niveau international, en remplacement du protocole de Kyoto, dans le cadre de négociations menées en vertu de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

La Russie s'est fixé un certain nombre d'objectifs importants qui révèlent son souci du climat :

• réduire l'intensité énergétique du PIB de 40 % d'ici à 2020
• parvenir à une utilisation du gaz de 95 % d'ici à 2014-2016
• faire passer la part des sources renouvelables de 0,9 % à 4,5 % (grands barrages hydroélectriques exclus) d'ici à 2020

On s'attend à voir progresser les émissions de GES de 1 % à 2 % par an, mais ces mesures peuvent ralentir cette progression et stabiliser les émissions d'ici à environ 2020. Leur niveau pourrait être inférieur de 25 % à 30 % à celui de 1990 ou supérieur de 5 % à 10 % seulement à celui de 2007.

Agrandissement
Un ours polaire au repos sur un ilôt de glace
Un ours polaire au repos sur un ilôt de glace dans l'océan Arctique au nord de la Terre Franz Josef en Russie.

D'autres mesures utiles concernent la réalisation d'études et l'établissement de rapports, les activités éducatives et la préparation de mécanismes d'adaptation dans les régions les plus vulnérables, par exemple celles de pergélisol ou à risque d'inondations.

• Le Rapport d'évaluation russe, semblable aux volumes 1 et 2 du Quatrième rapport d'évaluation du GIEC, a été rédigé et il sert de point de départ à la prise de conscience de la menace. Mais le volume 3, consacré aux considérations économiques, reste à entreprendre, et la question de l'ampleur des pertes par rapport au coût des mesures d'adaptation et de réduction des GES est encore ouverte.

• La doctrine climatique de la Russie, d'ores et déjà prête à être signée par le président, qualifie de tâches prioritaires l'adoption de mesures d'atténuation et d'adaptation ainsi que l'appui aux démarches d'envergure mondiale. Elle n'est encore assortie d'aucun plan et elle n'est pas encore appliquée non plus, mais sa grande utilité tient à sa capacité d'accroître la sensibilisation du public par le biais d'activités éducatives.

Dans les enceintes internationales de la CCNUCC, du G8 et du Forum des grandes économies mondiales, la Russie affiche sa volonté de collaborer à l'élaboration d'un nouvel accord relatif aux changements climatiques lors de la conférence des Nations unies qui se tiendra à Copenhague (COP15) en décembre 2009. Lors de la récente réunion du G8 en Italie, la Russie a accepté l'objectif visant à limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés par rapport à l'époque préindustrielle ainsi que celui, très ambitieux, de la réduction des émissions de GES de 80 % d'ici à 2050 dans les pays développés, mais de 50 % seulement en Russie.

Le partage du fardeau

La Russie insiste sur le partage équitable du fardeau et demande qu'une attention spéciale soit portée aux plus gros pollueurs. Les responsables russes et l'opinion publique sont sur la même longueur d'ondes : même les pays dont le PIB est relativement faible doivent faire preuve d' un niveau égal d'engagement, lequel doit être fixé aux termes d'un accord international qui tienne compte des engagements de la Russie.

En l'absence d'une réponse positive de tous les plus gros pollueurs, la Russie s'est contentée d'annoncer des objectifs à moyen terme très faibles d'ici à 2020 : une réduction de 10 % à 15 % des GES par rapport au niveau de 1990 ou une hausse de 20 % à 25 % par rapport au niveau actuel (en points de pourcentage de 1990). Il s'agit là d'une décision très décevante, et j'espère qu'elle pourra être corrigée si les plus gros pollueurs adoptent des objectifs plus ambitieux.

Les contributions financières font partie du partage du fardeau, et après le récent Forum des grandes économies mondiales le président Medvedev a affirmé que la Russie était prête à appuyer le Fonds multilatéral dont le Mexique propose la création. Dans le cas de la Russie, le financement proviendra essentiellement du budget de l'État, puisque c'est ainsi qu'est octroyée l'aide à l'étranger.

La Russie n'a toujours pas intégré le marché mondial du carbone et elle ne participe pas non plus à l'application conjointe ni aux mécanismes d'acquisition d'unités de réduction des émissions prévus aux termes du protocole de Kyoto. Pour autant, un grand nombre de projets et d'idées retiennent l'attention d'investisseurs étrangers potentiels qui s'intéressent au marché du carbone. Les entreprises russes aimeraient que l'échange d'unités de réduction des émissions soit pris plus au sérieux. La loi sur la participation à une application conjointe a été signée il y a deux ans, mais aucun projet n'a été mis en œuvre à ce jour. Malgré l'ordre donné en juin 2009 par le premier ministre d'accélérer et de simplifier les procédures, on ne peut pas encore discerner de progrès clairs. Ceci s'explique principalement par le fait que le gouvernement n'attache pas une grande importance à l'application conjointe ni à l'échange d'unités de réduction des émissions parce que l'échelle potentielle de ces mécanismes se révèle négligeable dans le budget de l'État.

Dans un nouvel accord sur le climat, la Russie aimerait que le principe d'une action conjointe ne prenne pas plus d'importance que le mécanisme de développement propre défini dans la CCNUCC. Les responsables semblent réceptifs au principe de l'échange d'unités de réduction des émissions dans un secteur de l'économie ou plusieurs, mais ils considèrent qu'il s'agit d'une question nationale, et dès lors qu'elle ne relève pas d'un accord international.

Au plan intérieur, la Russie va appliquer des mesures de protection qui tiennent compte des considérations climatiques, quand bien même elle ne mesure peut-être pas pleinement toutes leurs implications ni leur valeur. Au plan international, elle aimerait assurément être classée parmi « les bons élèves » et être un fer de lance des efforts déployés face à l'évolution du climat, mais la bonne volonté ne suffit pas : encore faut-il élaborer et appliquer des solutions à la hauteur du défi très réel que posent les changements climatiques.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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