20 octobre 2009

Andreas Kraemer
Andreas Kraemer est directeur de l'Institut d'écologie de Berlin depuis sa fondation en 1995. Très bien informé sur le développement durable et la politique environnementale après avoir consacré plus de vingt ans à ces questions, il est professeur du programme à Berlin de l'université Duke, sise à Durham en Caroline du Nord, et coprésident du Conseil consultatif OekoWorld sur les investissements « verts ». L'Institut d'écologie de Washington, dont il est le président, a vu le jour en 2008.
L'Allemagne se situe au premier plan du développement des énergies renouvelables, ayant adopté sur son territoire d'ambitieuses mesures de sauvegarde du climat qui ont favorisé la croissance de nouvelles technologies et d'emplois connexes, lesquels sont aujourd'hui exportés dans le monde entier.
Ce qui préoccupe le plus l'Allemagne, ce ne sont pas les effets prononcés des changements climatiques sur son territoire ; ce sont les événements qui pourraient survenir à travers le monde et nuire à la stabilité politique à l'étranger, ce qui aurait pour conséquences de réduire les échanges, de provoquer des migrations et, au bout du compte, de créer des conflits. Aussi l'Allemagne estime-t-elle qu'il est non seulement dans son intérêt, mais aussi un acte de citoyenneté mondiale, de promouvoir l'adoption de politiques respectueuses du climat en dehors de ses frontières.
Au cœur de l'Europe, entourée de voisins qui sont tous membres de l'Union européenne (U.E.), l'Allemagne jouit d'une position favorable, aux plans tant géographique que politique. Certains pays membres de l'U.E., tels la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne ou le Danemark, seront probablement plus affectés qu'elle par la hausse du niveau de la mer, tandis que les pays bordant la Méditerranée subiront les effets de la modification du régime des pluies. L'Allemagne possède un gouvernement relativement fort, bien organisé et efficient, ce qui lui permet de réagir aux menaces naissantes plus efficacement que les pays moins autonomes, en particulier les pays en développement situés hors de l'Union européenne.
L'Allemagne est particulièrement vulnérable aux effets des changements climatiques sur les côtes de la mer du Nord et de la mer Baltique, mais ce ne sont pas des régions à forte densité de population. Par contre, on trouve un grand nombre de maisons et d'entreprises, et une grande partie de l'infrastructure des transports, le long des fleuves et des rivières. La lenteur de leur débit à certaines saisons contraint déjà les usines nucléaires et d'autres installations à suspendre parfois leurs opérations. Les crues sans précédent de tous les grands cours d'eau survenues récemment passent pour être la conséquence de l'évolution du climat, une atmosphère réchauffée contenant davantage d'eau, d'où des pluies ou des chutes de neige plus abondantes. Tôt ou tard, il faudra bien envisager une retraite partielle des aires vulnérables, mais un sentiment d'urgence ne se fait pas sentir pour le moment.
Transformation
L'Allemagne préfère assurer son avenir climatique en misant sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Les moyens de transport qui utilisent l'énergie fossile sont sur une voie de garage, et on peut peut-être en dire autant de l'énergie nucléaire.
L'anthracite extrait en profondeur coûte cher et on l'abandonne progressivement ; la lignite extraite en surface, elle, servira à produire de l'électricité pendant encore un certain temps, mais politiquement elle fait grincer des dents. En toute probabilité, l'Allemagne ne va plus construire de centrales thermiques alimentées au charbon. La production nationale de pétrole et de gaz est négligeable d'un point de vue économique, et le recours aux importations, outre qu'il est coûteux, comporte une part de risques en matière d'approvisionnement. La perturbation de la livraison de gaz de Russie, ces hivers derniers, n'a pas affecté directement l'Allemagne, mais elle a fait réfléchir à deux fois quant à la sécurité des approvisionnements et aux perspectives des nouvelles démocraties qui se profilent dans l'ombre de la Russie.

Les taxes allemandes sur l'énergie accroissent le coût de l'essence, du gaz et de l'électricité, ce qui incite les ménages et les entreprises à consommer l'énergie avec prudence. Les fabricants mettent au point de l'équipement industriel, des appareils électroménagers et des voitures à bon rendement énergétique, tandis que la réglementation du bâtiment encourage l'utilisation de revêtement thermique et de systèmes de chauffage et de refroidissement à bon rendement énergétique. Des programmes d'investissements publics, des allègements fiscaux et des lignes de crédit spécialisées facilitent la réhabilitation thermique des immeubles et la production combinée de chaleur et d'électricité à haut rendement énergétique.
La facturation nette et les tarifs séduisants de rachat de l'électricité font le jeu des producteurs qui ont recours aux énergies renouvelables, et ces mesures entraînent progressivement la diversification de la production d'électricité. L'importante loi fédérale sur les énergies renouvelables fixe les tarifs de rachat à un niveau supérieur à celui des tarifs en réseau de manière à soutenir les technologies liées aux énergies renouvelables pendant la première phase du développement de ce marché, en particulier pour l'énergie solaire et éolienne. Ces tarifs, qui visent à créer un environnement économique stable pour les investissements dans les énergies renouvelables, qui seraient sans quoi très risqués, baissent au fil du temps et ils seront abrogés quand cette filière aura rattrapé la parité réseau et qu'elle pourra survivre sur le marché.
L'Allemagne n'a jamais vraiment été tentée par la fermentation des céréales pour fabriquer de l'éthanol, biocarburant préjudiciable à l'environnement et au rendement énergétique médiocre, préférant au contraire envisager les bioénergies - dont le biodiésel, le biogaz et les granulés de bois - sous un angle plus large. La production de biomasse et de biogaz stockables, destinés à être ultérieurement convertis en électricité et en chaleur, est à l'heure actuelle un domaine particulièrement dynamique et prometteur et il retient l'attention tant des innovateurs que des investisseurs.
Conséquence directe de ces mesures, les énergies renouvelables représentent maintenant 15,1 % de la consommation totale d'électricité et 9,5 % de la consommation totale d'énergie (chiffres de 2008). Ce secteur a réalisé un chiffre d'affaires de 29 milliards d'euros (plus de 40 milliards de dollars) l'année dernière et il fait travailler environ 280.000 personnes, à divers niveaux de qualification.
En 2008, les émissions de gaz à effet de serre ont été globalement réduites de 12 millions de tonnes, soit de 1,2 %, par rapport aux niveaux de 2007. Les émissions totales se chiffrent aujourd'hui à 945 millions de tonnes de CO2 (CO2 équivalent) et elles se situent donc dans les limites prévues pour l'Allemagne aux termes du protocole de Kyoto, soit un niveau inférieur de 21 % à celui de 1990 pour la période 2008-2012. Ses émissions étant inférieures de 23,3 % à celles de 1990, l'Allemagne atteindra probablement la cible fixée.
Quand l' Allemagne pourra-t-elle être en mesure de satisfaire la totalité de ses besoins en matière d'électricité à partir d'énergies renouvelables ? Un projet de recherche et de démonstration financé par l'État fédéral relie des centrales éoliennes et solaires, dont l'énergie est variable, à des installations biogaz, à des centrales hydroélectriques et à des groupes de pompage-turbinage de manière à créer « une centrale combinée » (kombikraftwerk.de). Trente-six installations ainsi reliées et réparties sur l'ensemble du territoire ont prouvé qu'elles pouvaient suivre la courbe de charge sur le réseau et fournir une part fixe de la demande d'électricité tout au long de l'année.
Les évaluations de la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables et le potentiel de mise à l'échelle indiquent qu'une conversion intégrale aux énergies renouvelables pourrait être une réalité d'ici à 2050. Cette transformation pourrait survenir encore plus tôt si on avait recours aux technologies « smart grid » (réseau de distribution d'électricité utilisant des technologies informatiques pour optimiser la distribution entre les producteurs et les consommateurs), à la réaction de la demande, à la consommation électrique à charge variable, aux tarifs de rachat d'électricité et au stockage dans les batteries de véhicules électriques ; le gouvernement allemand veut voir un million de voitures électriques sur son réseau routier d'ici à 2020. L'élimination progressive et concomitante des centrales électriques alimentées au charbon et des centrales nucléaires confère à cette transformation un caractère particulèrement séduisant, surtout compte tenu des changements climatiques, des risques de prolifération et du prix des technologies nucléaires lié à la politique en matière de sécurité.
Faire une bonne affaire et une bonne action : exporter ses solutions
L'Allemagne n'a pas attendu que les autres pays soutiennent tout le poids des changements climatiques afin de copier les solutions qu'ils auraient imaginées. Au contraire, elle a pris des mesures nationales et œuvré avec ses partenaires de l'Union européenne de manière à formuler des réponses valables pour l'ensemble du continent face aux problèmes posés par les changements climatiques. L'Allemagne se met en rapport avec des exportateurs d'énergie, telle la Russie, et bien d'autres intervenants pour diversifier ses sources d'énergie, améliorer sa sécurité énergétique, mieux comprendre le besoin d'atténuer les effets des émissions de gaz à effet de serre, se préparer aux répercussions des inévitables changements climatiques et s'engager dans la voie de la création de sociétés durables et équitables.
Ainsi l'Allemagne a-t-elle poussé à la roue pour que soient mis en place l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) et le Partenariat international d'action sur le carbone (ICAP) dans le souci d'encourager la coopération internationale dans le domaine des marchés du carbone. Par le biais du « Pont climatique transatlantique », l'Allemagne a noué des liens bilatéraux avec les États-Unis et le Canada. Une part importante de la coopération allemande avec les pays en développement et les économies naissantes est réservée à la recherche de solutions climatiques et à l'aménagement d'un accès à des sources durables d'énergie. Cette attitude proactive n'a rien de nouveau. Elle remonte aux premiers temps de l'Union européenne, dans les années 1950, et plus précisément aux crises pétrolières des années 1970 et du début des années 1980. Depuis l'établissement d'un ministère fédéral de l'environnement en bonne et due forme, en 1986, la politique de l'Allemagne relative à l'environnement, au climat et à l'énergie s'est placée sous le sceau de la continuité et de la cohérence, tous partis politiques confondus et indépendamment des remaniements au sein du gouvernement. En se dotant d'une politique efficace, en développant de nouvelles techniques et de nouveaux services, en les laissant mûrir sur le marché intérieur et les marchés européens et en vendant ses solutions à l'étranger, l'Allemagne a su créer des entreprises et des emplois solides et elle a fourni à d'autres pays des modèles qu'ils peuvent adapter, voire adopter.
Pour tout renseignement complémentaire, prière de consulter les sites http://ecologic.eu/ et http://ecologic.eu/washington.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)