20 octobre 2009
Zoë Caron
Zoë Caron est coauteur du livre « Global Warming for Dummies » et éditrice du site ItsGettingHotInHere.org. Spécialiste de politique climatique et d'actions de mobilisation au Fonds mondial pour la nature (Canada), elle participe à la coordination d'un projet relatif aux sources renouvelables d'énergie qui est mené conjointement par le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse et l'université Dalhousie. Elle est membre fondatrice de la Coalition canadienne des jeunes pour le climat (CCJC).
Zoë Caron entrevoit dans la problématique des changements climatiques certaines perspectives favorables pour le Canada, en particulier le regain d'efforts en faveur du développement des énergies renouvelables et dans la volonté politique d'affronter les défis à venir.
Dans un jardin public situé à quelques pas de mon bureau, au cœur d'Halifax, je sors mon iPhone de ma poche pour consulter les gros titres de l'actualité. Ils tranchent nettement sur la sérénité du lieu : « Le lobby pétrolier va financer une campagne bidon contre la stratégie des États-Unis face aux changements climatiques » (Guardian News) ; « Le groupe de travail du protocole de Kyoto [clôt ses travaux], et son président (...) encourage les parties « à travailler deux fois plus dur à Bangkok« » (Institut international du développement durable) ; « Yvo de Boer : À ce rythme-là, nous n'y arriverons pas. Reconnaissez que les changements climatiques importants signifient que la partie est terminée. » (Campagne internationale action climat).
Pas particulièrement réjouissant, mais tel est le ton des débats sur les changements climatiques au Canada. Les Canadiens accordent depuis peu à l'environnement une priorité absolue. Des enquêtes donnent à penser que les Canadiens sont archi-sensibilisés aux changements climatiques ; cependant, les messages dont on leur rebat les oreilles jouent plus la carte de la honte qu'ils ne proposent de solutions.
Le défi le plus sérieux que posent les changements climatiques au Canada tient à ce que son économie florissante dépend depuis longtemps de ses ressources naturelles abondantes mais souvent limitées. Malgré nos velléités de prééminence dans le domaine de l'énergie solaire et éolienne, nous continuons de promouvoir l'exploitation des sables bitumineux de l'Athabasca, gisement souterrain de pétrole d'une superficie supérieure à celle de la Floride. La province de la Nouvelle-Écosse demeure tributaire du charbon, et l'Ontario continue de développer l'énergie nucléaire, non renouvelable.
Pourtant, une occasion phénoménale s'offre à nous de tirer parti d'une économie capable de prospérer dès maintenant. Les déchets provenant du secteur agricole canadien peuvent fournir des carburants issus de la biomasse. Le vent qui souffle dans les plaines et au large de la côte est de la Nouvelle-Écosse peut produire de l'électricité. Le potentiel de l'énergie solaire est réel dans de nombreuses régions du pays. On pourrait commencer à exploiter cette possibilité dans nos villes en construisant l'infrastructure voulue, ce qui aurait pour effet de créer des emplois verts dans notre pays.
Ce dont nous autres Canadiens avons impérativement besoin, c'est que l'État fédéral se prononce résolument en faveur de la durabilité. Beaucoup de jeunes qui vivront assez longtemps pour voir les résultats des actions prises aujourd'hui - ou ceux de l'inaction - ressentent une certaine frustration à voir le gouvernement fédéral concentrer apparemment ses efforts sur d'autres priorités. Les gouvernements provinciaux, eux, relèvent le défi : la Colombie-Britannique et l'Ontario se sont dotés d'un secrétariat du changement climatique ; la Colombie-Britannique et le Québec ont adopté des taxes sur les hydrocarbures sous une forme ou une autre ; et la Nouvelle-Écosse a mis en place un dispositif législatif qui impose une cible ambitieuse en matière d'énergie renouvelable.
Notre attachement au protocole de Kyoto s'est trouvé réduit, officiellement, aux objectifs les plus faibles de tous les pays industrialisés. Par bonheur, les Canadiens sont prêts à passer à l'action, indépendamment de la réponse du pouvoir fédéral.
À ce jour, ce sont les États-Unis qui sont le principal partenaire du Canada en matière de changements climatiques. Ce qui pourrait peut-être surprendre, c'est que les États-Unis semblent beaucoup plus déterminés à passer à l'action que le Canada. Par exemple, les États-Unis investissent six fois plus par habitant que le Canada dans les technologies vertes. Rompre avec le maintien du statu quo dans nos relations « rassurantes » pour s'engager dans la voie de technologies durables avec de nouveaux partenaires stratégiques offre à l'économie canadienne un incroyable potentiel de prospérité à long terme.
En dépit de cette réponse des décideurs et des élus, ou peut-être motivées par elle, diverses communautés - les milieux d'affaires, l'industrie, les populations autochtones et le secteur sans but lucratif - exercent une action de plus en plus dynamique de mobilisation, de sensibilisation et de résolution des problèmes. La voix et la légitimité politique du mouvement des jeunes, en particulier, représentent dans une grande mesure un contrepoids à l'inertie politique. Le dossier des changements climatiques est l'une des questions qui enflamment les jeunes tout simplement parce que les actions de notre gouvernement nous paraissent insensées. La réaction des jeunes à des décisions politiques qu'ils ne soutiennent pas, et qu'ils ne peuvent pas soutenir, reflète leurs valeurs et leurs convictions en matière de justice et d'équité ainsi que le désir d'être informés des plans et des méthodes du gouvernement, conformément à l'exigence de transparence que revendique la « génération Internet ».
Les jeunes meneurs du mouvement sur les changements climatiques sont devenus des parties prenantes d'une grande autorité sur cette question. La Coalition canadienne des jeunes pour le climat a été fondée en 2006 pour faire face à ses aspects politiques. L'Energy Action Coalition regroupe des dizaines d'organisations d'Amérique du Nord vouées à la justice climatique. Un réseau mondial de la jeunesse s'emploie à mobiliser les jeunes de tous les continents et à influencer la politique à l'échelle planétaire. Ce ne sont pas les exemples qui manquent.
Les changements climatiques définiront l'existence de la présente génération et des suivantes. Or, la manière la plus rapide et la plus efficace de s'attaquer à cette question, ici au Canada, revient finalement à chercher à satisfaire les besoins des futures générations. Une réforme aussi révolutionnaire fera peut-être hausser les sourcils aux personnalités politiques, mais ce n'est qu'à ce prix-là que l'on provoquera la transformation nécessaire à une action décisive face aux changements climatiques.
Il faut trouver un terrain d'entente pour encourager le développement d'une relation mutuelle et soutenue entre le gouvernement et le public car ce n'est que par le biais de la création d'une culture de participation dynamique que les orientations du gouvernement refléteront véritablement la voix du peuple, en particulier là où les enjeux sont importants et où le temps est compté. Certes, l'objectif est ambitieux, mais nous attendons encore la mise en place d'une stratégie nationale face aux changements climatiques qui soit à la hauteur des risques. Forts du soutien d'un mouvement de jeunes qui n'hésite pas à s'exprimer, d'une population bien informée et d'une abondance de ressources renouvelables, nous devons dorénavant cesser d'être humbles, modestes et polis et nous hisser à la hauteur du défi, celui de la création d'un monde équitable et prospère.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)