20 octobre 2009
Liana Anderson
Liana Anderson, doctorante brésilienne en biologie, se spécialise dans le bassin amazonien, où elle observe de près les effets des changements climatiques. Elle termine ses recherches doctorales à l'Institut des changements environnementaux, qui relève de l'université d'Oxford.
Elle examine les aspects les plus préoccupants de l'évolution du climat, notamment en ce qui concerne l'agriculture et la santé publique, et elle souligne la nécessité urgente d'endiguer le déboisement, principale source des émissions de gaz à effet de serre au Brésil.
Le Brésil est un vaste pays qui occupe près de la moitié de la superficie de l'Amérique du Sud et borde la plus grande partie de son littoral oriental. Bien que les énergies renouvelables représentent 47 % de l'énergie produite dans ce pays, ce qui est un pourcentage nettement supérieur à la moyenne mondiale, le Brésil continue de produire une grande partie des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce phénomène tient principalement au défrichement rapide par brûlis qui est pratiqué dans le bassin amazonien. L'Amazonie, qui abrite la plus vaste forêt tropicale au monde, s'étend sur le territoire de neuf pays, mais essentiellement au Brésil. Les forêts ombrophiles tropicales constituent d'énormes puits de carbone. Lorsqu'elles sont défrichées et brûlées, le dioxyde de carbone et les autres gaz à effet de serre qu'elles recèlent sont libérés dans l'atmosphère. Or l'on sait que ces émissions contribuent aux changements climatiques et au réchauffement planétaire.
Selon la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), lorsqu'on inclut les émissions imputables au changement d'affectation des terres et aux forêts, le Brésil produit 12,3 % des émissions totales des 151 pays ne figurant pas à l'Annexe I de la CCNUCC, principalement des pays en développement non assujettis à des cibles de réduction des émissions conformément au protocole de Kyoto.
On estime que le Brésil libère chaque année environ 1 milliard de tonnes de gaz carbonique ou CO2 dans l'atmosphère ; les trois quarts environ de ces émissions sont dues au déboisement, d'après le ministère brésilien des sciences et de la technologie. Des estimations récentes donnent à penser que le bassin amazonien renferme sous forme de biomasse 86 pétagrammes de carbone, soit l'équivalent des émissions de CO2 produites au cours des onze dernières années. Le déboisement aurait réduit la forêt amazonienne de 15 % au cours des trente dernières années, sous l'effet du développement de l'infrastructure et de la hausse de la demande mondiale de soja, de viande de bœuf, de bois, etc. En outre, on prévoit que les changements climatiques accroîtront la probabilité de périodes de sécheresse dans cette région. L'université d'Oxford, en collaboration avec la NASA (l'agence spatiale des États-Unis) et des scientifiques brésiliens, a démontré le lien étroit qui existe entre la sécheresse et l'augmentation des incendies de forêt, lesquels peuvent faire passer du simple au double la quantité totale de carbone émise dans l'atmosphère (Saatchi, Houghton, Dos Santos Alvala, Soares et Yu, 2007).
Soucieux de s'attaquer à la principale source de gaz à effet de serre, à savoir le déboisement, le gouvernement brésilien a mis en route en 2008 un plan national qui prévoit d'ici à 2017 de réduire de 70 % ce phénomène en Amazonie par rapport aux estimations couvrant la période 1996-2005. Cette initiative représente une stratégie importante visant à atténuer les effets des changements climatiques en préservant la forêt. Elle a en outre fait naître des possibilités en matière de financement et de coopération politique. Lors de la conférence de l'ONU sur les changements climatiques qui s'est tenue à Bali (en décembre 2007), les États sont convenus d'inclure dans le cadre du protocole de Kyoto des paiements liés à la réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation de l'environnement.
Ceci dit, la forêt amazonienne n'est pas le seul écosystème qui soit menacé par les changements climatiques. L'extension du plateau continental du Brésil impose une démarche multidimensionnelle en matière d'adaptation et d'atténuation des effets nocifs des changements climatiques. En s'appuyant sur divers scénarios de réchauffement planétaire, des scientifiques brésiliens et américains prédisent la disparition d'un grand nombre d'espèces dans le biome du Cerrado (savanne brésilienne), qui serait liée à la perte de plus de 50 % de leur aire de répartition potentielle. Le nord-est du Brésil, la région la plus pauvre du pays, est menacée. Un programme élaboré en collaboration entre le Brésil et l'Allemagne sur le thème de la disponibilité de l'eau et la vulnérabilité des écosystèmes et de la société invite à la prudence dans la formulation des plans d'utilisation à long terme des ressources, le débit des fleuves et la production agricole étant particulièrement sensibles aux changements climatiques. Ce programme prévoit d'ailleurs une pénurie d'eau dans l'État de Ceará d'ici à 2025.
Les changements climatiques affecteront probablement l'agriculture dans le sud du Brésil, la région la plus grosse productrice de pommes de terre, de blé, de riz, de maïs et de soja, pour ne citer que ces exemples. Si les simulations concernant l'accroissement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère font ressortir des effets bénéfiques pour ces cultures, les répercussions de la hausse des températures de l'air et les incertitudes du régime des pluies consécutives aux changements climatiques devraient considérablement réduire la productivité agricole de cette région. Cet état de fait affectera la gestion des cultures et nécessitera la mise en place de stratégies d'adaptation de la part tant des producteurs que de l'État. Les investissements technologiques se révéleront décisifs pour atténuer les effets des changements climatiques sur les disponibilités alimentaires. Par contre, les petits cultivateurs de l'Amazonie sont plus susceptibles de pâtir de sécheresses prolongées, d'inondations et de la multiplication des incendies de forêt, phénomènes associés à la modification des tendances climatiques. L'amélioration immédiate de l'infrastructure, de l'information et des réseaux de communication s'impose pour tempérer les effets des changements climatiques dans cette région reculée.
Par ailleurs, la santé publique suscite une vive préoccupation. Il est entendu que les changements environnementaux auront une incidence sur l'épidémiologie des maladies à transmission vectorielle. Des études effectuées récemment au Brésil ont mis en évidence une augmentation notable des cas de leishmaniose, maladie parasitaire potentiellement mortelle et transmise par les phlébotomes, au cours des années El Niño. Comme ce phénomène devrait se manifester avec une fréquence et une intensité accrues tout au long du siècle sous l'effet des changements climatiques, le nombre de cas de leishmaniose augmentera probablement dans un grand nombre de régions du Brésil. Or le coût du traitement de cette maladie dans l'État de Bahia (nord-est du pays) au cours de l'année El Niño de 1997/98 a été estimé à 62 millions de dollars.
Face au large éventail de périls liés aux changements climatiques qui menacent le Brésil, le gouvernement et la communauté scientifique ont déjà pris de nombreuses mesures. Le renforcement des réseaux de collaboration scientifique multinationale a grandement contribué à l'amélioration des connaissances sur quantité d'écosystèmes et leurs interactions avec l'environnement et la population. En 2008, la fondation de la recherche de l'État de São Paulo a mis en route le programme sur les changements climatiques planétaires, dans le cadre duquel elle a investi plus de 7 millions de dollars dans des projets scientifiques.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'atténuation des effets des changements climatiques, qui est le double objectif du Brésil, vont nécessiter la mise en route de travaux de recherche interdisciplinaires et multinationaux par la communauté scientifique, une action politique, la mobilisation des citoyens, la diffusion à grande échelle des informations recueillies et une interface efficace en matière de politique régionale et internationale aux fins d'application et de consolidation des lois. Des réponses immédiates s'imposent pour faire face à une menace qui pèse sur le monde entier, celle des changements climatiques.
Le lecteur peut consulter les références citées dans le présent article au site http://www.america.gov/st/energy-english/2009/September/20090918154100mlenuhret7.987177e-02.html.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)