27 mai 2009
Il siège au Conseil présidentiel des sciences et techniques.
Washington - « À mon arrivée aux États-Unis, j'avais eu l'impression d'être jeté dans un océan. Cet océan était rempli de savoir, de culture et de possibilités, et le choix était clair : je pouvais soit apprendre à nager soit me noyer », écrit le scientifique Ahmed Zewail dans son ouvrage intitulé « Voyage à travers le temps : les chemins de la vie jusqu'au prix Nobel » (Voyage Through Time : Walks of Life to the Nobel Prize).
M. Ahmed Zewail a donc appris à nager. Le 27 avril 2009, le lauréat du prix Nobel de chimie a été nommé au Conseil présidentiel des sciences et techniques qui est chargé de faire des recommandations relatives aux stratégies nationales susceptibles de promouvoir l'esprit d'innovation scientifique.
Le conseil se compose d'éminents scientifiques et ingénieurs qui offrent leurs recommandations au président et au vice-président quant à la ligne d'action à suivre dans plusieurs domaines ayant trait à la science, aux techniques et à l'innovation en tant qu'éléments clés de l'économie des États-Unis.
M. Zewail est professeur de chimie et de physique à l'Institut de Technologie de Californie (Caltech) où il dirige également le Centre de biologie physique pour la science et la technologie ultrarapides. Le prix Nobel de chimie lui a été décerné en 1999 pour ses travaux d'avant-garde qui ont permis d'observer les transformations moléculaires ultrarapides. Américain d'origine égyptienne, M. Zewail est respecté non seulement pour ses travaux dans le domaine scientifique mais aussi pour son rôle en tant que voix de la raison au Proche-Orient.
Vers la fin des années 1980, M. Zewail a mis au point une méthode qui permet d'observer le mouvement des atomes et des molécules grâce à une nouvelle technologie de laser qui génère des impulsions d'une durée de quelques dizaines de femtosecondes seulement (soit un millionième de milliardième de seconde). Nombreux étaient ceux qui pensaient qu'il était impossible d'étudier les différentes étapes d'une liaison chimique, mais l'innovation de M. Zewail a permis aux chercheurs d'en savoir plus sur ces réactions chimiques et de mieux contrôler leurs conséquences. M. Zewail a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur la spectroscopie-femtoseconde.
Aujourd'hui citoyen des États-Unis, M. Zewail est né en Égypte où il a grandi et où il a obtenu son diplôme de bachelier et sa maîtrise à l'université d'Alexandrie. Il a défendu sa thèse de doctorat en 1974 à l'université de Pennsylvanie et a rejoint le corps enseignant de Caltech en 1976 après avoir passé deux ans en tant que doctorant IBM à l'université de Californie à Berkeley. M. Zewail est membre de l'Académie nationale des sciences, de l'Académie américaine des arts et des sciences, de l'Académie des sciences du Tiers-Monde, de l'Académie européenne des arts, des sciences et des lettres, et de l'Académie pontificale des sciences. Il est également membre de la Société américaine de sciences physiques.
Parmi les prix internationaux dont M. Zewail est lauréat, on peut citer le prix Benjamin Franklin, le prix Albert Einstein, le prix Welch, le prix Roi Faiçal, le prix Wolf, le prix Carl Zeiss, le prix d'excellence Leonard de Vinci, le Bonner Chemiepreis et la Médaille de l'Académie royale des arts et des sciences des Pays-Bas. L'Égypte lui a décerné sa plus haute distinction, l'Ordre du Grand Collier du Nil.
Dans son livre précité, M. Zewail se présente comme un amalgame des cultures de l'Est et de l'Ouest, intégrant les deux mondes, appartenant tout autant à l'Égypte qu'aux États-Unis et se situant à la confluence des deux cultures en dépit des différences qui existent entre elles.
M. Zewail a constamment proclamé sa vision d'un monde meilleur : « Nous, les Arabes, pouvons faire cette transition au monde du XXIe siècle, mais les populations et les dirigeants doivent adopter une nouvelle voie. Des changements progressifs - les prétendues réformes graduelles - ne conviennent nullement à un système qui n'est d'aucune efficacité depuis des décennies. Nous devons avoir confiance en nous-mêmes et faire confiance à la participation mondiale, et ne pas rejeter sur les autres la responsabilité de nos catastrophes actuelles ou utiliser la religion à des fins politiques. »
De l'avis de M. Zewail, pour relever les défis du monde arabe dans le domaine des sciences, il est nécessaire de réformer l'enseignement public et parallèlement encourager la recherche scientifique en établissant des centres spécialisés, dotés de budgets indépendants et « écartés de la bureaucratie ».
M. Zewail écrit : « Tout au long de l'histoire, par avantage mutuel, les gens se sont intéressés aux cultures et au dialogue. De même que dans un organe unique, en l'occurrence le cerveau, cent milliards de neurones collaborent à l'existence d'un être humain, de même agissons-nous dans nos maisons, dans nos villes et dans nos pays. Sur cette planète marquée au sceau de l'interdépendance, il est dans l'intérêt de l'Occident et de l'Islam de communiquer par le dialogue et de réaliser la stabilité internationale et tirer des avantages mutuels de la technologie, du commerce, de l'énergie et de la culture. Nous ne devons pas permettre à des slogans comme le « choc des civilisations » ou les « guerres de religion » de dresser des barrières, car ils ne sont d'aucune valeur pour l'avenir de notre monde. »