21 janvier 2009
Il déclare son pays de nouveau prêt à exercer son influence dans le monde.

Washington - Le 20 janvier, peu après midi, heure de Washington, Barack Obama a prêté le serment présidentiel, devenant ainsi le 44e président et le premier chef d'État afro-américain des États-Unis.
Il a prêté serment devant le président de la Cour suprême des États-Unis, le juge John Roberts, sur les marches du capitole. « Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis (…) » a dit M. Obama, la main placée sur la Bible qui a servi lors de l'investiture du président Abraham Lincoln en 1861.
Afin d'assister à l'événement, plus d'un million de personnes étaient massées sur l'esplanade centrale de Washington (appelée le Mall), qui s'étend du Capitole au monument commémoratif de Lincoln.
Au moment de la rédaction de cet article, on ne disposait pas encore d'estimation officielle, mais le Washington Post affirmait que près de deux millions de personnes s'étaient assemblées sur le Mall. Déversés par les trains de banlieue bondés, les gens se sont groupés devant les postes de contrôle de sécurité avant l'aube, bravant des températures glaciales, tout en sachant que la meilleure vue du président qu'ils pouvaient espérer était celle qui serait retransmise sur les écrans de télévision géants installés un peu partout sur le Mall.
Des millions d'Américains, chez eux ou au travail, ont suivi à la télévision ce moment que nombre d'entre eux considèrent comme une étape historique de l'histoire des États-Unis. Dans des villes comme New York et Los Angeles, des foules se sont rassemblées sur des places publiques pour écouter le discours de M. Obama sur des écrans géants. Sur les bases militaires situées à l'étranger, des soldats américains se sont également rassemblés autour d'écrans de télévision.
Le discours d'investiture
Quelques minutes après avoir prêté serment, M. Obama a prononcé son premier discours présidentiel, connu sous le nom de discours d'investiture. Il s'est adressé non seulement aux Américains, mais aussi aux millions de personnes de par le monde qui ont suivi de près la campagne électorale de 2008, puis l'élection et la période de transition.
« À tous les peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd'hui, des plus grandes capitales au petit village natal de mon père : sachez que l'Amérique est l'amie de chaque nation et de chaque homme, femme et enfant qui aspirent à un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts, de nouveau, à assumer notre rôle dirigeant », a dit le président.
« Rappelez-vous que les générations précédentes ont combattu le fascisme et le communisme au moyen non seulement de missiles et de chars, mais aussi d'alliances solides et de principes durables. Elles avaient compris que notre puissance à elle seule ne pouvait nous protéger et ne nous donnait pas non plus le droit de faire tout ce que nous voulions. Ces générations savaient, en revanche, que notre puissance ne pouvait que croître quand nous nous en servions prudemment ; que notre sécurité provenait de la justesse de notre cause, de la force de notre exemple, et des qualités modératrices d'humilité et de retenue. »
M. Obama a également évoqué l'intensification de la coopération avec des alliés sur les grands dossiers que sont le réchauffement climatique et la menace nucléaire. Les États-Unis ne peuvent plus se permettre d'être indifférents face à la souffrance à l'extérieur de leurs frontières, a-t-il dit.

Il a ajouté que les États-Unis s'efforceraient d'instaurer une nouvelle ère de paix dans laquelle ils chercheraient à nouer avec le monde musulman des relations fondées sur des intérêts mutuels et le respect.
Il avait également un message à l'intention des ennemis de l'Amérique : « (…) à ceux qui cherchent à parvenir à leurs objectifs en semant la terreur et en massacrant des innocents, nous disons aujourd'hui : notre esprit est plus fort et ne peut être brisé ; vous ne pourrez pas l'emporter à l'usure, et nous vous vaincrons. »
Évoquant les grands défis qu'il faudra relever, notamment les guerres en Irak et en Afghanistan et une économie en difficulté, M. Obama a déclaré : « Aujourd'hui, je vous dis que les défis que nous devons relever sont réels. Ils sont graves et ils sont nombreux. Ils ne seront pas faciles à relever, et cela ne pourra pas se faire rapidement. Mais sachez-le bien, Amérique, nous les relèverons. »
Il a ajouté que les États-Unis commenceraient à se retirer de l'Irak de façon responsable, et qu'ils s'efforceraient d'instaurer « une paix durement remportée » en Afghanistan. Par ailleurs, son gouvernement s'attachera à améliorer les infrastructures et à faciliter l'utilisation d'énergies renouvelables pour stimuler la croissance économique.
« Nos défis peuvent être nouveaux, tout comme les instruments au moyen desquels nous les relevons. Mais les valeurs dont notre succès dépend - le travail acharné et l'honnêteté, le courage et le fair-play, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme - ces valeurs-là sont anciennes (…) », a-t-il dit.
Une tradition démocratique
La 56e investiture présidentielle s'est déroulée selon des rituels presque inchangés depuis la création des États-Unis. M. Obama et son épouse, Michelle, ont assisté à un service religieux à l'église Saint Jean située près de la Maison-Blanche puis ont pris le café à la Maison-Blanche en compagnie du président Bush et de Laura Bush. M. Obama s'est ensuite rendu, avec le président Bush, au Capitole pour participer à la cérémonie officielle d'investiture et prononcer son discours. Après quoi M. et Mme Bush sont montés, en tant que simples citoyens, à bord d'un hélicoptère qui les a amenés à la base aérienne Andrews. De là, ils ont pris un avion pour retourner chez eux, au Texas.
Le nouveau président a quant à lui déjeuné au Capitole avec des membres du Congrès et divers responsables du gouvernement avant de participer à d'autres cérémonies, dont un défilé et dix bals officiels.
Le 21 janvier, première journée complète de travail, M. Obama a participé à un déjeuner de prière à la Cathédrale nationale de Washington, une autre tradition ancienne.
La journée de l'investiture, qui est l'apogée d'une longue tradition de transfert pacifique du pouvoir, est un symbole de la démocratie américaine. M. Obama a toutefois souligné dans son discours que l'investiture du premier président afro-américain avait une portée historique particulière.
« (…) un homme dont le père, il y a moins de soixante ans, n'aurait peut-être pas été servi dans un restaurant local peut aujourd'hui se tenir debout devant vous pour prononcer le serment le plus sacré », a-t-il dit, suscitant une réaction très enthousiaste de la foule.
« Aussi marquons ce jour du souvenir de qui nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. »
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