15 janvier 2009
Extraits de sa déclaration liminaire sur la future politique étrangère des États-Unis.
Dans la déclaration liminaire sur la future politique étrangère des États-Unis qu'elle a faite le 13 janvier devant la commission sénatoriale des affaires étrangères, Mme Hillary Clinton, que M. Barack Obama a nommée à la tête du département d'État, a abordé de nombreux sujets.
On trouvera ci-après des extraits de cette déclaration portant entre autres sur l'Afrique, le Moyen-Orient, le Proche-Orient et la lutte contre le sida.
(Début du texte)
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Les soixante-dix jours qui se sont écoulés depuis l’élection présidentielle ont confirmé le caractère urgent de ces défis. Cette période a été marquée par un nouveau conflit à Gaza, les attentats terroristes de Bombay, des massacres et des viols au Congo, le choléra au Zimbabwé et des informations confirmant le niveau record des gaz à effet de serre et la fonte accélérée des glaciers. On a également constaté la recrudescence d'une ancienne forme de terreur, la piraterie, qui sévit sous un aspect nouveau au large de la Corne de l'Afrique.
En toutes circonstances, et particulièrement face à ces défis mondiaux, notre devoir fondamental est de protéger et de promouvoir la sécurité, les intérêts et les valeurs des États-Unis. Notre première priorité est d’assurer la sécurité de notre population, de notre nation et de nos alliés. Nous devons ensuite favoriser la croissance économique et contribuer à une prospérité partagée, ici comme à l'étranger. Enfin, nous devons renforcer notre position de leader mondial, afin de conserver notre rôle de force positive dans le monde, qu'il s’agisse de préserver la santé de notre planète ou de renforcer la dignité et les possibilités des populations en marge, dont les progrès et la prospérité contribueront aux nôtres.
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La leçon des vingt dernières années apparaît clairement en 2009 : nous devons à la fois combattre les menaces et saisir les occasions liées à notre interdépendance. Et pour le faire efficacement, nous devons construire un monde avec un plus grand nombre de partenaires et avec moins d’adversaires.
Les États-Unis ne peuvent pas résoudre à eux seuls les problèmes les plus urgents, tout comme le monde ne saurait les résoudre sans eux. Il est de notre intérêt d’atténuer les menaces et de saisir les occasions au niveau mondial, la meilleure façon de procéder étant donc d’élaborer des solutions mondiales et de les mettre en œuvre. Il ne s’agit pas ici d’un point de vue philosophique, mais de la réalité de notre situation.
Le futur président et moi-même estimons qu’une politique étrangère doit être fondée à la fois sur des principes et sur le pragmatisme, et non sur une idéologie inflexible. Sur des faits et des preuves, et non sur des émotions ou des préjugés. Notre sécurité, notre développement et notre capacité à montrer la voie dans le monde actuel passent par la reconnaissance de la situation d'interdépendance dans laquelle nous nous trouvons.
Je pense que le monde souhaite notre leadership, en dépit des insuffisances passées. Nous devons recourir au pouvoir « intelligent », en utilisant tous les outils à notre disposition, qu’ils soient diplomatiques, économiques, militaires, politiques, juridiques ou culturels. Nous devons choisir l’outil ou les outils adaptés à chaque situation.
Le pouvoir « intelligent » fera de la diplomatie l’outil privilégié de la politique étrangère. (…) Le futur président n’a laissé aucun doute sur le rôle primordial que jouera la diplomatie dans son gouvernement. Il suffit de regarder la Corée du Nord, l’Iran, le Moyen-Orient et les Balkans pour comprendre la nécessité absolue d’une diplomatie à la fois sans complaisance et intelligente. Les échecs qu’entraîne l’absence d’un tel effort sont évidents eux-aussi. Et il suffit de considérer les divers problèmes que nous devrons traiter en 2009, de la lutte contre le terrorisme aux changements climatiques et aux crises financières, pour comprendre l’importance d'une action fondée sur la coopération.
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Nous devrons également avoir recours aux Nations Unies et aux autres institutions internationales lorsque cela est possible et justifié. Indépendamment de leur appartenance au parti démocrate ou au parti républicain, de nombreux présidents ont compris par le passé que ces institutions contribuent à notre influence, du moins si elles fonctionnent bien. Et lorsqu’elles fonctionnent mal, comme ce fut le cas pour le Darfour ou lors de l'élection absurde du Soudan à l’ancienne Commission des droits de l’homme de l’ONU, par exemple, nous devons œuvrer avec nos amis afin d’assurer que ces institutions reflètent les valeurs qui sont à l’origine même de leur création.
La diplomatie jouera un rôle de premier plan parce c’est l'approche intelligente. Toutefois, nous savons aussi que la puissance militaire sera parfois nécessaire ; nous y aurons recours pour protéger nos ressortissants et nos intérêts, où et quand cela sera nécessaire, en dernier ressort.
Nous devons aussi nous rappeler que, s'ils souhaitent promouvoir leurs intérêts dans le monde, les États-Unis doivent donner l’exemple même des valeurs qui leur sont chères. (…)
Nous devons être réalistes ce qui concerne la réalisation de nos objectifs. Même dans des circonstances optimales, notre pays ne saurait résoudre tous les problèmes ou satisfaire tous les besoins mondiaux. Notre temps et nos ressources financières et humaines ne sont pas illimités. Et les circonstances actuelles ne sont pas optimales : notre économie trébuche, et nos déficits budgétaires augmentent.
Nous devons donc fixer un ordre de priorité, afin de remplir nos responsabilités à l’égard des générations futures et de protéger et défendre notre pays tout en respectant nos valeurs. (…)
En premier, le futur président entend mettre fin à la guerre en Irak de manière responsable et utiliser une stratégie globale en Afghanistan, afin de réduire les menaces qui pèsent sur notre sécurité et de renforcer le potentiel de stabilité et de paix.
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L’accent mis sur l’Irak, le Pakistan et l’Afghanistan doit s’accompagner au Moyen-Orient d’une stratégie de pouvoir « intelligent » comportant plusieurs volets : répondre aux besoins de sécurité d’Israël et aux aspirations politiques et économiques légitimes des Palestiniens ; inciter l'Iran à mettre fin à son programme d'armement nucléaire et à son soutien au terrorisme ; persuader l'Iran comme la Syrie d'abandonner leur comportement dangereux et de devenir des acteurs régionaux positifs ; enfin, renforcer nos relations avec l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, les autres États arabes, la Turquie et nos partenaires du golfe Persique, afin de les faire participer à l'élaboration d'une paix durable dans cette partie du monde.
Nous ne saurions renoncer à établir la paix, aussi insurmontables les problèmes du Proche-Orient puissent-ils sembler, comme le savent les nombreux présidents qui ont passé des années à essayer de trouver une solution, y compris mon époux. Le futur président et moi-même comprenons avec une grande sympathie le désir d’Israël à se défendre dans les circonstances actuelles et à se libérer des tirs de roquette du Hamas.
Ces évènements nous ont toutefois rappelé le coût humanitaire tragique du conflit du Proche-Orient et nous sommes touchés par les souffrances des civils palestiniens et israéliens. Cela ne peut que nous déterminer davantage à rechercher un accord de paix juste et durable, apportant à Israël une vraie sécurité et des relations normales et positives avec ses voisins, tout en apportant l’indépendance, le progrès économique et la sécurité aux Palestiniens dans un État qui leur soit propre.
Nous ferons tous nos efforts pour soutenir l'action des Israéliens et des Palestiniens qui cherchent à atteindre un tel résultat, essentiel non seulement pour les parties elles-mêmes, mais aussi pour nos intérêts fondamentaux de lutte contre les forces de la division et de l’extrémisme violent dans le monde entier.
Le terrorisme demeure une menace sérieuse. Il convient donc que nous disposions d'une stratégie globale faisant appel aux leviers de nos ressources dans les domaines du renseignement, de la diplomatie et de la défense, afin de mettre en échec Al-Qaïda et les terroristes qui s’en inspirent, en déracinant leurs réseaux et en mettant fin au soutien dont ils disposent pour la mise en œuvre de leur extrémiste violent et nihiliste. Le risque que des armes de destruction massive tombent entre les mains de terroristes constitue la menace la plus grave à laquelle les États-Unis ont à faire face. Pour garantir notre sécurité future, nous devons atténuer les risques biologiques, chimiques et informatiques, tout en jouent le rôle de leader de l’effort collectif visant à réduire les stocks nucléaires existants et à prévenir le développement et l’utilisation de nouvelles armes.
C’est pourquoi, en parallèle à la lutte contre la menace terroriste, nous allons également saisir l'occasion de renouer le dialogue entre les États-Unis et d'autres pays pour réduire les stocks d'armes nucléaires. (…)
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En Afrique, les objectifs de politique étrangère du gouvernement Obama reflètent des intérêts sécuritaires, politiques, économiques et humanitaires : lutter contre les tentatives d’Al-Qaïda de trouver refuge dans les États en déliquescence de la Corne de l’Afrique ; aider les pays africains à préserver leurs ressources naturelles et à en recevoir une juste rémunération ; mettre fin à la guerre au Congo ; mettre un terme au régime autocratique du Zimbabwe et au désastre humanitaire du Darfour ; soutenir les démocraties africaines telles que l’Afrique du Sud et le Ghana, qui vient d'organiser pour la seconde fois des élections démocratiques se traduisant par un changement de gouvernement ; enfin, œuvrer de manière volontariste afin d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement dans les domaines de la santé, de l'éducation et des possibilités économiques.
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Le gouvernement Obama reconnaît que nous partageons un lien d’humanité avec les peuples du monde, même si nous ne sommes pas entièrement d'accord avec certains gouvernements. Investir dans cette appartenance commune fait progresser notre sécurité, car nous préparons ainsi un monde plus pacifique et plus prospère. Monsieur le président [de la commission sénatoriale des affaires étrangères], vous avez été parmi les premiers à souligner qu'il était important que nous participions à la lutte mondiale contre le sida. Et vous travaillez avec acharnement sur ce sujet depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, après de nombreux efforts, dont le plan d’aide urgence du président Bush à la lutte contre le sida à l'étranger et le travail des ONG et des fondations, les sondages d’opinion réalisés dans de nombreux pays africains manifestent le large soutien dont jouissent les États-Unis. Ceci est vrai même parmi les populations musulmanes de Tanzanie et du Kénya, où les États-Unis sont considérés comme un leader de la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.
Nous pouvons bâtir sur ce succès, en formant avec les ONG des partenariats visant à développer l'infrastructure médicale africaine, afin de permettre à un nombre croissant de patients d'accéder aux médicaments, de diminuer les cas de transmission du VIH de la mère à l’enfant et de réduire le nombre de décès.
Nous pouvons accroître le soutien dont nous bénéficions en effectuant d'autres investissements sociaux, en œuvrant avec les ONG partenaires afin de construire des écoles et de former des enseignants, et en faisant en sorte que les enfants ne souffrent plus de la faim et ne soient plus exploités, afin qu'ils fréquentent ces écoles et se créent un avenir. C’est la raison pour laquelle le président nouvellement élu soutient le concept d’un fonds mondial visant à développer l'enseignement laïque dans le monde.
Je souhaite souligner le rôle important que doit jouer l'approche dite « du bas vers le haut » pour que les États-Unis restent une force positive dans le monde. Le président nouvellement élu en est également convaincu. Investir dans notre humanité commune par des actions de développement social n'est pas un aspect marginal de notre politique étrangère, mais une condition fondamentale de la réalisation de nos objectifs.
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Au cours des années récentes, d’autres pays se sont employées à acquérir une influence militaire, économique et politique. Certains ont donc estimé que la page des États-Unis dans l’histoire du monde avait été tournée. Je ne suis pas d’accord. Certes, les paradigmes traditionnels ont évolué, mais la réussite des États-Unis n’a jamais été le reflet de notre seul pouvoir : elle a toujours été le reflet de nos valeurs. En dépit des difficultés actuelles dans notre pays comme dans le reste du monde, des millions de gens essaient toujours de venir aux États-Unis, de manière légale ou illégale. Pourquoi ? Parce que nous sommes guidés par des vérités immuables, à savoir tous les êtres humains naissent égaux et qu'ils ont droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur. Et c’est dans ces vérités que nous trouverons, comme nous le faisons depuis plus de deux siècles, le courage, la rigueur et la créativité nécessaires pour répondre aux défis de ce monde en évolution constante.
(Fin du texte)