30 septembre 2008
Aucun des deux candidats ne l'a nettement gagné.

Washington - Lors de leur premier débat, les deux principaux candidats à l'élection présidentielle des États-Unis, le républicain John McCain et le démocrate Barack Obama, ont énoncé leurs vues sur la politique étrangère et se sont mutuellement critiqués sur la guerre en Irak, mais aucun des deux ne s'est clairement démarqué de son adversaire.
Ce premier débat, d'une durée de 90 minutes et organisé le 26 septembre à l'université du Mississippi, était censé porter sur la politique étrangère, mais étant donné les récentes difficultés financières des États-Unis, l'économie a occupé une grande partie du temps d'antenne.
M. McCain a évoqué ses années de service au Sénat et décrit M. Obama comme inexpérimenté. Ce dernier a rétorqué en disant que M. McCain n'apporterait aucun changement, comparant le sénateur de l'Arizona au président Bush.
« Cela fait longtemps que je m'occupe de ces questions de sécurité nationale, qui impliquent la plus haute responsabilité et les décisions les plus difficiles qu'un président est amené à prendre », a dit M. McCain.
« Le prochain président doit avoir une vision stratégique plus vaste au sujet de tous les défis que nous devons relever », a déclaré M. Obama.
L'engagement militaire des États-Unis en Irak
C'est durant la discussion de la guerre en Irak, l'un des principaux sujets de préoccupation des Américains en matière de politique étrangère, qu'ont eu lieu les échanges les plus animés. Comme on lui demandait son avis sur l'engagement des États-Unis dans ce pays au cours des cinq dernières années, M. McCain a déclaré : « Nous sommes en train de gagner en Irak, et nous allons rentrer victorieux et couverts d'honneur. »
Quant à M. Obama, il a rappelé sa position sur cette guerre : « Nous n'avons pas utilisé notre armée judicieusement en Irak. »
M. McCain a rappelé qu'il avait soutenu dès le début le plan de renforcement des troupes avancé par le président Bush. « Je suis allé en Irak en 2003 et, lorsque je suis revenu, j'ai dit qu'il fallait changer notre stratégie. Nous avons enfin nommé un grand général et adopté une stratégie qui a réussi. » Il a ajouté que même le sénateur Obama, initialement opposé à ce plan, avait fini par admettre qu'il avait été un succès.
« Le sénateur McCain a tout à fait raison de dire que la violence a diminué du fait de l'extraordinaire sacrifice de nos soldats et de leurs familles », a dit M. Obama. « Mais n'oublions pas qu'il s'agissait d'une tactique conçue pour limiter les dégâts de quatre précédentes années de mauvaise conduite de cette guerre. »
Les objectifs de politique étrangère

Abordant ce dossier, M. Obama a déclaré que les États-Unis devaient mieux coopérer avec leurs alliés pour lutter contre Al-Qaïda.
« Il est important que nous comprenions que notre image à l'étranger aura une influence sur notre capacité d'obtenir la coopération des autres pays et d'éliminer le terrorisme », a dit M. Obama. « Et l'une des choses que j'ai l'intention de faire en tant que président est de redorer le blason des États-Unis à l'étranger. »
Et M. McCain de déclarer : « Je sais comment traiter nos adversaires, et je sais comment me comporter avec nos amis. » Il a décrit le terrorisme comme le « problème fondamental de notre époque » et la guerre en Irak comme un élément clé de la guerre contre le terrorisme. « Si nous échouons en Irak, cela encouragera Al-Qaïda », a-t-il affirmé.
Les deux candidats se sont accordés à dire qu'un Iran doté de l'arme nucléaire serait très dangereux. M. McCain a proposé la création d'une ligue de démocraties qui pourrait imposer des sanctions sévères, alors que M. Obama a déclaré qu'il s'engagerait dans « une ferme diplomatie directe » avec l'Iran.
Les deux candidats ont également exprimé leur inquiétude au sujet de la Russie. « Notre politique vis-à-vis de la Russie doit entièrement être réévaluée, parce qu'une Russie en pleine reprise et très agressive est une menace pour la paix et la stabilité de la région », a dit M. Obama. Il a ajouté que les actions de la Russie en Géorgie exigeaient une ferme réaction de la communauté internationale.
« Nous voulons coopérer avec les Russes. Mais nous avons également le droit d'attendre d'eux qu'ils (...) respectent les frontières internationales et les normes internationales de comportement », a dit M. McCain, ajoutant que M. Obama ne comprenait pas complètement l'attitude agressive de la Russie à l'égard de la Géorgie.
L'avenir économique du pays
La situation économique des États-Unis a dominé la première moitié du débat, qui devait être consacré à la politique étrangère et à la sécurité nationale. Mais l'animateur Jim Lehrer a considéré que la « crise financière mondiale » était un élément de la sécurité nationale.
Les perturbations des marchés financiers des États-Unis ont en effet fait la une des informations dans le monde entier. Pendant ce temps, le président Bush et le Congrès tentent de négocier un plan de sauvetage qui permettrait de racheter les mauvais crédits immobiliers et de renflouer le système financier américain. Les candidats, qui sont tous deux des sénateurs en exercice, affirment qu'ils sont prêts à soutenir une proposition de loi qui comprendrait la création d'un dispositif de supervision visant à s'assurer que le contribuable américain est protégé.
Le coût de ce plan de sauvetage est estimé à 700 milliards de dollars, ce qui réduirait la capacité du prochain président de financer certains de ses programmes. En réponse à une question à ce sujet, M. Obama a admis que certains projets devraient sans doute être retardés, mais que certaines de ces propositions, notamment l'indépendance énergétique des États-Unis, la réorganisation du système de santé, l'amélioration de l'éducation et la réparation des infrastructures, étaient essentielles.
M. McCain a déclaré que cette crise financière était une raison de plus de réduire le gaspillage du gouvernement. « Nous avons laissé le gouvernement échapper à tout contrôle », a-t-il dit, ajoutant qu'il avait l'expérience nécessaire pour éplucher les dépenses de chaque agence fédérale.
Après le débat, les responsables des campagnes ont rapidement décrit leur candidat comme le vainqueur, mais les experts en politique ont affirmé qu'il n'y avait pas de victoire nette. Un sondage effectué par CBS après le débat auprès d'électeurs qui n'ont pas encore fait leur choix a révélé que 39 % d'entre eux pensaient que M. Obama avait gagné, 24 % estimaient que c'était plutôt M. McCain, et 37 % considéraient que les deux candidats étaient à égalité.
Le prochain débat présidentiel, qui sera organisé sur le format d'une assemblée publique durant laquelle des membres de l'auditoire pourront poser des questions, aura lieu le 7 octobre prochain.