30 septembre 2008
Il est probable que plus de 100 millions d'Américains voteront lors de la prochaine élection présidentielle, le 4 novembre. Toutefois, seuls 538 hommes et femmes éliront le nouveau président des États-Unis dans les 50 capitales des États fédérés et dans la capitale des États-Unis (Washington), le 15 décembre.
L'élection à deux degrés du président des États-Unis par l'intermédiaire du collège électoral que les rédacteurs de la Constitution ont conçue en 1787 surprend aussi bien les étrangers que les Américains eux-mêmes. Elle traduit la volonté de mettre en place un régime fédéral qui attribue des pouvoirs non seulement à l'État fédéral et à l'ensemble de la population, mais aussi aux États fédérés.
Comme l'auteur d'un ouvrage consacré au collège électoral (After the People Vote), John Fortier, l'indique dans le présent numéro de la revue eJournal USA, le mécanisme du collège électoral exige un candidat à la présidence qui jouit d'une notoriété nationale et d'un large soutien populaire dans les diverses parties du pays. « De fait, dit-il, le collège électoral rend difficile l’élection de candidats issus de partis tiers ou de factions régionales ou dont la notoriété ne s’étend pas à tout le pays. »
Les grands électeurs qui composent le collège électoral votent en décembre presque toujours de la même façon que les électeurs de leur État l'ont fait le mois précédent, en novembre. Le candidat élu par le collège électoral a presque toujours obtenu la majorité absolue des suffrages populaires dans tout le pays. Toutefois, en raison de la règle qui prévoit que le vainqueur dans un État obtient les voix de tous les grands électeurs de cet État et qui ne connaît que deux exceptions au Maine et au Nebraska, le candidat élu par le collège électoral peut avoir obtenu moins de suffrages populaires que son rival, comme cela s'est produit en 2000.
Le journaliste David Mark décrit les jeux stratégiques qu'entraîne le collège électoral. C'est ainsi que les candidats à la présidence prêtent une attention moindre pendant leur campagne aux États qui sont bien connus pour être démocrates ou républicains. Ils consacrent plutôt leur temps et leurs ressources limitées à un nombre relativement petit d'États où les électeurs sont divisés presque à égalité entre les démocrates et les républicains (la Floride et l'Ohio en sont deux exemples bien connus) et qui jouent un rôle décisif pour les résultats de l'élection présidentielle.
Un grand nombre d'Américains souhaitent que le président soit élu au suffrage universel direct, mais un tel changement est loin d'être imminent, car la modification de la Constitution nécessaire à cette fin exige une grande volonté politique. Les États-Unis n'ont adopté que 27 amendements en deux cent vingt ans. Un tel changement se heurte en effet à l'opposition des États peu peuplés, qui sont représentés d'une façon disproportionnée au sein du collège électoral, ainsi qu'à celle des partisans du système bipartite et des partisans du régime fédéral.
Quels que soient ses mérites, le collège électoral offre au moins la possibilité d'un vote décisif. La Chambre des représentants n'a eu à décider que de deux élections présidentielles parce qu'aucun candidat n'avait obtenu la majorité absolue au collège électoral, et le cas le plus récent remonte à 1824.
Nous nourrissons l'espoir que le présent numéro de la revue eJournal USA vous permettra de mieux comprendre les raisons historiques de la création du collège électoral et son fonctionnement.