30 septembre 2008
Les systèmes électoraux américain et britannique sont très différents, mais ils produisent parfois des résultats étrangement semblables.
Philip John Davies est professeur d’études américaines à l'université De Montfort (Leicester) et directeur du Centre Eccles pour les études américaines à la British Library de Londres (Royaume-Uni).
Philip John Davies
Des deux côtés de l’Atlantique, les étudiants en sciences politiques sont souvent surpris par ce qu’ils apprennent. Les étudiants britanniques sont étonnés lorsqu’on leur dit que les candidats aux élections législatives aux États-Unis font souvent campagne sur des thèmes reflétant davantage leurs objectifs propres que le programme politique officiel de leur parti.
Ils sont encore plus décontenancés lorsqu'on leur confirme que les présidents américains doivent négocier et faire des compromis avec les parlementaires, même ceux de leur propre parti, pour réussir à faire passer des lois conformes au programme présenté aux électeurs.
Enfin, ils désapprouvent souvent le système complexe du collège électoral, qui peut parfois reléguer en seconde place le candidat qui a reçu le plus grand nombre de suffrages populaires, comme ce fut le cas il n’y a pas très longtemps.
« Les électeurs dont le parti a gagné ne sont pas assurés de la mise en œuvre du programme pour lequel ils se sont prononcés ? Et ils ne sont pas certains d’avoir pour président celui choisi par le plus grand nombre ? Est-ce là un système véritablement démocratique ? »
De leur côté, les étudiants américains trouvent le système électoral britannique plutôt suspect. Il semble tellement dominé par les programmes des partis politiques que les qualités individuelles des candidats ne font qu’une différence minime. Le niveau de contrôle de l’exécutif, qui intervient à l’intérieur même du corps législatif, leur paraît inquiétant.
Le faible rôle joué par les électeurs dans la nomination du premier ministre leur semble en outre tout à fait surprenant. « Les électeurs n’ont presque rien à dire dans le choix du premier ministre ! Et les partis exercent un contrôle très étroit sur les affaires politiques. Est-ce là un système véritablement démocratique ? »
Des conceptions très différentes de la démocratie
Dans l’univers politique, le terme « démocratie » est considéré comme un label de respectabilité. La plupart des pays souhaitent être considérés comme une démocratie, même si c’est davantage pour des raisons de relations publiques que par souci de la réalité. C’est ainsi que l’Allemagne de l’Est a cru bon de se présenter comme une « République démocratique » durant les cinquante ans de division du pays.

Ceci étant, on trouve des systèmes très différents même au sein des États qui sont reconnus comme démocratiques. Des prismes culturels différents donnent des images déformées des institutions démocratiques et de leurs divers fondements historiques et socio-culturels. Les barrières socio-culturelles empêchent parfois de voir les parallélismes.
Le régime en vigueur au Royaume-Uni met traditionnellement l’accent sur la concurrence entre partis politiques. La désignation des dirigeants des partis a toutefois évolué au cours des dernières années, avec l’introduction de collèges électoraux. Ces collèges ont pour objet d’assurer un équilibre de représentation entre les différentes sensibilités représentées au sein de chaque parti. Ils procèdent, dans une certaine mesure, de l’expérience accumulée de l’autre côté de l’Atlantique, sans avoir quoi que ce soit en commun avec les principes fédéraux qui sous-tendent le collège électoral américain.
Au-delà de ces différences, les modalités de nomination par les partis du premier ministre britannique sont tout aussi compliqués que celles de l’élection du président des États-Unis.
Les résultats des élections font ressortir certaines similitudes. Le système américain du collège électoral permet à un candidat de l’emporter à l'élection présidentielle alors même qu’il n’a pas recueilli la majorité des suffrages populaires exprimés. Cette éventualité ne devrait pas surprendre les observateurs britanniques, puisqu’aucun parti n’a emporté la majorité absolue des suffrages populaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les conservateurs s’en sont approchés en 1955, avec 49,7 % des suffrages exprimés. C’est là une exception, car le parti vainqueur a obtenu moins de 45 % des suffrages populaires lors de 7 élections depuis la fin de la guerre, dont 3 élections où ce pourcentage est tombé à moins de 40 %. Il n’était même que de 35,2 % lors de l’élection de 2005 !
Quelques voix peuvent avoir un grand effet
Le collège électoral américain élit parfois un président des États-Unis ayant recueilli moins de suffrages populaires que le vaincu. Cela n’arrive pas très souvent, mais l’élection de 2000 en offre un exemple particulièrement frappant.
Un phénomène semblable peut se produire lors des élections législatives au Royaume-Uni. En 1951, le parti travailliste a reçu environ 1 % de suffrages populaires de plus que les conservateurs et leurs alliés. Malgré cela, les travaillistes ont obtenu 4 % de sièges de moins. En février 1974, c’était au tour des conservateurs de finir légèrement en tête, alors que le parti travailliste obtenait davantage de sièges. Les petits partis détenaient suffisamment de sièges pour faire pencher la balance en faveur des conservateurs, mais c’est finalement le parti travailliste qui a formé un gouvernement minoritaire.
L’élection américaine de 2000 a illustré de manière particulièrement frappante l’impact de quelques voix de différence dans certains États clés. Pendant plusieurs semaines, le sort de l’élection a dépendu des vicissitudes du scrutin en Floride.
Le Royaume-Uni s’est parfois trouvé dans des situations semblables. En 1964, les travaillistes ont remporté 317 des 630 sièges du Parlement, soit une avance de 4 sièges sur les autres partis, mais ils n’étaient en tête que de 7 voix dans l’une des circonscriptions, et de 10, de 11 et de 14 voix respectivement dans 3 autres circonscriptions.
Il ne fait aucun doute que les observateurs de nombreux pays vont continuer d’élargir leur conception de la démocratie en regardant au-delà des frontières. Les différences sont importantes, et parfois surprenantes, mais le tableau qu’elles offrent peut être une source d’inspiration. Et il sera toujours très amusant d’observer les bizarreries des autres régimes politiques et d’y décerner le reflet de nos propres singularités !
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.