25 septembre 2008
Les deux partis soutiennent Israël et souhaitent la création d'un État palestinien indépendant.

Washington - Dans le cadre d'une campagne présidentielle où chaque candidat essaie de se démarquer de son adversaire en affirmant être un agent du changement, John McCain et Barack Obama ont beaucoup plus de choses en commun que de différences lorsqu'il s'agit de la politique des États-Unis au Moyen-Orient. De plus, leurs vues cadrent avec nombre des politiques mises en œuvre par le gouvernement Bush.
Les vues que les deux candidats ont exprimées sur les conflits israélo-palestinien et israélo-arabe et sur le recours à des sanctions économiques pour empêcher l'Iran de se doter d'armes nucléaires sont interchangeables. La seule différence porte sur l'Irak, où M. Obama s'est engagé à retirer les troupes américaines dans les seize mois suivant son arrivée au pouvoir, alors que M. McCain est d'avis qu'une telle décision, si elle devait être prise, devrait se fonder sur les conseils des commandants de l'armée des États-Unis plutôt que sur un calendrier établi par des responsables civils.
Lors de leurs récentes conventions nationales, les partis démocrate et républicain ont tous deux évoqué l'alliance et les « relations spéciales » qui existent entre les États-Unis et Israël. Ils se sont engagés à faire en sorte qu'Israël maintienne sa supériorité militaire sur ses ennemis, et que Jérusalem demeure la capitale non divisée de l'État israélien. Les deux partis sont également favorables à l'isolement du Hamas jusqu'à ce qu'il renonce au terrorisme et reconnaisse le droit d'Israël d'exister.
M. Obama lui-même a déclaré à l'American-Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le 4 juin, que « quel que soit leur parti, les Américains soutiennent notre engagement envers la sécurité d'Israël ».
Un gouvernement McCain comme un gouvernement Obama soutiendrait une solution négociée au conflit israélo-palestinien qui déboucherait sur la création d'un État palestinien. Les démocrates ajoutent cependant qu'il est irréaliste d'espérer un retour à la ligne d'armistice qui séparait Israël de la Cisjordanie en 1949, et que les réfugiés palestiniens devraient être réinstallés dans un État palestinien au lieu de retourner dans des zones situées à l'intérieur de l'État israélien.
Les républicains affirment quant à eux que pour qu'un État palestinien devienne réalité, « les Palestiniens doivent soutenir les dirigeants qui rejettent le terrorisme, embrasser les institutions et les principes de la démocratie et respecter la règle de droit ».
La plupart des Américains soutiennent Israël
Les partisans d'un État palestinien indépendant risquent d'être déçus par certains éléments des deux programmes, et notamment par l'omission de toute mention de sujets sur lesquels les États-Unis et Israël ne sont pas d'accord, notamment la construction ou l'expansion de colonies israéliennes en Cisjordanie.
M. Josh Block, un porte-parole de l'AIPAC, a déclaré à America.gov que de 70 à 80 % des Américains se définissaient comme « pro-Israël », et qu'ils étaient nombreux à considérer Israël comme un allié plus proche des États-Unis que tout autre pays au monde, à l'exception du Canada et de l'Angleterre.
M. Block a rappelé que MM. Obama et McCain s'étaient rendus en Israël plusieurs fois et comprenaient fort bien les inquiétudes de ce pays.
« Ils ont fait connaissance avec les responsables du pays et c'est un fait important pour bien comprendre les enjeux. Mais ce qui compte par-dessus tout, c'est la position qu'ils ont adoptée. »
Les Arabo-Américains sont préoccupés par l'économie
Par ailleurs, les Arabo-Américains, le groupe d'électeurs le plus à même d'exiger des mesures plus favorables aux Palestiniens, attribuent un moindre degré de priorité au conflit israélo-palestinien qu'à l'état de l'économie américaine. C'est en tout cas ce qu'affirme James Zogby, fondateur et président de l'Institut arabo-américain.
M. Zogby a déclaré à America.gov que lors d'une récente réunion publique d'électeurs arabo-américains organisée dans le Michigan afin de discuter des principaux dossiers de l'élection présidentielle, il avait été difficile de détourner la conversation de l'économie, et ce malgré l'engagement des États-Unis en Irak, les accrochages survenus en 2006 entre Israël et le Liban, et le conflit israélo-palestinien, tous sujets pourtant « très douloureux » pour les électeurs arabo-américains.
Les pertes d'emplois et les difficultés croissantes que rencontrent les petits chefs d'entreprise priment sur tous les autres sujets, a-t-il dit, et la situation économique fait que les électeurs de la classe moyenne, y compris la première génération d'Américains venus du Moyen-Orient, ne sont pas certains que leurs enfants auront une vie aussi heureuse que la leur.
« Sont-ils satisfaits des programmes politiques avancés par les deux partis ? Ceux qui les ont lus, et j'ajouterais qu'ils ne sont pas nombreux, ne le sont pas (...) Mais je pense que, d'une façon générale, ce n'est pas ce qui alimente les discussions en ce moment. »
Démocrates et républicains s'accordent sur des sanctions contre l'Iran, mais pas sur des pourparlers directs
Si MM. McCain et Obama ne sont pas d'accord sur l'ouverture d'un dialogue direct entre les États-Unis et les dirigeants iraniens, ils se sont tous les deux engagés à augmenter la pression sur l'Iran, principalement par le truchement de sanctions économiques plus sévères, afin de le dissuader d'acquérir l'arme nucléaire.
Le programme des démocrates prévoit « des sanctions plus sévères et plus agressives, et des démarches diplomatiques directes à haut niveau, sans condition préalable ». Les républicains sont favorables à des sanctions plus strictes contre l'Iran et ses partenaires commerciaux, mais « s'opposent à tout dialogue inconditionnel au niveau présidentiel avec le régime iranien tant que celui-ci n'aura pas pris des mesures pour améliorer son comportement », à savoir renoncer à soutenir le terrorisme et stopper ses activités d'enrichissement d'uranium.
Les deux partis promettent également de n'écarter aucune option, ce que l'on interprète généralement comme signifiant qu'ils sont prêts à recourir à la force en cas d'échec des démarches diplomatiques.
La politique étrangère étant le sujet principal du premier débat présidentiel qui devrait avoir lieu le 26 septembre, les deux candidats auront une chance de nuancer leurs vues sur la politique des États-Unis à l'égard du Moyen-Orient et d'autres régions.
Mais d'une façon générale, le « changement », qui est le thème dominant de la campagne de 2008, ne semble pas s'appliquer à la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient.