09 septembre 2008
Gouverneure de l'Alaska, la colistière de John McCain a lutté contre la corruption et défendu les valeurs conservatrices.

Saint-Paul (Minnesota) - La même question et son corollaire revenaient sans cesse à la bouche des journalistes qui assistaient, début septembre, à la Convention républicaine d'investiture, reflétant d'ailleurs la perplexité de millions d'Américains et d'étrangers qui en suivaient le déroulement : « qui donc est Sarah Palin ? » et « est-elle prête à assumer la vice-présidence des États-Unis ? »
Au moment, où, le 29 août, juste avant le début de la convention, M. John McCain l'a désignée comme sa colistière, Mme Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, État immense et à la population extrêmement clairsemée (670.000 habitants pour une superficie de 1.518.700 kilomètres carrés), était pratiquement inconnue du public américain. Ce n'est qu'au fil de la convention que les détails de sa vie, de son palmarès politique et de sa philosophie conservatrice ont commencé à se dévoiler.
Première républicaine de l'histoire à briguer la vice-présidence, Mme Palin a accédé au gouvernorat de l'Alaska en 2006, en battant le gouverneur sortant, lui aussi républicain. Auparavant, elle avait été, de 1996 à 2002, maire de la petite ville de Wasilla (7.500 habitants). Elle a cinq enfants dont le dernier est né trisomique, dont l'un des aînés s'apprête à être affecté en Irak et dont l'une des filles est tombée enceinte à l'âge de dix-sept ans et a l'intention de se marier.
La plupart des délégués à la convention ont accueilli sa nomination avec enthousiasme.
« Elle a certainement accompli davantage que beaucoup d'autres élus, y compris le candidat démocrate à la présidence (...) Elle va provoquer des remous », a déclaré un délégué de l'Illinois, M. Sid Mathias, au sujet de Mme Palin qui a en effet deux ans d'expérience à la direction d'un État fédéré.
Délégué de la Pennsylvanie, M. Tamburo a déclaré apprécier le fait que Mme Palin avait lutté contre la corruption en Alaska, au risque même d'offenser d'autres membres de son parti républicain : « Elle n'a pas froid aux yeux (...) Elle assainit l'atmosphère », a-t-il dit.
S'adressant aussi bien aux journalistes du Centre de la presse étrangère de Saint-Paul qu'aux délégués à la convention, divers chefs du parti républicain ont salué en Mme Palin une réformatrice capable de dynamiser la base républicaine. « C'est un visage nouveau, elle arrive comme une bouffée d'oxygène qui revigore le tandem républicain, qui inspire de l'enthousiasme au parti et, je le pense, au pays tout entier », a affirmé à la presse le député du Michigan, M. Pete Hoekstra.
Avant de briguer le poste de gouverneur de l'Alaska, a-t-il dit, Mme Palin avait vu que le gouverneur sortant, républicain lui aussi, s'était écarté des valeurs du parti. C'est pourquoi elle s'est présentée à l'élection primaire de l'État, l'a remportée, a vaincu ensuite son adversaire démocrate et, une fois à la direction de l'Alaska, « elle a continué à s'attaquer à la corruption, aux faiblesses d'institutions qui ne servaient plus la population de l'État ».
C'est précisément cet esprit réformateur qui a séduit le candidat à la présidence, M. John McCain, a déclaré aux journalistes l'ancien gouverneur du New York, M. George Pataki. « Elle ne se contente pas de parler de réformes. Elle les exécute », a-t-il dit, ajoutant que les deux colistiers étaient animés du même sentiment dominant, consistant à placer les intérêts du pays au-dessus de ceux de leur parti politique.
L'expérience de Mme Palin
En toute occasion, que ce soit à la convention ou ailleurs, les membres du parti républicain n'ont cessé de faire l'éloge de Mme Palin et notamment de son expérience en tant que chef de l'exécutif de l'État de l'Alaska, expérience qui l'a certainement préparée, selon eux, aux fonctions de vice-présidente.
« Elle a montré sa capacité de direction et son habileté à comprendre les problèmes et à exercer les différentes responsabilités de sa charge », a déclaré M. Hoekstra.
« Elle a fait un travail exemplaire en tant que gouverneure », a affirmé à la presse la députée du Tennessee, Mme Marsha Blackburn. « C'est une femme d'action (...) Elle réussit tout ce qu'elle entreprend (...) Elle a un jugement sûr. »
D'autres républicains ont fait observer que Mme Palin possédait une excellente connaissance du dossier énergétique, du fait des vastes richesses pétrolières et gazières de l'Alaska.
« La question prioritaire nationale est en ce moment l'économie, et la question économique numéro un, c'est l'énergie », a déclaré un député du Missouri, M. Roy Blunt. « Elle maîtrise très bien le dossier de l'énergie. Elle a dirigé le secteur énergétique d'un État qui produit 20 % du pétrole consommé aux États-Unis. »
Il est sans doute vrai que Mme Palin n'a guère d'expérience en politique étrangère, a-t-il poursuivi. Mais à ce titre-là, si le tandem républicain est élu, « elle sera tout aussi forte en politique étrangère que ne l'aurait été le sénateur Obama ».
Les chefs de file républicains reprochent à M. Barack Obama et à son colistier, le sénateur Joe Biden, de manquer d'expérience au sein de l'exécutif.
Mme Palin « est déjà l'un des gouverneurs qui ont le mieux réussi, et l'un des plus populaires », a souligné l'ancien maire de New York, M. Rudy Giuliani, dans un discours prononcé le 3 septembre à la convention. « Et elle possède déjà plus d'expérience à un poste exécutif que n'en ont les deux candidats démocrates réunis. Elle a dirigé une municipalité et un État. »
Tout au long de la convention, les médias ont également évoqué les difficultés familiales de Mme Palin. « Cette famille connaît les mêmes problèmes qui assaillent tant de mères et de pères chaque jour aux États-Unis », a fait remarquer Mme Linda Lingle, gouverneure d'Hawaï, le 3 septembre à la convention. « Toute famille doit faire face à des difficultés, et comme beaucoup d'autres, celle-ci va s'y attaquer et s'en sortir. »
Lors de son discours d'acceptation de sa nomination en tant que colistière de M. McCain, Mme Palin a répondu de la manière suivante aux détracteurs qui l'accusaient d'inexpérience : « Si vous n'êtes pas un membre bien placé de l'élite washingtonienne, il y en a, parmi les médias, qui considèrent votre qualification comme nulle et insignifiante pour cette seule raison-là. Quant à moi, je ne vais pas à Washington pour rentrer dans leurs bonnes grâces, j'y vais pour servir le peuple de mon pays. »