03 septembre 2008
L'accroissement de leur participation et leur préférence pour les démocrates pourraient jouer un rôle décisif.

Washington - Les partis démocrate et républicain courtisent les électeurs afro-américains en vue de l'élection présidentielle de novembre prochain car, selon les sondages et les politologues, il est probable que le scrutin sera extrêmement serré.
Les démocrates paraissent avoir l'avantage : les Afro-Américains sont en effet, depuis plus de quarante ans, en grande majorité démocrates, et cette tendance ne devrait que s'accentuer du fait de l'investiture de M. Barack Obama en tant que le premier candidat afro-américain d'un des grands partis politiques à la présidence des États-Unis.
Si l'orientation des suffrages des électeurs afro-américains semble assurée, il est essentiel que le nombre de leurs suffrages soit important. Les démocrates s'emploient donc à inciter les électeurs à participer au scrutin, en particulier dans les États où les Afro-Américains constituent une proportion importante de la population et où le scrutin devrait être serré. Dans ces États, leurs suffrages pourraient jouer un rôle décisif.
Les républicains n'ont cependant pas renoncé à obtenir les suffrages des Afro-Américains. Leur candidat à la présidence, M. John McCain, a prononcé, tout comme M. Obama, un discours lors de l'assemblée annuelle d'associations afro-américaines telles que la NAACP et la National Urban League.
Le candidat républicain a mis l'accent sur des questions telles que l'enseignement et les possibilités économiques et il s'est engagé à défendre « la cause grande et honorable de l'égalité des chances ».
Il a obtenu les applaudissements des participants à l'assemblée annuelle de la National Urban League lorsqu'il a admis qu'il avait eu tort de ne pas avoir voté, en 1983, en faveur de la création d'un jour férié en l'honneur du champion de la cause des droits civiques Martin Luther King.
Les deux candidats à la présidence ont une page consacrée aux Afro-Américains sur leur site Internet.
La page intitulée « Coalition afro-américaine » de M. McCain porte sur les mêmes questions (enseignement et possibilités économiques) qu'il traite dans ses discours. « Dans la société actuelle et dans le monde dans lequel les enfants d'aujourd'hui et de demain vont vivre, la capacité de rivaliser et de réussir dépendra de la qualité de l'enseignement. »
Quant à la page du site Internet de M. Obama, elle est plus détaillée et commence par une citation d'un discours que le candidat démocrate a prononcé en 2007 en l'honneur des participants aux marches du mouvement des droits civiques des années 1960. « Je suis ici parce que quelqu'un a participé à une marche. Je suis ici parce que vous tous avez fait des sacrifices pour moi. Je me tiens sur les épaules de géants. »
Selon son site, « il n'y a pas de meilleur défenseur des Afro-Américains que Barack Obama. Barack connaît ce que vous avez vécu parce qu'il l'a aussi vécu. Les causes qui vous sont chères sont les causes qu'il défend. Barack a consacré toute sa carrière à lutter en faveur de la justice. »

La fidélité des électeurs à un parti politique est actuellement favorable aux démocrates
Par le passé, les Noirs n'ont pas toujours été fortement en faveur du parti démocrate. Leur attachement au parti républicain qui remonte au premier président républicain du pays, Abraham Lincoln, dans les années 1860 est resté plus ou moins immuable jusqu'à la période du New Deal, sous la présidence démocrate de Franklin Roosevelt dans les années 1930 et 1940. Les années 1960 ont vu une nouvelle érosion de cet attachement au parti républicain lorsqu'un autre démocrate, le président Lyndon Johnson, a fait voter les grandes lois en faveur des droits civiques et du droit de vote des Noirs.
C'est en 1964 que le pourcentage des Noirs qui ont voté en faveur du candidat démocrate à la présidence, Lyndon Johnson, a été le plus élevé (94 %), et depuis lors ce pourcentage n'est jamais descendu en-dessous de 82 %.
L'avantage des démocrates est souligné dans un guide qu'un centre indépendant d'études politiques et économiques (Joint Center for Political and Economic Studies) qui se spécialise dans les questions intéressant les minorités a rendu public le 22 août à l'occasion de la Convention nationale du parti démocrate.
« Les changements démocratiques et politiques, ainsi que la base de la campagne de M. Obama et son recours à l'Internet, sont susceptibles de changer la carte électorale » par rapport à 2004, lorsque le républicain George Bush a été réélu à la présidence, indique l'auteur de ce guide, M. David Bositis.
Après avoir fait remarquer que M. Bush l'avait emporté dans plusieurs États dont la population noire est importante et qui sont appelés à jouer un rôle décisif, notamment en Indiana, en Ohio et en Virginie, il estime que « si l'on se fonde sur la participation des Noirs aux primaires démocrates pour la présidence en 2008, qui a augmenté de 115 %, les chances des démocrates paraissent exceptionnellement bonnes. »
En revanche, « la probabilité d'une augmentation des suffrages des Noirs en faveur du candidat républicain (ces suffrages ont représenté 11 % de l'ensemble des suffrages en 2004) est inexistante. »
Le guide que ce même centre a diffusé le 29 août en prévision de la Convention nationale du parti républicain et dont l'auteur est également M. David Bositis prévoit que M. McCain aura de grandes difficultés à attirer les électeurs afro-américains.
« Il est très probable que John McCain recevra une faible proportion des suffrages des Afro-Américains », dit M. Bositis en citant « la candidature d'importance historique de M. Obama, le grand enthousiasme que la population noire éprouve à son égard et l'association de M. McCain avec le président Bush qui est particulièrement impopulaire chez les Afro-Américains ».
Cette faible proportion ne serait pas étonnante étant donné l'ampleur des suffrages des électeurs afro-américains que M. Obama a obtenus lors des élections primaires démocrates par rapport à Mme Hillary Clinton. Selon des sondages effectués à la sortie des bureaux de vote, de 70 à 90 % des Afro-Américains ont voté en faveur de M. Obama.
La campagne de 2008 en faveur de l'inscription des électeurs afro-américains sur les listes électorales fait suite à des années où l'inscription sur les listes électorales des Noirs et leur participation aux élections a été moindre que celles des Blancs. Selon des statistiques du Bureau du recensement des États-Unis, cet écart a été en 2004 de 3,5 % pour l'inscription sur les listes électorales et de 4 % pour la participation au scrutin.
L'étude du Joint Center for Political and Economic Studies montre que le rôle des Afro-Américains dans la vie politique s'accroît et que cet accroissement profite surtout aux démocrates. Cette année, le nombre des délégués afro-américains à la Convention nationale du parti démocrate a atteint le chiffre record de 1.079, soit 24,3 % de l'ensemble des délégués. En revanche, leur nombre n'est que de 36 à la Convention nationale du parti républicain qui a lieu actuellement, soit 1,5 % de l'ensemble des délégués.