03 septembre 2008
Le poids électoral des peuples autochtones d'Amérique est un phénomène assez récent.

San Antonio - Au centre des États-Unis, des Grandes Plaines aux Rocheuses, des programmes ont été lancés en vue d'inscrire les électeurs amérindiens sur les listes de vote et de les informer sur l'élection présidentielle qui aura lieu en novembre.
Les peuples autochtones des États-Unis représentent environ 3 millions de personnes, soit 1 % de la population américaine. Mais dans certains États, ils constituent un bloc d'électeurs non négligeable. Selon le Bureau du recensement des États-Unis, les Amérindiens représentent 4,5 % des électeurs de l'Arizona, 4 % dans le Dakota du Nord, 6,4 % dans le Montana, 7,7 % dans l'Oklahoma, 8,5 % dans le Dakota du Sud et presque 10 % au Nouveau-Mexique.
Depuis dix ans, le vote amérindien s'est révélé important, voire déterminant, par exemple dans l'élection de deux démocrates au Sénat des États-Unis. En 2002, dans le Dakota du Sud, le sénateur Tim Johnson l'a emporté de justesse (524 voix) sur son adversaire républicain John Thune et ce grâce aux voix de la réserve indienne Pine Ridge. En 2006, le candidat démocrate Jon Tester a remporté la majorité des voix amérindiennes dans le Montana et a battu le sénateur républicain sortant, Conrad Burns.
Le poids électoral des Amérindiens est un phénomène relativement récent dans l'histoire américaine.
Depuis les débuts de la république, les tribus indiennes ont toujours été considérées comme des nations distinctes et, par conséquent, elles ne pouvaient bénéficier des droits et des privilèges accordés aux citoyens américains dans le cadre de la Constitution américaine. Elles étaient, en revanche, exonérées d'impôts.
James Kent, Chancelier de la Cour d'Appel de l'État de New York, écrivit dans une décision rendue en 1823 : « Bien que nés au sein de nos limites territoriales, les Indiens sont considérés comme étant nés dans le domaine de juridiction de leurs tribus. Ils appartiennent, de par la naissance, à leurs propres tribus et ces dernières sont placées sous notre protection et dépendent de nous ; mais nous les reconnaissons toutefois en tant que communautés nationales. »
Ce concept, connu également comme celui des « nations au sein de la Nation », a régi les relations entres les tribus indiennes et le gouvernement américain au XXe siècle.
Après la Première Guerre mondiale, le Congrès adopta une loi qui permettait aux Amérindiens ayant dûment accompli leur service militaire de devenir citoyens américains. En 1924, le Congrès adopta la loi « Indian Citizenship Act », accordant ainsi la citoyenneté à tous les Amérindiens nés en territoire américain. Cette loi prévoyait également que les Indiens conserveraient leur droits fonciers tribaux.
En dépit de cette loi du gouvernement fédéral, les États contrôlaient le droit de vote et plusieurs États continuèrent à refuser ce droit aux Amérindiens. De surcroît, plusieurs tribus considéraient que la citoyenneté américaine qui leur était proposée était un piège qui aboutirait à une imposition sur leurs propriétés mais aussi à la perte de leurs terres.

Après la Seconde Guerre mondiale, des décennies de décisions de justice et de changements des lois finirent par accorder aux Amérindiens toutes les libertés civiques, dont le droit de vote.
Inscription des électeurs, sensibilisation des Amérindiens en 2008
Le NCAI (Congrès national des Amérindiens), basé à Washington, est à la tête des efforts visant à inscrire les Amérindiens sur les listes électorales en 2008.
« Nous devons intensifier la participation de nos électeurs en 2008 », a expliqué Joe Garcia, président du NCAI, organisation non partisane. « Accroître la participation civique des Amérindiens et des communautés autochtones de l'Alaska est un impératif pour protéger leur souveraineté et s'assurer que nos préoccupations soient prises en compte à tous les niveaux de l'État. »
Le Réseau autochtone démocrate de Tulsa dans l'Oklahoma recrute des candidats pour le parti démocrate et organise des séminaires de sensibilisation des électeurs. Kalyn Free, présidente du Réseau, indique que les démocrates et les républicains ne peuvent se permettre d'ignorer le vote amérindien.
« Je pense que le vote des Amérindiens sera décisif dans l'élection présidentielle », a déclaré Mme Free. « Si vous regardez vers l'Ouest, tous les yeux se tournent vers le Nouveau-Mexique, l'Arizona, le Colorado et le Nevada. Ces États comptent des populations amérindiennes non négligeables et si l'élection est serrée, 1 ou 2 % feront la différence. Par conséquent, je suis convaincue que le prochain président des États-Unis sera élu grâce au poids du vote amérindien. Aucun des deux partis ne doit penser que ce vote lui est acquis. »
Dans la course à la présidence de 2008, les préoccupations des Amérindiens attirent l'attention des candidats des deux partis.
Le républicain John McCain possède des années d'expérience dans ce domaine car il fut sénateur de l'Arizona, qui compte quinze réserves amérindiennes. M. McCain fait également partie de la Commission des Affaires amérindiennes du Sénat.
Dans un document de politique sur les Amérindiens, John McCain s'engage à protéger la « souveraineté tribale et la relation unique entre le gouvernement américain et les tribus amérindiennes ». Dans ce rapport, il souligne l'importance du respect de la loi et se prononce en faveur du développement économique et de l'amélioration des soins médicaux dans les réserves indiennes.
Le démocrate Barack Obama s'est également engagé à respecter la souveraineté tribale et à octroyer davantage de fonds au secteur santé des Amérindiens. Il a aussi indiqué qu'il nommerait un conseiller spécialement chargé des affaires amérindiennes dans son équipe à la Maison-Blanche.
Lors d'un meeting électoral dans le Wyoming, M. Obama a déclaré : « Les Amérindiens se trouvent au niveau le plus bas de tous les indicateurs sociaux : durée de vie, mortalité infantile, toxicomanie, taux de chômage, suicide. Cette situation est attristante et elle est enracinée dans notre histoire tragique et c'est pour cette raison que nous avons une obligation particulière de nous y attaquer. »
Alors que les Amérindiens se mobilisent pour aller voter, ils vont se souvenir des promesses des candidats. Après les élections, ils demanderont au vainqueur de les tenir.