30 octobre 2008
Ni Barack Obama ni John McCain n'entrevoient de retour à la guerre froide.

Washington - Les deux candidats à l'élection présidentielle américaine, le républicain John McCain et le démocrate Barack Obama, pensent que la résurgence de la Russie et la sécurité et la coopération en Europe seront les grands dossiers de politique étrangère du prochain président.
Ce renouveau d'intérêt pour la sécurité en Europe est le résultat de l'attaque menée en août dernier par la Russie en Géorgie. Les deux candidats ont vivement critiqué les actions de la Russie, mais ont rejeté la possibilité de toute réaction militaire et se sont exprimés en faveur de pressions diplomatiques et économiques. Ils n'entrevoient pas un retour à la politique de la guerre froide.
Le 7 octobre dernier, lors du deuxième débat présidentiel, M. John McCain a déclaré : « Nous voulons exercer des pressions internationales sur la Russie dans l'espoir de l'amener à (...) changer de comportement. Les Russes doivent comprendre que ce genre d'action et d'activité est inacceptable. »
« Je pense qu'il est important de comprendre qu'ils ne sont plus l'ancienne Union soviétique, mais qu'ils ont toujours des impulsions nationalistes qui peuvent être très dangereuses », a dit M. Obama durant ce même débat.
Selon lui, une façon de réagir à l'agression russe est de fournir un appui financier et moral non seulement à la Géorgie, mais aussi à la Pologne, à l'Estonie, à la Lettonie et à « tous les pays qui sont d'anciens satellites de l'Union soviétique ».
La Russie et la Géorgie
Les deux candidats considèrent que l'incursion de la Russie en Géorgie soulève des doutes sur les motivations des Russes et exige l'unité des pays membres de l'OTAN. Ils s'accordent également à dire que l'énergie jouera un rôle critique dans l'avenir des actions futures de la Russie et de la réaction de l'Occident.
Si les pays occidentaux parviennent à réduire leur dépendance vis-à-vis du gaz et du pétrole venus de l'étranger, a dit M. Obama, cela pourrait réduire les bénéfices que la Russie tire du secteur énergétique et, partant, minimiser sa capacité de mal agir dans d'autres pays. M. McCain a déclaré que l'Ukraine et la Géorgie étaient deux grandes plaques tournantes de l'énergie destinée à l'Europe, et c'est pourquoi les États-Unis doivent être engagés dans la région.
« Nous pensons que l'histoire considérera l'invasion russe en Géorgie comme une sérieuse erreur stratégique », affirme M. McCain sur son site Web. « Nous seulement cette invasion aura un effet unificateur sur l'Occident, mais elle montrera clairement que, contrairement à l'Union soviétique, la Russie a peu de vrais alliés ayant une valeur stratégique. »
Les deux candidats ont rejeté l'argument de la Russie selon lequel elle a des « intérêts privilégiés » dans d'autres pays.
« Nous voulons coopérer avec les Russes », a dit M. McCain lors du premier débat présidentiel du 26 septembre. « Mais nous sommes également en droit d'attendre d'eux qu'ils se comportent comme un pays qui respecte les frontières internationales et les normes internationales de comportement. »

« Les événements survenus en Géorgie signifient qu'il est plus important que jamais que les États-Unis et l'Europe réitèrent leur engagement collectif envers le droit souverain de tous les pays européens de vivre libres de toute menace de coercition militaire ou économique », a déclaré M. Obama, le 17 septembre, devant la commission sénatoriale des relations étrangères.
« La Russie ne peut pas être une puissance du XXIe siècle et se comporter comme une dictature du XXe siècle », a déclaré M. Obama lors du débat présidentiel du 26 septembre. Il a par ailleurs reconnu que sur certains dossiers, par exemple la prolifération nucléaire, les États-Unis et la Russie devaient continuer de coopérer.
La Russie et l'OTAN
Au cours des débats et dans diverses déclarations de politique étrangère, MM. Obama et McCain ont répété leur engagement envers la revitalisation de l'Alliance transatlantique de façon qu'elle soit en mesure de relever avec succès de nombreux défis, allant de l'Afghanistan à la promotion de la paix et de la sécurité en Europe et dans l'ancienne Union soviétique.
Dans un article publié en 2007 dans la revue Foreign Affairs, M. McCain affirmait que la revitalisation de l'OTAN serait l'une de ses plus hautes priorités. Il critiquait également la Russie pour avoir diminué les libertés politiques et tenté de manipuler la dépendance de l'Europe vis-à-vis de ses ressources pétrolières.
M. McCain exprimait également l'espoir que le Groupe des Huit redeviendrait « un club de démocraties axées sur le libre-échange » qui inclurait le Brésil et l'Inde et exclurait la Russie.
« Les pays occidentaux devraient clairement signifier que la solidarité de l'OTAN, de la Baltique à la mer Noire, est indestructible et que les portes de l'Organisation restent ouvertes à toutes les démocraties résolues à défendre la liberté », écrivait-il dans cet article.
M. Obama est également très favorable aux principes de la revitalisation et de l'élargissement de l'OTAN, ainsi qu'aux efforts de développement déployés en Afghanistan.
Mais à l'idée de la création d'une « ligue de démocraties », avancée par certains politiciens américains, il préfère « reconstruire les alliances, les partenariats et les institutions nécessaires pour faire face à toute menace et renforcer la sécurité collective », a-t-il écrit dans Foreign Affairs.
La prolifération des armements
Les deux candidats semblent être conscients de la grave menace que représente la prolifération des armes nucléaires, mais ne sont pas d'accord sur la façon dont les États-Unis devraient aborder le problème.
M. McCain considère que le Traité de non-prolifération nucléaire est rompu et que s'agissant des éventuels contrevenants, la charge de la preuve devrait être inversée de manière à permettre une suspension automatique de l'assistance nucléaire aux États qui ne peuvent pas prouver qu'ils respectent complètement les garanties du traité.
M. Obama a quant à lui réclamé l'expansion des mesures visant à éliminer des réacteurs nucléaires civils et des sites d'entreposage du monde entier les matières pouvant servir à fabriquer des bombes, ainsi qu'une réduction des arsenaux des États-Unis. Il pense que ces derniers devraient montrer l'exemple en détruisant les matières nucléaires des armes démantelées, et en incitant la Russie à faire de même.
Les deux candidats sont favorables au renouvellement des démarches internationales, tant au niveau diplomatique qu'économique, visant à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. M. McCain a toutefois critiqué la position de M. Obama qui se dit prêt à engager des pourparlers directs avec l'Iran afin de régler le dossier nucléaire.