Élections 2008 | Le peuple américain choisit ses dirigeants

14 octobre 2008

Joe Biden, candidat du parti démocrate à la vice-présidence

 
Joe Biden en Floride
Le candidat démocrate à la vice-présidence Joe Biden adresse des partisans lors d'une escale de sa campagne en Floride.

David Pitts

Un sénateur apporte à la campagne électorale de Barack Obama sa grande expérience de la politique étrangère et ses valeurs enracinées dans la classe moyenne.

 

Ancien rédacteur du département d'État, David Pitts est actuellement journaliste indépendant.

« Lorsque je réfléchis à ma carrière d'homme politique, je suis particulièrement fier du travail que j'ai accompli pour mettre fin au génocide dans les Balkans et pour faire adopter la loi contre la violence à l'égard des femmes. » Cette citation est extraite de l'autobiographie publiée en 2007 sous le titre Promises to Keep : On Life and Politics par le sénateur Joseph (Joe) Biden, aujourd'hui candidat du parti démocrate à la vice-présidence des États-Unis.

Les origines de Joe Biden permettent de mieux comprendre cette citation. Il est né en 1942 à Scranton (Pennsylvanie), dans une famille modeste d'origine irlandaise. Son père vend des voitures, tandis que sa mère reste à la maison pour élever les enfants. La famille s'installera dans l'État voisin du Delaware lorsqu'il a dix ans. Il sera le premier des membres de sa famille à obtenir un diplôme universitaire, qu'il complètera par des études de droit à l'université de Syracuse, dans l'État de New York.

Le tournant de sa carrière politique intervient en 1972, lorsqu'il est élu au Sénat des États-Unis à l'âge de vingt-neuf ans. Cet évènement sera endeuillé par le décès de sa femme et de sa fille, tuées dans un accident de voiture quelques semaines avant qu'il ne prête serment au Sénat. Ses deux jeunes fils, bien que gravement blessés, survivront à ce terrible accident. (Il se remariera en 1977 et aura une fille de ce second mariage). Une nouvelle catastrophe se produit en 1988 : les médecins découvrent qu'il souffre de deux anévrismes cérébraux dont les conséquences pourraient être fatales. Absent du Sénat pendant près de sept mois, Joe Biden restera cloué au lit pendant quasiment toute cette longue et douloureuse période de convalescence.

Obama et Biden à Springfield (Illinois)
MM. Obama et Biden saluent la foule lors d'un rassemblement à Springfield (Illinois) en août 2008.

Durant sa carrière au Sénat des États-Unis, Joe Biden figure parmi les membres progressistes de son parti. Bien qu'il soit apprécié par les républicains et qu'il travaille avec l'opposition, il soutient en général les positions de son propre parti. Le quotidien The Washington Post indique notamment qu'il a voté avec les démocrates dans 96,6 % des scrutins au cours de la législature en cours. Selon Michael Gordon, du quotidien The New York Times, Joe Biden est « généralement considéré comme un internationaliste de tendance progressiste. Il a mis l'accent sur la nécessité de la diplomatie, tout en étant prêt à la soutenir parfois par la menace de la force. »

Au cours de ses premières années au Sénat, Joe Biden se consacre aux affaires intérieures, et en particulier aux dossiers intéressant les libertés publiques, l'ordre public et les droits civiques. Il devient membre de la commission sénatoriale des affaires juridiques en 1975, et en assure la présidence de 1987 à 1995. Sa contribution législative la plus remarquée durant cette période sera la loi contre la violence à l'égard des femmes, dont il est l'auteur en 1994. Cette loi attribue des milliards de dollars à la lutte contre la criminalité liée au sexe de la victime. Joe Biden ne s'est toutefois pas toujours coulé dans le moule progressiste traditionnel. C'est ainsi qu'il se fait l'avocat de lourdes peines dans les affaires de stupéfiants. Tout en mettant en avant son attachement à la promotion des droits civiques, il s'est également opposé aux projets qui visaient à assurer l'intégration raciale en transportant les élèves en bus d'un quartier à un autre.

Sa conception des affaires étrangères

Joe Biden va également se distinguer au Sénat dans le domaine des affaires étrangères. Il devient membre de la commission très influente des affaires étrangères en 1975 et en assure la présidence de 2001 à 2003, puis de 2007 jusqu'à aujourd'hui. Affecté à cette commission après son élection au Sénat en 2004, Barack Obama apprend à bien connaître Joe Biden, avec lequel il travaille fréquemment, et il est actuellement membre de la sous-commission des affaires européennes, dont Joe Biden assurait autrefois la présidence. Les deux hommes ont toutefois adopté des vues différentes sur un dossier clé. Joe Biden a voté en faveur de la résolution du Sénat autorisant l'invasion américaine en Irak, alors que Barack Obama s'y est opposé (il ne faisait cependant pas partie du Sénat des États-Unis à l'époque).

Avant de voter en faveur de la résolution finale, Joe Biden se rapprochera du sénateur républicain de l'Indiana, Richard Lugar, pour proposer une résolution n'autorisant une action militaire qu'après avoir eu recours à tous les moyens diplomatiques. Il finira par voter la résolution autorisant la guerre, sa propre résolution ayant été rejetée. Il votera ensuite contre un amendement qui aurait obligé le gouvernement Bush à demander une nouvelle autorisation avant d'envahir l'Irak. En 2005, il qualifiera son vote « d'erreur ». Lors d'un rassemblement politique réunissant Barack Obama et Joe Biden à Springfield, en Illinois, après que le premier eut choisi le second comme colistier, le candidat démocrate à la présidence qualifiera son colistier « de grand spécialiste de la politique étrangère dont le cœur et les valeurs sont fermement enracinés dans la classe moyenne. » Barack Obama l'a également qualifié de « juge impitoyable de la politique étrangère de George Bush et de John McCain ainsi que de voix appelant à une nouvelle direction dans la lutte contre le terrorisme et vers une fin ordonnée de la guerre en Irak ».

Joe Biden voyage très fréquemment à l'étranger depuis qu'il est membre de la commission sénatoriale des affaires étrangères. Il appelle par leur prénom de nombreux dirigeants étrangers, mais également leurs adjoints et principaux collaborateurs, ainsi que des dirigeants de l'opposition. Il a traité d'importants dossiers en matière de contrôle de l'armement, de prolifération nucléaire, d'élargissement de l'OTAN, de rivalité entre les superpuissances, et de relations entre les États-Unis et le tiers-monde. Il s'est également fait l'avocat de l'Initiative mondiale contre le sida et a été parmi les premiers à soutenir les efforts internationaux visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre (il a rédigé la première loi sur les changements climatiques il y a vingt ans). Il a également soutenu la plupart des accords de libre-échange. Il aura manifesté un intérêt particulier pour l'Afrique durant toute sa longue carrière de sénateur. Il s'opposera très tôt au régime de l'apartheid en Afrique du Sud et préconise un renforcement de l'action au Darfour, afin d'y mettre fin aux effusions de sang.

Pour la plupart des observateurs, la plus grande réussite de Joe Biden en politique étrangère reste son action visant à mettre un terme aux hostilités dans les Balkans dans les années 1990. Ils s'accordent à dire qu'il aura joué un rôle essentiel en incitant le gouvernement Clinton à agir contre le président serbe Slobodan Milosevic. Lors de leur rassemblement politique à Springfield, Barack Obama dira que Joe Biden « a contribué à formuler la politique qui a permis d'arrêter la tuerie dans les Balkans ». Joe Biden a notamment encouragé une intervention pour mettre fin à l'épuration ethnique des musulmans de Bosnie. Il apportera ensuite son soutien à la campagne de bombardement lancée par l'OTAN pour forcer la Serbie à quitter le Kosovo.

À deux reprises, Joe Biden présentera sa candidature à la présidence : en 1988 et cette année. Il a échoué dans ces deux tentatives. Les responsables de la campagne électorale de Barack Obama ont indiqué que le choix de Joe Biden comme colistier s'expliquait par de nombreuses raisons, notamment l'expérience et les résultats obtenus par le sénateur du Delaware dans le domaine de la politique étrangère. S'il est élu, il sera le premier catholique à accéder à la vice-présidence, et le premier vice-président à être issu du Delaware.

Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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