14 octobre 2008

David Pitts
À l'image de John McCain, Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, est considérée comme une réformatrice qui n'hésite pas à s'écarter parfois de la ligne du parti.
Ancien rédacteur du département d'État, David Pitts est actuellement journaliste indépendant.
« J'ai fait front aux intérêts particuliers, aux groupes de pression, aux grandes sociétés pétrolières et aux cliques », a déclaré Sarah Palin lors du discours durant lequel elle a accepté son investiture par la Convention nationale du parti républicain comme candidate à la vice-présidence des États-Unis. Cette mère de cinq enfants est particulièrement fière des réformes dont elle s'est fait l'avocate, notamment en sa qualité de gouverneure de l'Alaska.
Sarah Palin est une femme de l'Ouest américain. Elle est née en 1964 en Idaho. Sa famille, aux moyens modestes, se transplante dans le très jeune État de l'Alaska, créé en 1959, alors qu'elle n'est encore qu'une enfant. Ses parents, aujourd'hui à la retraite, étaient enseignants. Sarah Palin est titulaire d'un diplôme de journaliste de l'université de l'Idaho, avec option sciences politiques. Son mari, qu'elle a épousé il y a vingt ans, travaille dans le secteur pétrolier et comme pêcheur industriel. Avant de se lancer dans la politique, elle se sera fait connaitre en tant que reporter sportif à la télévision. Ancienne reine de beauté, joueuse de basketball et entraîneuse sportive, elle consacre ses loisirs à la chasse et à la pêche, comme de nombreux habitants de l'Alaska.
Selon la presse, le candidat républicain à la présidence des États-Unis, John McCain, a décidé de faire de Sarah Palin sa colistière en raison de son expérience professionnelle à la fois au sein d'organes législatifs et exécutifs. En effet, elle a été élue à deux reprises au conseil municipal de Wasilla (8.500 habitants), non loin d'Anchorage. Elle a également exercé deux mandats en tant que maire de cette ville. À l'automne 2006, elle a brigué le poste de gouverneur de l'Alaska, après avoir remporté les élections primaires du parti républicain en s'opposant au gouverneur alors en exercice, Frank Murkowski. Lors de l'élection générale, son programme de réformes lui permettra de l'emporter face à un ancien gouverneur qui avait été élu à deux reprises.

La carrière politique de Sarah Palin se caractérise par ses idées conservatrices, notamment dans le domaine social. Elle est membre de longue date de la National Rifle Association, groupe de pression qui défend les droits des détenteurs d'armes à feu. Elle est également opposée à l'avortement et est membre d'une association féministe militant dans ce sens (Feminists for Life). Enfin, elle est contre le mariage d'homosexuels. Ses prises de position ne sont toutefois pas marquées par une idéologie inébranlable. C'est ainsi qu'elle exercera pour la première fois son droit de veto en tant que gouverneure de l'Alaska en s'opposant à une loi qui aurait interdit aux fonctionnaires homosexuels de l'État de recevoir certains avantages sociaux accordés aux partenaires cohabitant. Elle est appréciée par les habitants de l'Alaska, où elle est toujours bien notée, même par la population masculine et bourrue qui s'est installée dans les régions les plus sauvages de l'État. L'hebdomaire Alaska la décrit comme « une politicienne travailleuse et favorable au développement du secteur privé, dont la personnalité affable (le fameux « sourire Palin ») convient aux conducteurs de véhicules tout-terrain typiques de la région ».
Un caractère indépendant
Parmi les temps forts de ses fonctions de gouverneur, on notera l'adoption d'une loi de référence en matière d'éthique et son opposition à la corruption, y compris au sein de son propre parti politique. Elle s'est également opposée à la politique de « l'assiette au beurre », qui consiste à faire financer les projets locaux de tels ou tels administrés au moyen des fonds de l'État fédéral, y compris en ce qui concerne certains projets proposés par des républicains. Elle rappelle également qu'elle a su tenir tête aux grandes sociétés pétrolières. C'est ainsi qu'elle a fait voter une augmentation de l'impôt sur les bénéfices des sociétés pétrolières pour en redistribuer une partie à la population de l'Alaska. Elle s'est également faite la championne d'une loi exigeant que tout politicien quittant son poste soit tenu d'attendre un an avant de pouvoir travailler en Alaska pour les sociétés toutes puissantes du secteur de l'énergie.
Sarah Palin est toutefois très favorable à l'ouverture aux entreprises du secteur de l'énergie des vastes réserves foncières fédérales en Alaska. Comme John McCain, elle est en faveur des forages pétroliers dans les eaux côtières américaines. Allant au-delà des positions prises par son colistier, elle soutient même l'idée d'effectuer des forages dans le refuge national de l'Arctique. En juin 2007, elle a promulgué une loi dont l'objectif est de faciliter la construction d'un gazoduc qui permettrait de distribuer le gaz naturel de la région arctique de l'État (North Slope) aux consommateurs d'Amérique du Nord.
Malgré sa réputation de champion des règles de bonne gouvernance et d'ennemi des intérêts particuliers, Sarah Palin fait actuellement l'objet d'une enquête menée par une commission du corps législatif de l'État de l'Alaska. En effet, elle a limogé en début d'année un responsable de la sécurité publique, qui a fait depuis valoir qu'il avait perdu son poste en raison de sa réticence à licencier un agent en conflit avec la sœur de la gouverneure, dans le cadre d'une procédure de divorce et de garde des enfants. L'enquête était toujours en cours au début du mois de septembre. Sarah Palin considère que cette accusation est dénuée de tout fondement.
Lors d'un rassemblement politique à Dayton (Ohio), John McCain a présenté sa colistière comme un esprit libre qui, comme lui, avait su « tendre la main à l'opposition » et établir des relations de travail avec les démocrates pour obtenir des résultats. Le candidat républicain à la présidence l'a félicitée pour « sa profonde compassion » et pour sa lutte contre la corruption. Sarah Palin s'est décrite elle-même comme « une mère accompagnant ses enfants au hockey » et comme une élue dont l'objectif était de « remettre en cause le statu quo et servir le bien commun ». Au cours de son discours, elle a félicité John McCain pour son approche de dossiers tels que l'Iran, l'Irak et la crise récente en Géorgie.
La presse américaine dans sa grande majorité estime que John McCain a choisi une femme pour la candidature au poste de vice-président afin d'attirer les partisans de Hillary Clinton. Ceux-ci ont en effet été déçus que leur candidate ne soit pas choisie par l'équipe démocrate. Sarah Palin a d'ailleurs fait explicitement référence à la campagne infructueuse de Hillary Clinton, en indiquant qu'un vote pour McCain-Palin permettrait « de briser le plafond de verre fissuré par Hillary Clinton ». Le « plafond de verre » est un obstacle invisible qui empêche les femmes et les personnes appartenant aux groupes minoritaires d'accéder aux plus hautes responsabilités. Hillary Clinton avait espéré le briser en remportant la bataille ultime, celle pour la présidence des États-Unis.
Les collaborateurs de John McCain considèrent que Sarah Palin permet à l'équipe républicaine de renforcer ses positions dans les régions montagneuses de l'Ouest. Ils ont dit également que la jeunesse relative de Sarah Palin (elle est âgée de quarante-quatre ans, soit trois ans de moins que Barack Obama) avait été un facteur important pour John McCain, qui l'avait présentée au public alors qu'il fêtait son soixante-douzième anniversaire, le 29 août.
« Je crois que ce qui a vraiment compté pour moi, c'est que c'est une réformatrice », a indiqué John McCain dans l'interview qu'il a accordée à l'hebdomadaire People peu après l'avoir choisie. Il a de nouveau souligné ce point sur la chaîne de télévision Fox News deux jours après l'investiture de Sarah Palin comme candidate du parti républicain au poste de vice-président. Alors qu'on lui demandait si elle avait suffisamment d'expérience en matière de sécurité nationale, John McCain a répondu que sa colistière avait « un bon jugement » et qu'elle apportait à l'équipe « un esprit de réforme et de changement ». Le choix fait par John McCain garantit que les États-Unis auront bientôt soit leur premier président afro-américain, soit leur première femme vice-présidente, et ce quel que soit le résultat de l'élection de novembre. Géraldine Ferraro aura été la première Américaine à représenter un grand parti dans la course à la vice-présidence, lorsque le démocrate Walter Mondale l'a choisie comme colistière en 1984. Toutefois, l'équipe Mondale-Ferraro a été battue cette année-là par le président alors en exercice, Ronald Reagan, et par son vice-président, George Herbert Walker Bush, père du président actuel.
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.