14 octobre 2008

Dans son discours d’acceptation de son investiture en tant que candidat à l'élection présidentielle lors de la Convention du parti républicain le 4 septembre 2008, John McCain a décrit les sentiments qu’il avait éprouvés pour les États-Unis durant les quelque cinq années qu’il avait passées comme prisonnier de guerre des Nord-Vietnamiens.
J’ai été, pendant de nombreuses années, un serviteur imparfait de mon pays. Cependant, j’ai toujours été son serviteur et je n’ai jamais passé un seul jour, dans les bons comme dans les mauvais, sans remercier Dieu de ce privilège.
Il y a longtemps, il m’est arrivé une aventure insolite qui m’a appris la leçon la plus précieuse de ma vie. J’ai eu le bonheur de connaître la malchance. Je le pense sincèrement. J’ai eu de la chance parce que j’ai servi mon pays en compagnie de héros et j’ai été le témoin de milliers d’actes de courage, de compassion et d’amour.
Un soir d’octobre, dans le golfe du Tonkin, je me préparais en vue de ma vingt-troisième mission sur la partie nord du Vietnam. Je ne craignais nullement de ne pas en revenir sain et sauf. Je pensais être plus fort que tout le monde. J’étais très indépendant, j’aimais enfreindre quelques règles et parfois chercher la bagarre pour m’amuser, mais je le faisais pour mon plaisir, par fierté. Je ne pensais pas qu’il puisse exister une cause plus importante que moi-même.
Ce jour-là, je suis tombé au milieu d’un petit lac de la ville d’Hanoï en me cassant les deux bras et une jambe, alors qu'une foule en colère se préparait à m’accueillir. On me jeta dans une cellule sombre, m’abandonnant à la mort. Lorsque mes geôliers découvrirent que mon père était amiral, ils me transférèrent dans un hôpital. Les médecins ne réussirent pas à remettre en place mes os, si bien qu’ils se contentèrent de me mettre dans un plâtre. Lorsque mes geôliers virent que je n’allais pas mieux et que je pesais moins de cinquante kilos, ils me mirent dans une cellule avec deux autres Américains. Je ne pouvais rien faire, pas même me nourrir moi-même. Ce sont ces derniers qui me nourrirent. C'est alors que j’ai commencé à prendre conscience des limites de mon indépendance égoïste. Ces hommes me sauvèrent la vie.
J’étais placé en isolement total lorsque mes geôliers offrirent de me libérer. Je savais pourquoi. Si je rentrais aux États-Unis, ils utiliseraient cette libération comme propagande pour démoraliser mes compagnons d’infortune. Mais selon notre Code, nous ne pouvions rentrer au pays que dans l’ordre de notre capture, et il y avait des hommes dont l'avion avait été abattu avant moi. Je réfléchis à la question. Je n’étais guère en forme, et les États-Unis me manquaient sur tous les plans, mais je refusai.
De nombreux prisonniers étaient dans une situation pire que la mienne. J’avais été maltraité, certes, mais pas autant que d’autres. J’aimais toujours me rengorger un peu, après avoir été malmené, pour montrer aux autres que j’étais assez coriace pour le supporter. Mais après que j’eus refusé leur offre, mes geôliers me traitèrent plus durement qu’auparavant, pendant longtemps. Et je finis par craquer.
Lorsqu’ils me ramenèrent dans ma cellule, j’étais blessé et honteux et ne savais pas comment je pourrais me présenter devant les autres prisonniers. C’est le brave homme qui occupait la cellule voisine de la mienne, mon ami Bob Craner, qui me sauva. En tapant sur un mur, il me dit que je m’étais battu aussi courageusement que je le pouvais. Nul homme ne peut toujours tenir bon par lui-même. Il me dit de me relever et de me battre de nouveau pour notre pays et pour les hommes avec lesquels j’avais l’honneur de servir, parce qu’ils se battaient chaque jour pour moi.
C’est quand j’étais détenu dans la prison d’un autre pays que j’ai éprouvé de l’amour pour le mien. J’aimais mon pays non seulement pour les nombreux agréments de la vie qu’il offrait, mais aussi pour son honnêteté; pour sa foi dans la sagesse, la justice et la bonté de son peuple. Je l’aimais parce que ce n’était pas seulement un endroit, mais une idée, une cause qui valait qu’on se batte pour elle. Je n’ai jamais plus été le même. Désormais, je ne m’appartenais plus. J’appartenais à mon pays.
Source: http://www.johnmccain.com/Informing/News/Speeches/ef046a10-706a-4dd5-bd01-b93b36b054bc.htm