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02 octobre 2008

Les effets mondiaux de la crise économique aux É.-U. et de la situation au Moyen-Orient

Débat au Club national de la presse entre des conseillers de MM. McCain et Obama

 
Agrandissement
Champs de pavots en Afghanistan
Un champs de pavots aux alentours de Kandahar (Afghanistan). L'héroïne produite dans ce pays contribue à financer les talibans.

Washington - Les conseillers en politique étrangère des deux principaux candidats à la présidence des États-Unis ont au moins un point de vue commun : l'interdépendance mondiale croissante fait que des événements tels que la crise financière aux États-Unis et la problématique du Moyen-Orient touchent tous les pays du monde.

C'est ainsi que non seulement la Chine et le Japon mais aussi de nombreux autres pays sont créanciers de la dette des États-Unis. En conséquence, la crise actuelle qui frappe l'économie américaine ne peut qu'avoir des répercussions partout à l'étranger.

C'est l'un des constats essentiels qu'a faits M. Robert Gelbard lors d'un débat organisé le 22 septembre au Club national de la presse par le Bureau national de la recherche asiatique, association apolitique et sans but lucratif. Ancien ambassadeur à la retraite et aujourd'hui cofondateur et directeur du cabinet de consultants Washington Global Partners, M. Gelbard conseille le candidat démocrate, M. Barack Obama. Il était accompagné de M. Frank Jannuzi, spécialiste de l'Extrême-Orient et conseiller auprès du colistier de M. Obama, M. Joseph Biden.

Du côté républicain figuraient M. Michael Green, premier conseiller et spécialiste en affaires japonaises au Centre d'études stratégiques et internationales, et M. Daniel Blumenthal, membre de la Commission sur les relations sino-américaines en matière de sécurité. Tous deux conseillent le candidat républicain, M. John McCain.

En guise d'entrée en matière, M. Gelbard a affirmé que M. Obama veillerait à titre prioritaire à ce que les États-Unis entreprennent les réformes nécessaires pour opérer les « vastes changements » destinés à réparer leur économie.

M. Green, représentant le camp de M. McCain, a ouvert le débat en déclarant que les réformes économiques que mènerait son candidat ne compromettraient pas le fonctionnement d'une politique étrangère fondée sur la libéralisation des marchés et sur le libre-échange.

La sécurité énergétique

M. Green a noté que la politique américaine à l'égard du Moyen-Orient se répercutait fortement sur l'Asie, dont nombre de pays, notamment des alliés des États-Unis, étaient fortement tributaires des ressources énergétiques de cette région.

Aussi un retrait sans conditions des États-Unis de l'Irak « susciterait-il une vive angoisse chez ces alliés d'Asie qui craindraient que l'abandon de l'Irak à des forces qui risquent de provoquer le chaos dans tout le Moyen-Orient ne perturbe leurs sources d'approvisionnement en énergie ».

C'est pourquoi, a poursuivi M. Green, M. McCain a préconisé un accroissement des forces américaines en Irak, précisément parce qu'il reconnaissait le rôle important que jouait le Moyen-Orient dans la sécurité énergétique de l'Asie.

Pourtant, a riposté M. Gelbard, représentant le camp de M. Obama, on sait que l'Irak jouit d'un excédent budgétaire de 79 milliards de dollars grâce à ses ventes d'hydrocarbures. « Nous souhaiterions que les Irakiens puissent financer eux-mêmes leurs programmes (de sécurité) plutôt que de laisser aux États-Unis la charge de les protéger à raison de 12 milliards de dollars par mois. »

Selon M. Gelbard, le plan de retrait en 16 mois des forces militaires américaines de l'Irak obligera le gouvernement de ce pays à adopter des lois, notamment de partage des revenus pétroliers, nécessaires pour lui restaurer son autonomie.

De plus, il n'est pas question que les États-Unis abandonnent complètement l'Irak, a souligné le conseiller de M. Obama : « L'engagement des États-Unis restera important, y compris sur le plan militaire, a-t-il dit. Il s'agira notamment de s'assurer que les puits de pétrole continuent à fonctionner et que de nouveaux forages et de nouvelles explorations soient entrepris. »

Le Pakistan et l'Afghanistan

S'exprimant toujours au nom de M. Obama, M. Gelbard a déclaré que les États-Unis devaient rediriger leurs forces militaires « vers le centre névralgique de la terreur dans le monde, c'est-à-dire la région frontalière du Pakistan et de l'Afghanistan. C'est la région la plus dangereuse du monde. »

Cela dit, il est clair que les États-Unis doivent rassurer pleinement toutes les institutions pakistanaises de tendance démocratique, à commencer par les pouvoirs publics, quant à leur ferme intention de ne pas les lâcher et d'aider leur pays à atteindre un degré satisfaisant de stabilité durable.

Pour ce qui est de l'Afghanistan, M. Gelbard a déclaré que le gouvernement de M. Obama donnerait des preuves concrètes de son engagement à long terme à l'égard de ce pays, sur le plan non seulement militaire mais économique et politique également. M. Jannuzi a précisé que M. Obama avait déjà préparé un plan quinquennal de stabilisation et de développement démocratique de l'Afghanistan de l'ordre de 7,5 milliards de dollars.

Enfin, le gouvernement Obama cherchera à « relancer » les alliés des États-Unis au sein de l'OTAN afin qu'ils affectent plus de troupes et d'aide financière à la stabilisation de l'Afghanistan. Les États membres de l'OTAN doivent considérer sérieusement le fait que l'héroïne produite dans ce pays s'en va vers l'Europe et non vers les États-Unis et que ce trafic contribue à financer les talibans.

À l'inverse, M. McCain est persuadé qu'un retrait hâtif des forces américaines de l'Irak ne pourrait que précipiter la dégradation de la situation en Afghanistan : « Pouvez-vous imaginer une seule chose qui puisse enhardir davantage les talibans ou Al-Qaïda en Afghanistan que la vue des soldats américains se retirant du terrain par manque de volonté politique ici aux États-Unis ? », a déclaré M. Green.

M. Gelbard lui a rétorqué que toute augmentation des effectifs américains en Afghanistan impliquerait leur diminution en Irak : « Le sénateur Obama convient absolument que nous devons envoyer davantage de troupes en Afghanistan. Mais voici la question : d'où viendront-elles ? »

« Il faudra qu'elles viennent de l'Irak, car nous n'en trouverons nulle part ailleurs, certainement pas aux États-Unis », a fait remarquer le conseiller du candidat démocrate.

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