04 novembre 2008
Ils ont suivi pendant une semaine la campagne électorale des candidats démocrate et républicain à la présidence.

Washington - Lors du débat télévisé entre les candidats démocrate et républicain à la présidence qui a eu lieu le 26 septembre à l'université du Mississippi, des journalistes de l'Éthiopie, du Mali et du Sénégal figuraient parmi les centaines de journalistes qui y assistaient. Ils étaient allés au Mississippi dans le cadre d'un programme d'échanges destiné à permettre à des journalistes d'autres pays d'observer de près le système électoral des États-Unis.
Actuellement de retour dans leur pays, trois des participants ont fait part à America.gov de ce qu'ils avaient vu et de leurs impressions du débat auquel ils avaient assisté.
Tous les trois ont été frappés par l'apparition de l'économie en tant que question fondamentale de la campagne électorale, par l'importance de la participation des jeunes Américains à la campagne des candidats, par la question sous-jacente des relations entre les Blancs et les Noirs et par les effets des débats sur la vie politique. Chacun d'entre eux a également eu quelques surprises en suivant les candidats pendant leur campagne.
Rédacteur du quotidien Addis Neger et présentateur de radio, M. Abiye Tekelemariam, a déclaré à America.gov : « Les États-Unis se heurtent à une grande crise économique (…) et la manière dont cette crise a changé si rapidement les sujets et les discours de la campagne électorale est étonnante. Le premier débat devait être consacré à la politique étrangère (…) mais plus de la moitié de ce débat a porté sur la politique fiscale, sur l'assurance maladie, sur la réglementation financière et sur d'autres questions relatives à la crise économique. »
Les trois journalistes estiment que l'importance accordée aux questions économiques et le fait que les étudiants sont plus impliqués dans la vie politique rendent la campagne électorale de 2008 différente des campagnes précédentes.
Pour sa part, M. Mamadou Thior, rédacteur en chef de Radio Télévision Sénégal, a indiqué que la tenue du premier débat télévisé dans une université était importante parce qu'elle incitait les étudiants à s'intéresser à la vie politique et éventuellement à participer en grand nombre à l'élection présidentielle du 4 novembre.
Quant à M. Alassane Souleymane, rédacteur en chef adjoint de Radio Télévision Mali, il a été frappé par le grand degré d'intérêt que les étudiants et les autres jeunes portaient à la campagne électorale des deux principaux candidats et aux élections.
Tous les trois journalistes ont souligné le fait que le premier débat télévisé entre le candidat démocrate et le candidat républicain à la présidence avait eu lieu dans un État, le Mississippi, qui avait joué un rôle important dans le mouvement en faveur des droits civiques dans les années 1960. Pour M. Thior, le fait de voir un candidat afro-américain débattre dans une université du sud du pays avec un adversaire blanc pour être élu président des États-Unis a été très émouvant.
Alors qu'il était au Mississippi, M. Thior a eu aussi l'occasion d'interviewer M. John Meredith, le fils du grand militant des droits civiques James Meredith, qui a été le premier étudiant noir à s'inscrire à l'université du Mississippi dans les années 1960. Ce dernier a dû faire face à une opposition farouche, notamment à des menaces de mort, alors qu'il faisait ses études. M. Thior a indiqué qu'il s'était entretenu avec diverses personnes qui avaient vécu cette période et qu'il avait remarqué qu'il existait encore une division entre les Blancs et les Noirs même si les relations entre eux s'étaient améliorées au cours des dernières décennies.
M. Tekelemariam a déclaré de son côté que si le sud des États-Unis était caricaturé comme étant « peu civilisé, intolérant et étroit d'esprit », il avait trouvé qu'il n'en était rien et que les gens qu'il avait rencontrés avaient été sympathiques et tolérants.
Les États-Unis, a dit M. Souleymane, se trouvent à un moment décisif et le fait qu'un des candidats à la présidence est afro-américain est « tout à fait original » à son avis.
Le rôle des organes d'information
Les trois journalistes sont aussi convenus que la presse a une influence importante sur l'élection présidentielle. M. Tekelemariam a trouvé que l'état-major de la campagne électorale du candidat démocrate comme celui du candidat républicain et les candidats eux-mêmes se préoccupaient de préparer des messages adaptés à différentes catégories d'électeurs et de prononcer des courtes phrases attirant l'attention au lieu d'aller au fond de la question et que les grands organes d'information n'étaient pas toujours sans parti pris. M. Thior a indiqué qu'il avait observé un manque d'objectivité chez certains grands organes d'information.
Les trois Africains ont aussi observé une nouvelle tendance, à savoir le fait que de simples particuliers expriment leurs opinions au sujet de diverses questions en écrivant dans un blogue sur l'Internet. En outre, les chaînes de télévision et les quotidiens locaux accordent une grande importance aux affaires locales, ce qui est très intéressant selon eux.
Les nouveaux médias, a dit M. Tekelemariam, sont en train de devenir une alternative aux sources habituelles d'information. « J'ai été étonné de l'ampleur et de la qualité des discussions dans certains des blogues ainsi que de la façon dont ils sont devenus de véritables instruments du processus politique démocratique. »
L'accès facile à de multiples sources d'information a aussi retenu l'attention des trois journalistes africains. M. Thior a remarqué qu'un nombre croissant de publications étaient diffusées à titre gratuit et qu'elles étaient très simples à lire. Par ailleurs, les journaux américains sont financés aux moyens des recettes publicitaires et non pas par l'État.
M. Thior s'est demandé si les électeurs africains seraient prêts à accepter les débats du style américain et a finalement conclu qu'ils le seraient. Il est très important, a-t-il dit, qu'il y ait un débat entre les politiciens, qui promettent toujours le paradis aux électeurs si ceux-ci votent pour eux.
En réalité, a-t-il ajouté, les candidats peuvent avoir des idées différentes sur un même sujet et se contredire lors d'un débat, et c'est pourquoi ces débats sont importants.
Enfin, MM. Thior et Telelemariam se sont déclarés d'avis que l'élection présidentielle de 2008 renforçait l'image des États-Unis en tant que modèle de diversité et de démocratie.