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03 novembre 2008

Comment les médias anticipent le résultat de l'élection présidentielle américaine

Bien avant le dépouillement du scrutin, ils déclarent en effet le vainqueur.

 
Des analystes du NEP
Les analystes du NEP seront séquestrés le 4 novembre lorsqu'ils assembleront et analyseront les résultats des sondages.

Washington - Armés des résultats de sondages effectués à la sortie des bureaux de vote et d'analyses de projections du scrutin, les médias mettront de nouveau en jeu leur crédibilité professionnelle durant la soirée électorale du 4 novembre en annonçant le vainqueur dans les États fédérés avant même le décompte des bulletins.

Or les résultats du scrutin dans chaque État ne sont officiels que lorsque tous les votes ont été comptés et que les chiffres ont été certifiés par un responsable de l'État, ce qui a lieu, normalement, le lendemain de l'élection. Cependant, les médias américains ont investi des ressources considérables afin de pouvoir « annoncer » le vainqueur le plus tôt possible après la fermeture des bureaux de vote. Ce faisant, ils chevauchent une ligne très ténue entre la course effrénée pour être les premiers à annoncer le vainqueur et le désir d'éviter des erreurs et des rétractions.

Aucune élection américaine n'a mieux illustré ce piège que la course qui a opposé George W. Bush à Al Gore en 2000. Lorsque l'issue du scrutin de Floride est devenue le facteur décisif, les téléspectateurs ont d'abord vu cet État attribué à Al Gore, peu après la fermeture des bureaux de vote, dans la soirée du 7 novembre. Mais quelques heures plus tard, M. Bush était déclaré vainqueur de l'État. Finalement, le 8 novembre, il a été décidé que la course était trop serrée pour déterminer un vainqueur.

Or le public n'a pas été le seul à faire les frais de ce « traumatisme » électoral. M. Joseph Uscinski, spécialiste des sciences sociales qui enseigne à l'université de Miami, a écrit en 2007 que lorsque les médias ont annoncé la victoire de George Bush en Floride, cette information a poussé Al Gore à téléphoner à son adversaire pour concéder la victoire. L'annonce, diffusée le lendemain, selon laquelle on ne pouvait pas déterminer le vainqueur, l'a poussé à rappeler George Bush pour se rétracter. L'issue du scrutin ne fut décidée que 35 jours plus tard, par la Cour suprême des États-Unis.

En 2004, des journalistes échaudés et beaucoup plus circonspects ont attendu la concession de John Kerry pour déclarer le vainqueur du scrutin, a dit M. Uscinski.

En 2003, ABCNews, l'Associated Press (AP), CBS News, CNN, Fox News et NBC News ont créé un consortium, le National Election Pool (NEP), qui est la principale source de données qui alimente les projections des médias le soir des élections.

Ce consortium repose sur des analystes d'Edison Media Research and Mitofsky International qui organisent et analysent des sondages à la sortie des urnes et font des projections. Les données recueillies concernent non seulement le scrutin présidentiel, mais aussi les élections législatives et les questions de référendums. Tout média peut s'abonner à ce service, mais cela lui coûte 26.000 dollars.

Six mille sondeurs effectuent les sondages à la sortie des bureaux de vote sur un échantillon de la population d'électeurs. Ils leur demandent pour qui ils ont voté et collectent des données relatives au sexe, à l'âge, à la race et autres informations susceptibles d'influencer la décision de l'électeur. Les échantillons sont établis en fonction de précédents électoraux, du poids de chaque parti dans la circonscription en question et du nombre total d'électeurs.

Étant donné que de nombreux Américains choisissent de voter plus tôt, la société Edison et Mitofsky a également collecté des données avant le 4 novembre par le truchement d'appels téléphoniques, ciblant en particulier les États où la participation au scrutin anticipé est importante.

Comment les médias prennent leur décision finale

Des analystes d'Edison et Mitofsky, sous la supervision de membres du NEP, évaluent les données recueillies lors des sondages de sortie des bureaux de vote, font des prédictions et mettent tous leurs résultats à la disposition des réseaux médiatiques souscripteurs dès 17h, ces données étant séquestrées pendant la majeure partie de la journée afin d'éviter une diffusion prématurée de l'information.

America.gov, qui a interrogé plusieurs réseaux télévisés pour savoir comment et à quel moment ils décidaient de déclarer un vainqueur, a constaté que la majeure partie des rouages internes leur permettant d'arriver à leur décision étaient tenus secrets du fait de la féroce concurrence qui règne entre eux.

Vaughn Ververs, de CBS, a écrit en 2006 que les analystes recherchaient également des signes d'erreurs dans les données du NEP. « Si, par exemple, dans une circonscription donnée qui a traditionnellement fortement soutenu le candidat d'un parti, celui du parti opposé a soudain le vent en poupe et que, de surcroît, les sondages de sortie des bureaux de vote révèlent un taux nettement inférieur à la normale de participation des femmes, il faut tirer la sonnette d'alarme. »

Chaque réseau télévisé veut être le premier à déclarer le vainqueur. Mais comme l'a dit Dan Rather, un ancien présentateur de CBS, en 2004 : « Nous préférons être les derniers que d'avoir tort. » Les chaînes télévisées savent également que déclarer le vainqueur dans chaque État de l'est du pays, où les bureaux de vote ferment avant ceux de la côte ouest, peut avoir une incidence sur la participation électorale.

En 2000, lorsque la chaîne NBC a retiré sa deuxième conclusion erronée au sujet des résultats de Floride, Tom Brokaw a reconnu : « Ce n'est pas seulement un œuf que nous avons pris sur la figure, c'est une omelette tout entière. » À n'en pas douter, la soirée du 4 novembre et la matinée du 5 novembre seront des moments d'extrême tension pour les analystes qui devront supporter la double pression de ne pas se tromper tout en restant concurrentiels.

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