Élections 2008 | Le peuple américain choisit ses dirigeants

07 mars 2008

Les candidats à la présidence des États-Unis attaquent l'ALENA

L'accord commercial est tenu responsable du chômage et des difficultés économiques.

 
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Laredo (Texas)
Circulation de camions à Laredo, sur la frontière des É.-U. et du Mexique, où l'ALENA a stimulé l'économie. (© AP Images)

Washington - Le plus important accord commercial au monde fait l'objet de dures critiques de la part des deux candidats démocrates restant en lice pour l'élection présidentielle. Le président Bush, qui jusqu'à présent n'avait pas publiquement pris part à la campagne présidentielle de 2008, s'est impliqué dans le débat.

Ses commentaires, durant une conférence de presse à la Maison-Blanche, ont montré la différence entre les discours électoraux et la politique publique et visaient à éviter toute confusion sur les intentions américaines.

Les deux principaux candidats démocrates, la sénatrice Hillary Clinton et le sénateur Barak Obama, n'ont pas demandé le retrait des États-Unis de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre le Canada, les États-Unis et le Mexique mais ils souhaitent une application plus stricte des accords connexes portant sur les conditions de travail et l'environnement.

« Je ne pense pas qu'il serait réaliste que nous abrogions l'ALENA » a déclaré M. Obama dans une récente assemblée générale des habitants d'une ville de l'Ohio mais, a-t-il ajouté, « je ne pense pas et je n'ai jamais pensé que cet accord soit bon pour nous ».

Pendant son débat avec M. Obama le 26 février, Mme Clinton a dit qu'elle « renégocierait » l'accord pour obtenir des conditions plus favorables pour les États-Unis.

« Il faut être honnête, bien des localités de l'État de New York en ont profité, comme bien des localités du Texas. »

À l'échelle du pays, la réaction à l'ALENA n'est pas unanime mais reflète les effets de l'accord sur l'économie de tel État donné. Les critiques lui reprochent d'avoir délocalisé les emplois bien payés au Canada et au Mexique, de ne pas avoir fait grand-chose pour les ouvriers américains, d'être responsable de la stagnation économique dont souffre la classe moyenne américaine - qui constitue la majeure partie de la main-d'œuvre - et d'avoir causé la montée des inégalités salariales.

Mme Clinton et M. Obama se sont montrés plus durs envers l'ALENA pendant leur campagne dans l'Ohio qui est un des États clés de la lutte pour l'investiture présidentielle du parti démocrate. Nombreux sont les résidents de l'Ohio qui accusent l'ALENA d'avoir volé de nombreux emplois importants qui existaient dans cet État.

L'histoire de deux États

Lorsque le président Clinton a signé la loi de mise en œuvre de l'ALENA en 1993, l'Ohio comptait près de 1 million d'emplois manufacturiers ; trois ans plus tard, il en avait encore plus de 1 million et il est resté à ce niveau pour le reste de la décennie selon les statistiques économiques de l'État.

Mais depuis le début du XXIe siècle, le nombre d'emplois manufacturiers est tombé à moins de 800.000.

M. Bush rejette la notion selon laquelle l'ALENA aurait un mauvais effet sur l'économie américaine, et il l'a dit le 28 février.

Au Texas, l'effet de l'ALENA a été différent. Les villes frontalières, surtout le long de la frontière sud des États-Unis, ont connu une croissance économique remarquable que leurs dirigeants ont attribuée, en partie, à l'ALENA, a déclaré M. Bush.

« L'idée de se retirer unilatéralement d'un accord commercial pour essayer de marquer des points en politique n'est pas une bonne décision. Ce n'est pas une bonne décision en soi et ce n'est pas une bonne décision au regard du message que cela fait passer à ceux qui ont travaillé avec nous à l'élaboration de l'accord et qui l'ont signé en toute bonne foi. »

M. Bush a toujours été partisan des accords de libre échange qu'il considère comme nécessaires à la création d'emplois de qualité et bien rémunérés aux États-Unis et ailleurs.

« Il y a une statistique que les gens doivent apprendre : c'est en gros pour 380 milliards de dollars de marchandises que nous envoyons à nos partenaires de l'ALENA sur une base annuelle. Alors, 380 milliards de dollars, cela veut dire qu'il y a un bon nombre de paysans et de commerçants qui profitent de l'existence du marché avec nos voisins. »

M. Bush a déclaré que l'accord commercial a amené la prospérité des deux côtés de la frontière. Dans des accords comme celui-ci, a-t-il ajouté, tout le monde s'attend à être traité de la même manière et tout le monde en profite économiquement.

Le sénateur John McCain, le candidat républicain présumé à la présidence, est un tenant du libre-échange et n'est pas aussi opposé à l'ALENA que les candidats démocrates.

La critique interne n'est pas étayée par la réalité économique

Les spécialistes du commerce voient l'ALENA en butte à la critique économique interne, critique qui ne se justifie pas en termes économiques.

« Si l'on analyse le résultat de tous les accords commerciaux que les États-Unis ont signés au cours des 10 dernières années, on voit qu'ils ont vraiment renforcé la mondialisation de l'économie américaine, ce qui a fait entrer un nombre de secteurs, notamment celui de la manufacture, dans une concurrence intense », déclare Edward Alden, spécialiste du commerce et de l'immigration au Conseil des relations extérieures.

« Mais une petite partie seulement de cette concurrence vient des pays qui sont parties prenantes à l'ALENA, à savoir le Canada et le Mexique. La plus grande partie vient du reste du monde. »

Le débat, dit M. Alden, n'a plus grand-chose à voir avec la réalité de l'accord commercial. Ni l'un ni l'autre des candidats démocrates n'a exprimé le souhait de révoquer l'ALENA, note-t-il, mais tous deux ont demandé la renégociation des accords avec le Mexique concernant l'emploi et l'environnement.

Selon M. Alden, la pression exercée sur le secteur manufacturier américain vient du commerce avec la Chine, le Japon et l'Inde. Mais, ajoute-t-il, il est peu probable qu'aucun des candidats, une fois élu, cherche à renégocier les accords commerciaux.

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