30 juin 2008
Que signifie le droit de vote pour les jeunes Américains ?

Rebecca Zeifman
Deux jeunes Américaines décrivent ce que le droit de vote signifie pour elles et parlent des sentiments qu'elles ont éprouvés lorsqu'elles ont exercé ce droit pour la première fois. Rebecca Zeifman est rédactrice au Bureau des programmes d'information internationale du département d'État.
Le droit de vote est l'un des privilèges fondamentaux dont jouissent les citoyens d'une démocratie. Aux États-Unis, tout résident de nationalité américaine âgé d'au moins 18 ans jouit de ce droit.
Pour ceux qui votent pour la première fois, cet acte revêt une importance insigne. Ils exercent ainsi un droit qui leur est accordé par la Constitution et participent ce faisant au processus décisionnel politique.
On trouvera ci-dessous les réflexions de deux électrices, une étudiante venant d'atteindre l'âge de voter et une ressortissante américaine récemment naturalisée, sur les sentiments qu'elles ont éprouvés la première fois qu'elles se sont présentées aux urnes.
Joanna Fisher est une étudiante de 20 ans, habitant Charlotte (Caroline du Nord), qui passe neuf mois de l'année dans une université située à Waterville (Maine). Elle a voté pour la première fois en 2005, lors des élections de l'État du Maine.
Elle n'avait jamais eu de doute sur l'importance du droit de vote. « J'ai toujours su que je m'inscrirais sur les listes électorales dès qu'il y aurait une élection pour laquelle j'aurais l'âge de voter, dit-elle. Cela vient, je crois, de ce que j'ai été élevée dans une famille où la politique a de l'importance et où nous nous sentions concernés par ce qui se passait dans le monde extérieur. »
Joanna Fisher n'avait d'ailleurs pas attendu d'avoir l'âge électoral pour prendre part au processus politique. Lors de l'élection présidentielle de 2004, elle n'avait que 17 ans et était donc trop jeune d'un an pour y participer. À défaut, elle a travaillé pour un candidat au Sénat des États-Unis, Erskine Bowles, notamment en distribuant des prospectus électoraux de porte à porte dans la ville de Charlotte. Elle a également effectué des travaux bénévoles dans son lycée en aidant ses camarades de classe plus âgés à s'inscrire. « Cette élection était vraiment importante pour moi, et bien que je n'aie pas voté, j'ai été très active », note-t-elle.
Quand elle a eu 18 ans, Joanna Fisher a décidé toute seule de s'inscrire sur les listes électorales. « Mes parents n'ont même pas eu à me dire : tu devrais t'inscrire pour voter, dit-elle. C'était pour moi quelque chose qui allait de soi. »

Le 8 novembre 2005 donc, Joanna s'est inscrite et, quelques minutes plus tard, a voté pour la première fois. « C'était simplement une élection municipale pour Waterville, l'élection du maire, de l'administrateur de la municipalité et d'autres responsables vraiment locaux, explique-t-elle. J'ai montré mon permis de conduire de Caroline du Nord (en tant que pièce d'identité) ; cela m'a demandé trois minutes et j'ai voté. »
Depuis cette première fois, Joanna Fisher a déjà voté une autre fois, lors de l'élection du gouverneur de l'État en novembre 2006. Elle a maintenant les yeux fixés sur les élections de 2008. « Je tiens vraiment à voter, parce que ce sera ma première présidentielle, dit-elle. C'est pour quatre ans et, et notre image nationale en dépend, pour nous comme pour d'autres pays. »
Malavika Jagannathan, 23 ans, a fait preuve du même enthousiasme concernant son premier scrutin. En tant que journaliste à la Green Bay Press-Gazette à Green Bay (Wisconsin), elle était d'autant plus frustrée de ne pas pouvoir voter qu'elle couvrait les élections pour son journal.
Originaire de Bangalore (Inde), Malavika Jagannathan est arrivée aux États-Unis en 1995 avec sa famille, qui s'est établie à College Station (Texas). Dès son plus jeune âge, sa famille a souligné l'importance de la participation à la politique. « Ma mère disait toujours que quel que soit le passeport que l'on ait, il faut participer activement à la vie politique du pays dans lequel on se trouve », dit-elle.
Comme Joanna Fisher, elle a participé à la vie politique bien avant d'avoir le droit de voter. Au lycée, elle s'est portée volontaire pour travailler pour le parti démocrate et le parti vert, et a distribué des prospectus et aidé à organiser des campagnes d'inscription des électeurs. « Je montais des petits kiosques, mais je ne pouvais pas inscrire les autres lycéens parce que je n'étais pas inscrite moi-même », dit-elle.
D'après Malavika Jagannathan, le fait qu'elle ne soit pas citoyenne américaine l'a en fait incitée à s'impliquer davantage dans la politique. « Je savais que je ne pouvais pas voter, mais je savais aussi qu'il y avait d'autres façons pour moi de contribuer au processus, explique-t-elle, et c'est au moins en partie, je pense, pourquoi je me suis beaucoup intéressée à la politique. »
Le 14 décembre 2006, Malavika Jagannathan est devenue citoyenne américaine. Le lendemain, elle s'est rendue à la mairie de Green Bay et a coché la case « Oui » sur le formulaire de demande d'inscription en réponse à la question « Êtes-vous citoyen(ne) des États-Unis d'Amérique ? ».
La prochaine élection ne devait pas avoir lieu avant deux mois, mais Malavika Jagannathan avait hâte de s'inscrire. « Je me suis dit que je parlais de voter depuis si longtemps que la première chose à faire était de m'inscrire », dit-elle.
Deux mois après, elle votait lors d'une élection primaire où quelques projets particuliers étaient soumis à un référendum. « J'étais très enthousiaste. Le bureau de vote de ma circonscription était dans une église très proche de chez moi, et il n'y avait comme personnel que des vieilles dames. Quand je leur ai dit que je votais pour la première fois, elles en ont été enchantées », raconte Malavika.
Après avoir couvert plusieurs élections en tant que journaliste, et avoir été travailleuse bénévole pour un parti politique, elle a éprouvé un certain soulagement à la perspective de participer au scrutin en tant qu'électrice. « Je me promettais de voter depuis longtemps et, je crois, en particulier après les élections de novembre 2006, je n'en pouvais plus de rester sur la touche et de couvrir les élections sans pouvoir y participer ; ça a été pour moi un peu un accomplissement, une satisfaction », dit-elle.
Bien que tous ses candidats préférés n'aient pas gagné ce jour-là, Malavika Jagannathan a fait le vœu, comme elle en a informé ses amis et sa famille, de prendre part à tous les élections suivantes. « J'avais le sentiment d'appartenir à quelque chose, explique-t-elle. Et je crois que comme c'est quelque chose que je n'avais pas eu pendant longtemps, je me suis rendu compte que c'était assez important. »
Selon Malavika Jagannathan, les nouveaux citoyens accordent peut-être davantage de valeur au droit de vote que les Américains de naissance. « Je crois que lorsque vous avez ce droit qui vous est conféré à la naissance, vous n'y pensez pas vraiment beaucoup, dit-elle. Quand vous avez vécu sans avoir ce droit et qu'un jour on vous l'octroie, cela devient bien plus important. »