11 juillet 2008
La concurrence entre MM. Obama et McCain met le dossier des relations raciales au premier plan politique.

Washington - Les relations raciales seront un facteur non négligeable dans les élections présidentielles 2008 entre le candidat démocrate présumé Barack Obama et son adversaire républicain présumé John McCain, ont déclaré plusieurs politologues à America.gov.
M. Thomas J. Davis, professeur d'histoire à l'université d'État de l'Arizona, a déclaré que plusieurs sondages d'opinion publique révèlent que « la race sera un facteur décisif pour un grand nombre d'électeurs, » dans la campagne présidentielle entre M. Obama, sénateur afro-américain de l'Illinois, et M. McCain, sénateur blanc de l'Arizona.
M. Davis a cité un récent sondage d'opinion effectué par le Washington Post-ABC News qui chiffre le nombre d'électeurs américains préoccupés par la race à environ 30 %.
« Je crois que ce pourcentage est faible » par rapport à la réalité, déclare M. Davis. En effet, le passé difficile de l'Amérique au plan des relations raciales fait que beaucoup d'Américains ont aujourd'hui de la réticence à afficher ouvertement leurs préjugés. Or, ces préjugés influencent de nombreuses actions et décisions, dont celle de voter.
Les commentaires sur la race du pasteur Jeremiah Wright, l'ancien pasteur de M. Barack Obama, « ne seront qu'une parmi plusieurs controverses à portée raciale profonde, même si, à la surface, on affiche un daltonisme neutre », affirme M. Davis.
Ceci étant, « la prétendue polémique Wright se rapporte plus à ses effets qu'à son fond, a-t-il poursuivi. Il s'agit beaucoup moins de ce que le pasteur Wright a dit que de ce que d'autres auraient pu dire de ses propos pour nuire » à M. Obama.
M. Davis a déclaré que M. Obama a « une chance sur deux » de remporter l'élection présidentielle. Il a déclaré que plusieurs sondages d'opinion qui révèlent que la race est un facteur important dans cette course signalent par la même occasion que l'âge de M. McCain pourrait être un problème encore plus important pour les électeurs. S'il est élu à la Maison-Blanche, McCain serait, à l'âge de 72 ans, la personne la plus âgée à recevoir l'investiture de la présidence dans l'histoire des États-Unis.
La race pourrait en fait jouer en faveur de M. Obama
David Greenberg, professeur adjoint de journalisme, d'études médiatiques et d'histoire à l'Université Rutgers dans le New Jersey, a déclaré qu'il estimait « que jusqu'à maintenant » la race « a joué largement en faveur de M. Obama. » À l'autre bout, a déclaré M. Greenberg, « il existe sûrement un petit pourcentage de personnes qui sont tellement fanatiques qu'ils ne voteront jamais pour un Noir. Mais il est aussi peu probable qu'ils voteraient pour un démocrate, qu'il soit blanc ou noir. » M. Greenberg affirme que la campagne de M. Obama « ne sera probablement que légèrement handicapée » à cause de sa race.

M. Greenberg a déclaré que l'affaire Wright va « certainement inciter certaines personnes à réfléchir à deux fois avant de voter pour Obama. Il a mal géré l'affaire du début à la fin. »
Le professeur a déclaré que M. Obama se sert souvent de la race « d'une façon subtile et douce, et c'est un style qui est différent de certains autres hommes politiques noirs. Mais c'est ce qui fait son charme. »
M. Greenberg a cité un article écrit par M. Obama pour la revue Time le 26 juin qui termine par l'histoire de sa mère originaire du Kansas et de son père venu du Kénya, des histoires comme celles de M. Obama qui « n'ont lieu qu'aux États-Unis. »
M. Obama « veut faire en sorte que les gens se sentent bien à l'égard de l'Amérique en votant pour lui, » a déclaré Greenberg, « car ce faisant, ils affichent que l'Amérique n'est pas raciste - ou du moins pas si raciste qu'elle ne voterait pas pour un président afro-américain.
Bien que M. McCain soit peut-être le candidat le plus solide qu'ils aient pu choisir, déclare M. Greenberg, « à ce stade », M. Obama « semble être en meilleure position pour remporter » l'élection du 4 novembre.
Les électeurs ont la possibilité de réaliser le rêve de Martin Luther King
Alvin Felzenberg, spécialiste de sciences politiques et conférencier visiteur à l'École Annenberg de communications de l'Université de Pennsylvanie et à l'École Elliott des affaires internationales de l'Université de George Washington, a déclaré « que si et dans quelle mesure le facteur race sera important dépendra beaucoup des candidats ».
« Maintenant que les électeurs dans d'innombrables élections primaires (en 2008) ont montré la volonté, sinon l'engouement, de nommer le fils d'un immigrant afro-américain au poste le plus important du pays, je m'attends à ce que la participation de la communauté afro-américaine aux élections soit particulièrement élevée, » a déclaré Felzenberg, qui aborde le thème des relations raciales de manière exhaustive dans son nouveau livre intitulé The Leaders We Deserved and the Few We Didn't : Rethinking the Presidential Rating Game (Les dirigeants que nous avons mérités et le petit nombre que nous n'avons pas mérités : Repenser l'évaluation de la présidence.)
M. McCain « a clairement fait savoir qu'il ne voulait pas recueillir les voix de ceux qui voteraient contre un candidat afro-américain simplement à cause de la race du candidat », a affirmé M. Felzenberg. Il a ajouté que les électeurs de tous les partis et de toutes les races « ont la possibilité de donner une signification » au rêve de Martin Luther King, le regretté chef de file des droits civiques, en donnant à M. Obama « la possibilité d'être jugé non pas pour sa couleur, mais pour la force de ses idées et de ses compétences pour le poste auquel il aspire. Le même principe doit s'appliquer à McCain. »
M. Felzenberg a déclaré que vu la faible popularité du président Bush d'après les sondages, les républicains ont avec M. McCain, « choisi le seul républicain susceptible de remporter la présidence, » tandis que M. Obama a attiré de multiples personnes qui votent pour la première fois et des jeunes dans le processus politique. C'est un exploit remarquable. »
M. McCain, déclare M. Felzenberger, « a une histoire personnelle pleine d'espoir à nous conter et un dossier impressionnant. Après des années à entendre les électeurs se plaindre de la nature de leurs choix, cette fois-ci ils vont se régaler. »