Élections 2008 | Le peuple américain choisit ses dirigeants

11 juillet 2008

De nombreux partis politiques ont façonné l'ordre du jour des États-Unis

La politique des « tiers partis » a une longue histoire aux États-Unis.

 
Ralph Nader
Ralph Nader a remporté 2,7 % du vote populaire en tant que candidat du parti vert en 2000.

Viera (Floride) - A priori, on pourrait croire qu'une personne qui ne boit pas, un socialiste, un réformateur, un écologiste et un élan n'ont pas grand-chose en commun. Mais dans l'arène politique américaine, ils symbolisent tout un éventail d'organisations de « tiers partis » de jadis et d'aujourd'hui et ils ont eu une grande influence sur les élections présidentielles des États-Unis.

Plusieurs de ces nombreux partis minoritaires ou candidats indépendants ont été des facteurs importants en attirant l'attention sur des thèmes qui autrement auraient été ignorés, en augmentant la participation électorale et en communiquant un message aux deux grands partis par l'accumulation des votes de protestation. Dans certains cas, arguent les experts politiques, un candidat d'un tiers parti peut aussi changer le dénouement d'une élection.

Chaque État a ses propres règles pour placer un candidat sur la liste électorale. Alors que les candidats démocrates et républicains sont mis automatiquement sur la liste, les tiers partis se heurtent à des obstacles supplémentaires tels que l'obtention d'un certain nombre requis de signatures ou le versement de frais d'inscription pour pouvoir être mis sur les bulletins de vote. Ces contraintes ont souvent eu pour effet de limiter le nombre de scrutins sur lesquels figure le nom des candidats au niveau des États.

Les États-Unis ont adopté le système bipartite depuis la guerre de Sécession qui eut lieu pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, date à laquelle les démocrates et les républicains se sont scindés en deux grands partis séparés qui dominent les élections nationales.

Bob Barr
L'ancien représentant Bob Barr s'est proposé comme candidat à l'élection présidentielle du parti libertaire.

Ce n'est qu'au début du XXe siècle que des candidats de tiers partis d'une importance quelconque sont apparus sur la scène. L'une des candidatures les plus célèbres des tous premiers partis tiers a été celle d'un ancien président américain, Theodore Roosevelt. En 1912, M. Roosevelt, qui fut président de 1901 à 1909, rompit avec les républicains et forma le parti progressiste, surnommé le parti « Bull Moose » - du fait que Roosevelt prétendait « être aussi fort qu'un élan ». Roosevelt remporta six États, soit un total de 88 votes électoraux et 27,4 % du vote populaire, soit le deuxième pourcentage le plus élevé des quatre candidats présidentiels. Ce schisme du parti républicain fut une aubaine pour le candidat démocrate Woodrow Wilson qui remporta l'élection.

Il y eut d'autres cas où, peu satisfaits de leur parti, des leaders politiques formèrent leur propre organisation politique. Au cours des élections présidentielles de 1948, deux anciens démocrates se présentèrent - Strom Thurmond sous l'étiquette du parti des droits des États (Dixiecrat) qui remporta 39 voix du Collège électoral dans quatre États, et Henry Wallace, un candidat du parti progressiste.

Bien qu'il n'ait pas empêché Harry Truman - le président démocrate en exercice - de renouveler son mandat, M. Thurmond a montré le rôle que pouvaient avoir les candidats des tiers partis en permettant à une région donnée du pays de transmettre un message aux grands partis politiques. Le soutien reçu par M. Thurmond est venu entièrement des États du Sud. M. Thurmond s'est ensuite joint au parti républicain. En 1968, lorsque le républicain Richard Nixon l'a emporté sur le vice-président démocrate Hubert Humphry avec 43 % des voix populaires et 301 voix électorales, le démocrate George Wallace, l'ancien gouverneur de l'Alabama qui s'était présenté en tant que candidat du parti indépendant remporta 13,4 % des voix populaires et 45 voix électorales. Depuis la campagne présidentielle de M. Wallace, aucun candidat d'un tiers parti n'a réussi à remporter une seule voix du collège électoral bien que certains d'eux eux aient remporté un pourcentage sensible du vote populaire. Ce fut le cas de Ross Perot en 1992 lorsqu'il obtint 18,9 % du suffrage national.

Récemment, l'un des candidats les plus connus d'un tiers parti est Ralph Nader, qui a remporté 2,7 % du vote populaire en tant que candidat du parti vert en 2000. M. Nader n'a remporté aucun vote du collège électoral, mais certains démocrates sont toujours convaincus que M. Nader a coûté à Al Gore la présidence, car ceux qui ont voté pour M. Nader auraient autrement voté pour le candidat démocrate. Ces démocrates soulignent que plus de 97.000 personnes en Floride ont voté pour Nader, un État où Gore a perdu contre Bush par une marge de 537 voix. Si Gore avait été vainqueur en Floride, il aurait eu suffisamment de votes du Collège électoral pour remporter l'élection présidentielle.

M. Nader est parmi plusieurs douzaines de candidats potentiels de partis tiers qui se disputent la présidence en 2008, bien que cette fois il se présente en tant qu'indépendant. Parmi eux sera Bob Barr, le candidat du parti libertaire. M. Barr est un ancien représentant républicain du Congrès qui inquiète certains membres du parti républicain qui craignent que celui-ci ne ravisse des votes qui autrement iraient normalement au candidat républicain présumé John McCain.

Les tiers partis actuels qui ont plus de 100.000 personnes inscrites sur leurs listes d'électeurs sont le parti de la Constitution (conservateur socio-économique), le parti vert, (centre gauche) et le parti libertaire (conservateur sur le plan fiscal et progressiste sur le plan social.) Parmi d'autres petits partis minoritaires figurent quelques partis conservateurs au niveau des États tels que le parti centriste, le parti socialiste et le parti communiste.

À la longue, bien que les candidats des tiers partis aient peu de chances d'être élus, leurs organisations ont appuyé des lignes d'action qui font maintenant partie de la société américaine. Les efforts du parti prohibitionniste et socialiste par exemple, ont donné aux femmes le droit de voter ; l'appui du parti populiste en faveur d'une réduction des heures de travail a abouti au Fair Labor Standards Act de 1938 qui a instauré la semaine de 40 heures de travail et la ténacité du plaidoyer du parti indépendant américain a donné le Omnibus Crime Control and Safe Streets Act de 1968 pour lutter contre la criminalité en milieu urbain.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?