29 décembre 2008

Martha Joynt Kumar
Le président des États-Unis doit disposer à la Maison-Blanche d'une équipe qui connaisse bien les subtilités des relations entre le chef de l’exécutif et les médias et qui sache en tirer le meilleur parti. Les présidents d’aujourd’hui font des présentations publiques presque constamment et doivent sans cesse répondre aux questions des journalistes. Ils ont donc besoin d'une équipe capable de les aider à faire passer efficacement l'information qu’ils souhaitent communiquer sur les objectifs et les programmes du gouvernement.
Martha Joynt Kumar est professeur de sciences politiques à l’université de Towson. Elle est l’auteure ou la co-auteure de plusieurs ouvrages consacrés aux médias et à la présidence, notamment le classique Portraying the President: The White House and the News Media, publié en 1981, et Managing the President's Message: The White House Communications Operation.
Porte-parole du président Dwight Eisenhower, James Hagherty a dit à l’occasion de la publication de l’enregistrement d’une conférence de presse présidentielle : « Je suis content que nous ayons communiqué cet enregistrement aux stations de radio, aux chaînes de télévision et aux actualités cinématographiques. Au diable les journalistes. Nous nous adresserons désormais directement au public, afin qu'il puisse entendre exactement ce que dit le président [Eisenhower], sans avoir à lire leurs articles tendancieux et subjectifs. »
Les responsables de la communication à la Maison-Blanche ont toujours cherché à établir un contact direct et sans filtre avec le public. Ils se sont également toujours plaints de la presse, qui est en quelque sorte leur bête noire. Le président George W. Bush n’avait pas pris ses fonctions depuis deux mois qu'il se plaignait déjà de ce qu'il appelait les « filtres ». C’est ainsi qu’il a déclaré, dans un discours prononcé le 23 mars 2001 à Portland (Oregon) : « Je trouve que c'est plus facile pour moi de quitter Washington pour expliquer mon budget directement au public que de me reposer sur les « filtres ». Ils ont tendance à déformer les faits. Bon, je vais donc vous expliquer mon budget, si vous le voulez bien, et ce que nous avons l’intention de faire avec cet argent, du moins si nous pouvons ramener un peu de bon sens dans la capitale du pays. » Comme ses prédécesseurs, George Bush exprimait ainsi son irritation à l’égard de la presse, qui ne couvrait pas son action et ses programmes comme il l’aurait souhaité.
Quelles que puissent être leurs récriminations à l’égard des médias, les présidents découvrent rapidement qu’ils font partie intégrante de leur environnement de travail. James Hagerty critiquait les journalistes, mais cela ne l'empêchait pas de travailler avec eux, de les réunir dans son bureau deux fois par jour, de leur permettre de lui rendre visite à tout moment et de s’assurer qu’ils participaient aux événements et aux déplacements présidentiels, avec une place de choix permettant de voir et d'entendre le président dans les meilleures conditions. D’une manière générale, il les aidait à couvrir les événements et à traiter l'information. Il savait ce que les autres responsables de la Maison-Blanche et les présidents finissaient toujours par découvrir : les présidents retirent d'importants avantages de leurs relations avec les journalistes, même si ces relations sont parfois tendues. Le public veut savoir ce que fait le président et connaître ses projets. Les médias fournissent cette information.
Trois éléments des relations entre la Maison-Blanche et la presse permettent d’apprécier leur évolution d'un gouvernement à l'autre. Tout d’abord, ces relations reposent sur la coopération. Il peut y avoir des tensions, mais chacune des parties à intérêt à travailler avec l’autre de manière constructive. Deuxièmement, les activités de communication de la Maison-Blanche ont un caractère permanent. Les services d’information passent d’un gouvernement à l’autre en conservant leurs méthodes de fonctionnement. Les principes qui gouvernent les relations entre la présidence et les médias sont simples et immuables : dire la vérité, expliquer les mauvaises nouvelles au moment où on les annonce. Ceci étant, les responsables de la Maison-Blanche sont aussi soumis à une tentation constante : celle de ne pas respecter ces règles. C’est l’une des raisons pour lesquelles la tâche du porte-parole du président est si difficile. Troisièmement, les organes d'information sont les principaux vecteurs utilisés par les présidents et leurs collaborateurs pour communiquer au public leurs innombrables discours, interviews et déclarations. La Maison-Blanche ne contrôle pas pour autant ces relations, car la présidence doit répondre aux questions des journalistes.
Des relations fondées sur la collaboration
Les présidents et leurs collaborateurs doivent collaborer avec les journalistes qui assurent la couverture de la Maison-Blanche, afin de tirer le meilleur parti des relations avec les médias. De quel autre moyen le président dispose-t-il pour informer le public des « faits » de manière constante, si ce n'est celui des médias ?
La presse écrite, les agences de presse, les chaînes de télévision et les stations de radio disposent en permanence d'une centaine de journalistes, photographes, producteurs et cadreurs à la Maison-Blanche. Ils sont prêts à transmettre à tout moment des images et des commentaires sur l’action du président et de son gouvernement. Quels que soient leurs sentiments à l’égard de la presse, les présidents et leurs collaborateurs continuent à les accueillir les journalistes dans l’aile ouest de la Maison-Blanche, où ils sont installés depuis l’inauguration de cette annexe en 1902. Dans le cadre de cette collaboration, la Maison-Blanche fournit aux journalistes des informations sur le président et ses programmes, les médias s’empressant d’utiliser ces données sous une forme ou sous une autre. La tension peut monter lorsque les informations communiquées par les médias, ou le contenu des reportages, ne plaisent pas à la Maison-Blanche.
Bien que le coût de la présence de ces journalistes à la Maison-Blanche pèse sur les budgets des médias, cette tradition perdure depuis 1896. C’est en effet cette année-là que plusieurs journaux ont installé une table pour leurs correspondants près de la porte du bureau du secrétaire du président (qui avait alors des fonctions semblables à celles exercées à l'heure actuelle par le secrétaire de la Maison-Blanche). Hier comme aujourd’hui, les organes d'information ont toujours souhaité placer leurs journalistes au plus près de l’information, afin d’être les premiers à la diffuser.
Les journalistes n’ont jamais renoncé à leur accès privilégié aux informations présidentielles. Les principales chaînes de télévision disposent aujourd’hui d’un emplacement de choix sur l’allée nord conduisant à l’aile ouest de la Maison-Blanche. C’est de là qu’ils diffusent leurs reportages en direct. Les journalistes de télévision invités peuvent également utiliser cet emplacement. La Maison-Blanche et les médias partagent les frais de l’entretien de cet emplacement, qui permet de diffuser des reportages sur place. La salle de presse de la Maison-Blanche, récemment rénovée, est gérée de la même manière. Les médias ont pris en charge une partie (deux millions de dollars) du coût de cette rénovation, qui s'est élevé à huit millions de dollars.

Une histoire marquée par la continuité
Le porte-parole occupe le poste le plus ancien qui soit rattaché aux services de la Maison-Blanche. Chacun des treize présidents élus depuis 1929 a eu un collaborateur chargé de ses relations avec la presse et de fournir aux journalistes des informations répondant aux objectifs du chef de l’exécutif et de ses collaborateurs.
En 1969, le président Nixon décida d’ajouter un second élément à l’appareil de communication de la Maison-Blanche : le Bureau de la communication. Ce bureau existe encore aujourd’hui. Il est traditionnellement responsable de la préparation des communications et élabore les plans permettant d’expliquer les initiatives du président au public et aux autres parties prenantes dont le soutien est nécessaire. De leur côté, le porte-parole et son équipe fournissent des informations quotidiennes aux correspondants qui assurent la couverture régulière de l'activité du président. La longue histoire de ces services, que le président en exercice soit démocrate ou républicain, illustre le caractère permanent du besoin auquel ils répondent.
Les règles qui gouvernent les relations entre les journalistes et le personnel de la Maison-Blanche sont relativement immuables. Les définitions de ce qui est une information officielle, confidentielle et d'attribution indirecte sont bien établies. L’information officielle est communiquée pour publication, et les journalistes peuvent citer le nom de la source. De nos jours, la plupart des informations d'origine présidentielle sont communiquées à titre officiel. Une information est dite d'attribution indirecte lorsque la personne qui la communique, par exemple un membre du personnel de la Maison-Blanche, donne l'autorisation au journaliste de la publier, mais sans indiquer le nom de la source. Le journaliste pourra écrire, par exemple : « Un responsable de la Maison-Blanche a indiqué que… ». Les informations confidentielles ne peuvent être publiées d’aucune manière, mais le journaliste pourra chercher à se faire communiquer la même information par une autre source disposée à la lui fournir à titre officiel ou sous la forme d'attribution indirecte.
La continuité des principes qui permettent au président et à son gouvernement de communiquer efficacement est, elle aussi, bien établie. Ces principes, qu'a énoncés Ron Nessen, alors porte-parole du président Gerald Ford, s'appliquent à toutes les communications officielles. « Je pense, a-t-il dit, que la plupart des porte-parole, quels que soient leurs antécédents, comprennent que des principes invariables s'appliquent au fil des ans et quel que soit le gouvernement : dire la vérité, ne pas mentir, ne pas dissimuler, annoncer soi-même les mauvaises nouvelles dès que possible et en fournissant sa propre explication, etc. »
Ceci étant, il n’est pas toujours facile pour les communicants de respecter ces principes. Comme Ron Nessen a eu l’occasion de le dire, « bien souvent, les autres membres de l’équipe gouvernementale ne veulent pas respecter ces principes ; ils n’en voient d'ailleurs pas l'utilité. » On a vu combien il était difficile au porte-parole du président George W. Bush, Scott McClellan, d'obtenir des informations précises de la part des plus hauts responsables de la Maison-Blanche et comment il a ainsi perdu sa crédibilité. Ce genre de situation s'était également produit dans des gouvernements antérieurs, avec un résultat identique : l'arrivée d’un nouveau porte-parole.
Les médias sont des instruments qu'on ne peut pas contrôler
Le président a besoin que le public comprenne son action pour pouvoir gouverner. Ses relations avec les médias sont d’une très grande importance. Le président a besoin de l'autorisation du Congrès pour créer ses programmes et les financer. En réalité, il partage le pouvoir plus qu’il ne l’exerce à lui seul. C’est précisément pourquoi les médias jouent un rôle si important : ce sont des instruments permettant d’obtenir le soutien public nécessaire pour convaincre le Congrès de financer les initiatives présidentielles.
Le président des États-Unis fait des déclarations à la Maison-Blanche et lors de ses déplacements dans le pays et dans le monde entier. Des journalistes l'accompagnent partout où il se rend. Ils envoient des câbles et des articles, ils diffusent ses déclarations à la radio et à la télévision. Le nombre de discours et de déclarations du président permet de mesurer sa dépendance à l'égard des médias. En moyenne, le président Bush prononce 1,6 discours ou déclaration par jour, cette moyenne étant de 1,8 dans le cas de Bill Clinton sur la base d'une semaine de six jours. De nos jours, un président s'exprime environ 500 fois par an, parfois longuement et parfois très brièvement. Ces communications sont particulièrement nombreuses durant la première année de son mandat. Le président Clinton s’est exprimé à 602 reprises durant sa première année au pouvoir (1993), et le président Bush a fait 508 discours et déclarations en 2001.
En contrepartie de l’utilisation des médias comme moyens de communication, la présidence fournit des informations aux organes d'information et à leurs correspondants, notamment ceux affectés à la Maison-Blanche. Les journalistes ont besoin d’obtenir des informations allant au-delà de celles que le président et ses collaborateurs souhaitent fournir. En effet, les déclarations officielles ne sont que l’une des composantes de l'information. Les journalistes souhaitent donc savoir ce qui motive le président et connaître ses solutions de rechange et son ordre de priorité.
Les journalistes peuvent obtenir des informations de la part des collaborateurs du président, et en particulier de son porte-parole, sur une base quotidienne, mais ils doivent aussi obtenir régulièrement des informations fournies par le président lui-même. Depuis 1913, la conférence de presse constitue l’une des méthodes que les présidents utilisent pour répondre aux questions des journalistes. À l’origine, le contenu de ces conférences de presse n'était pas diffusé. Depuis 1955, il est officiel et diffusé par la télévision (c'est le président Eisenhower qui a tenu la première conférence de presse publique).
Aujourd’hui, on peut classer les rencontres entre les présidents et les journalistes en trois catégories. Il y a tout d’abord les conférences de presse, au cours desquelles le président répond aux questions pendant environ une demi-heure. Le président peut intervenir seul ou être accompagné d’un dirigeant étranger. Le président répond également aux questions des journalistes lors de séances brèves, mais régulières, de questions-réponses dans son bureau ou dans d'autres endroits bien connus de la Maison-Blanche, telle que la roseraie située juste à côté de son bureau. Enfin, les présidents accordent des interviews à des journalistes étrangers comme à des journalistes américains. C’est ainsi que les présidents reçoivent des journalistes représentant les médias des pays où ils doivent effectuer un déplacement. Ces interviews permettent de communiquer au public des pays intéressés les objectifs du président pour la visite à venir.
Prises collectivement, ces conférences de presse, ces séances de questions-réponses et ces interviews forment un ensemble dont le contrôle échappe en partie aux présidents. Ceux-ci ne sont pas obligés de répondre à toutes les questions, mais ils s’exposent alors à la critique. Bill Clinton a répondu aux questions des journalistes à 332 reprises durant sa première année de présidence, tandis que George Bush a participé à 211 réunions de ce genre durant sa première année au pouvoir. Après cela, le président Bush n'a répondu aux questions des journalistes que 150 fois par an au maximum au cours des sept années qui ont suivi. Le président Clinton s'est limité, quant à lui, tout au plus à 275 réunions de ce genre au cours de chacune des sept années suivant sa première année au pouvoir. Les présidents risquent en effet de commettre des erreurs durant ces réunions, ce qui n’est évidemment pas à leur avantage. Ils cherchent donc à éviter de se mettre en situation difficile.
La nouvelle présidence
Barack Obama devra disposer, le jour de son entrée en fonction, d'une équipe qui soit au courant des subtilités des relations entre le chef de l’exécutif et les médias et qui sache en tirer parti. De nos jours, les présidents font des présentations publiques presque constamment et doivent sans cesse répondre aux questions des journalistes. Ils ont donc besoin d'une équipe capable de les aider à faire passer efficacement l'information sur leurs objectifs et leurs initiatives. Un gouvernement efficace l'exige.
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.