Élections 2008 | Le peuple américain choisit ses dirigeants

28 août 2008

La campagne présidentielle aide les É.-U. à redorer leur blason dans le monde

Des experts offrent leur point de vue sur les efforts des É.-U. dans le domaine de la diplomatie publique.

 
Nicholas Cull
M. Nicholas Cull, directeur du programme de diplomatie publique à l'université de Californie du Sud.

Washington - La campagne présidentielle américaine, véritable « spectacle de la démocratie au travail », est une bonne chose pour l'image des États-Unis dans le monde et a souvent donné un coup de pouce à la diplomatie publique, a déclaré Nicholas Cull, directeur du programme de diplomatie publique à l'université de Californie du Sud.

Il a souligné que les deux candidats présumés, le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, avaient tous deux évoqué la possibilité d'une « réforme radicale de la diplomatie publique des États-Unis ».

Le département d'État définit la diplomatie publique comme « l'ensemble des programmes parrainés par l'État afin d'informer ou d'influencer l'opinion publique à l'étranger ». Elle se différencie de la diplomatie traditionnelle en ce qu'elle vise des individus et des organisations tout autant que des gouvernements.

Dans un article publié en juin 2007 dans l'Orlando Sentinel, M. McCain a mis le doigt sur le défi que devait relever la diplomatie publique. Il a notamment affirmé que les Américains, toutes tendances politiques confondues, comprenaient que la guerre contre le terrorisme n'était pas seulement un combat militaire, mais une bataille des idées. Il a affirmé que les efforts déployés par les États-Unis pour « communiquer notre message sont inefficaces, surtout si on les compare aux opérations de désinformation antiaméricaine orchestrées par la plupart des médias arabes, Al-Qaïda et les extrémistes ».

Le sénateur de l'Arizona affirmait en outre dans cet article que l'Amérique avait « une chance de faire connaître notre culture, notre histoire et nos idéaux (…) et nous pouvons commencer à saisir cette chance en établissant une agence indépendante qui serait chargée de transmettre le message de l'Amérique au monde. »

M. Obama affirme quant à lui sur son site Web qu'il a l'intention de lancer une initiative dite « America's voice » (porte-parole de l'Amérique). Il s'agirait de dépêcher à l'étranger des Américains parlant des langues étrangères afin d'étendre la portée de la diplomatie publique des États-Unis. M. Obama a en outre l'intention de multiplier les possibilités pour des enseignants, des ingénieurs et des médecins plus âgés de servir à l'étranger.

M. Cull, auteur de l'ouvrage intitulé The Cold War and the United States Information Agency (La guerre froide et l'Agence d'information des États-Unis), a déclaré que l'effet de la candidature de M. Obama était tout simplement « extraordinaire », comme le prouvent les résultats d'une enquête du Pew Research Center diffusés le 12 juin, selon lesquels de nombreuses personnes dans le monde suivent de près le déroulement de la campagne présidentielle américaine.

Si M. Obama est élu, « je pense que les sondages de l'opinion mondiale révèleront une extraordinaire volonté de laisser les États-Unis remettre le compteur à zéro ». Il est d'avis que l'élection de M. McCain ne susciterait vraisemblablement pas la même réaction. Ce serait alors plutôt « on continue comme d'habitude ».

Les citoyens américains sont inquiets de la façon dont leur pays est perçu à l'étranger

Le Pew Research Center, organisme apolitique, a constaté que la majorité des Américains interrogés étaient d'avis que les États-Unis étaient aujourd'hui moins respectés dans le monde que par le passé, et qu'ils étaient nombreux à considérer que c'était un problème majeur pour le pays.

M. Cull pense que la recréation de l'Agence d'information des États-Unis (USIA), un organe indépendant qui a coordonné les efforts de diplomatie publique durant la deuxième moitié du XXe siècle, n'était pas forcément la meilleure façon d'améliorer l'image des États-Unis à l'étranger. L'USIA a été intégrée au département d'État en 1999.

Les États-Unis devraient « observer ce qui marche dans d'autres démocraties », notamment au Royaume-Uni et en Allemagne. Ces pays, selon lui, arrivent parfaitement à intégrer la promotion de leur politique à la diplomatie publique au sein de leur ministère des affaires étrangères, mais s'attachent à en séparer ce qui a trait à leur culture et à leurs médias internationaux.

« En ce qui concerne l'avenir, je pense que les nouveaux médias permettent déjà aux gens de communiquer entre eux de façons novatrices. Les États-Unis et leurs alliés devraient faire leur possible pour promouvoir ce phénomène et compter sur la circulation de l'information pour, à long terme, pousser le monde vers eux. »

La diplomatie publique est indispensable au succès de la politique étrangère

M. Steven Corman, professeur à l'université d'État de l'Arizona, pense que ni M. McCain ni M. Obama n'ont expliqué comment ils avaient l'intention de régler le problème de la diplomatie publique des États-Unis et de la détérioration de leur image à l'étranger.

« Il est vrai que ce n'est pas une question prioritaire dans l'esprit des électeurs », a admis M. Cull. « Mais elle est cruciale du point de vue du succès » de la politique étrangère du prochain président, a-t-il affirmé.

M. Corman, coauteur de A 21st Century Model for Communication in the Global War of Ideas, a affirmé que l'on considérait souvent à l'étranger qu'il existe un fossé entre ce que disent les États-Unis et ce qu'ils font. « Cela nuit à notre crédibilité et, sans crédibilité, il est impossible de convaincre. Notre priorité des priorités doit donc être de retrouver notre crédibilité auprès des publics étrangers. »

Faisant allusion à un vieil adage de la publicité selon lequel pour vendre un article il faut qu'il soit bien présenté, M. Corman a déclaré que « si les gens ne veulent pas de l'article, ce n'est pas la présentation qui le fera vendre. C'est malheureusement la situation dans laquelle se trouve l'image des États-Unis à l'étranger. »

Les États-Unis, a-t-il ajouté, devraient être capables de faire mieux que les groupes terroristes.

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