Élections 2008 | Le peuple américain choisit ses dirigeants

22 août 2008

L'immigration demeure un grand thème de la campagne présidentielle des É.-U.

L'issue du scrutin pourrait en dépendre.

 
Des immigrants travaillent dans un champs
Un grand nombre des immigrants aux États-Unis travaillent dans le secteur agricole et sont essentiels à l'économie américaine.

Washington - Si l'économie figure en tête de liste des grands dossiers de l'élection présidentielle de 2008, l'immigration la suit de près. Dans les sondages, cette dernière se place régulièrement parmi les dix principales préoccupations des électeurs.

La position des deux candidats à la présidence, le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, en matière d'immigration est susceptible de jouer un rôle déterminant dans le choix du vainqueur, en partie parce qu'un grand nombre d'Hispaniques, qui constituent le groupe minoritaire le plus important des États-Unis, devraient voter cette année.

« Il n'y a pas de grande différence entre les candidats au sujet de l'immigration. Ils sont tous les deux en faveur d'un réforme profonde de la législation en la matière, qui prévoirait notamment l'élargissement de l'immigration légale et la possibilité de régulariser la situation des immigrés clandestins. Ce sont là les principales questions qui intéressent les électeurs immigrés hispaniques ou autres », a déclaré à America.gov un haut responsable du National Immigration Forum, M. Doug Rivlin.

Le National Immigration Forum est une association apolitique qui se définit comme le champion de mesures favorables aux immigrés, aux réfugiés et à tous les nouveaux venus aux États-Unis.

Les États-Unis comptent de nombreux immigrés en provenance de l'Afrique et de l'Asie, mais ce sont les Hispaniques qui pourraient avoir une influence déterminante sur l'élection présidentielle.

« Les suffrages des Asiatiques, a indiqué M. Rivlin, sont importants dans certaines régions, mais dans une moindre mesure au niveau national parce que ceux-ci ne représentent qu'une faible proportion de la population américaine. Le vote des Hispaniques est important au niveau national et capital dans les États que l'on considère comme pouvant jouer un rôle décisif lors de l'élection », notamment en Floride et dans plusieurs États de l'ouest du pays.

Selon les résultats d'un sondage national diffusés en juillet par le Pew Hispanic Center, les Hispaniques sont maintenant plus en faveur de M. Obama. Quelque 66 % des personnes interrogées ont déclaré vouloir voter pour lui contre 23 % pour M. McCain.

D'après ce même organisme, les Hispaniques représentent 15 % de la population américaine, mais seulement 9 % de l'électorat national. Toutefois, ils constituent 28 % des électeurs en Californie, où ils sont très nombreux.

Manifestation à Postville (Iowa)
Manifestation à Postville (Iowa) contre l'arrêt de centaines de personnes suite à la rafle d'un abattoir par des agents fédéraux.

Le Pew Hispanic Center a également indiqué qu'un grand nombre d'Hispaniques se déclaraient maintenant démocrates au lieu de républicains et que leur participation électorale avait tendance à augmenter.

Les déclarations des adversaires de l'immigration ont poussé, selon M. Rivlin, les électeurs immigrés à manifester dans la rue et à voter. Il s'agit là d'un moyen de défense pour tous les immigrés, quel que soit leur pays d'origine.

M. McCain a modifié sa position antérieure qui était favorable à l'immigration afin d'attirer les conservateurs du parti républicain. Il concentre maintenant son attention sur la sécurisation des frontières et sur l'expulsion des immigrés clandestins. « L'une de mes mesures prioritaires serait de sécuriser nos frontières en premier lieu, et c'est seulement après avoir atteint un consensus sur le fait que nos frontières sont bien sécurisées que nous nous attaquerions aux autres aspects du problème », a-t-il dit lors d'une conférence sur l'action politique des conservateurs au début de 2008.

Pour sa part, M. Obama préconise la « sortie de l'ombre » des immigrés clandestins en vue de régulariser leur situation et, éventuellement, de les naturaliser, ce qui est susceptible de lui faire gagner la confiance des électeurs hispaniques. Il est lui-même le fils d'un immigré et s'est heurté au cours de sa vie aux mêmes problèmes que la plupart des immigrés. Moins favorable que M. McCain à l'érection d'une clôture le long de la frontière mexicaine, il tient à consulter la population locale en vue de trouver la meilleure solution.

Cette question, a dit M. Rivlin, est plus difficile pour M. McCain parce que « les adversaires les plus actifs de l'immigration légale se trouvent dans son parti ». Bien qu'il ait tendance à se rapprocher d'eux, il a indiqué clairement qu'il était en faveur d'une réforme générale de la législation sur l'immigration. Il lui faut trouver un juste milieu.

Les électeurs américains ont des opinions diverses et opposées sur l'immigration

L'immigration est une question qui divise l'opinion. Selon un sondage réalisé en juillet par l'institut Gallup, 39 % des Américains pensent que l'on devrait maintenir l'immigration à son niveau actuel, tandis que 39 % sont en faveur de sa diminution. Seuls 18 % souhaitent qu'elle augmente. Plusieurs autres sondages antérieurs, notamment ceux de CNN et AP-Ipsos, indiquent que la moitié des Américains sont en faveur de la construction d'une clôture le long de la frontière mexicaine afin d'empêcher les immigrés d'entrer clandestinement aux États-Unis et que l'autre moitié y est opposée.

Certains disent que les immigrés clandestins prennent les emplois des citoyens américains, contribuent à l'accroissement de la criminalité et constituent une charge pour les contribuables. Par contre, d'autres disent que les travailleurs dont l'emploi est faiblement rémunéré, ce qui est le cas de la plupart des immigrés en situation irrégulière, contribuent à l'économie du pays en occupant des emplois dont la plupart des Américains ne veulent pas et que nombre d'entre eux payent des impôts.

Comme la plupart des Américains, les immigrés souhaitent obtenir un emploi et une assurance maladie et scolariser leurs enfants. « Ils ont les mêmes intérêts que tout autre personne », a fait remarquer M. Rivlin en ajoutant que les Hispaniques étaient souvent opposés à la guerre en Irak. « La population immigrée, afro-américaine et hispanique, ainsi que les communautés rurales, sont en effet plus touchées par cette guerre que le reste de la population. »

« Les services de l'immigration ne fonctionnent plus comme il faut », indique le site Internet de la campagne électorale de M. Obama. « John McCain estime que le système de l'immigration des États-Unis est détraqué », souligne également le site Internet de M. McCain.

La nécessité de réformer en profondeur la législation sur l'immigration est largement admise. Les électeurs immigrés et non blancs qui sont indécis pourraient jouer en novembre un rôle déterminant dans le choix de celui qui sera chargé d'entreprendre cette réforme.

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