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18 août 2008

La course à la présidence entre MM. McCain et Obama demeure serrée

Les politologues ne sont pas certains de la façon dont le facteur racial va influencer le scrutin.

 
Scott de Marchi
M. Scott de Marchi, professeur de sciences politiques à l'université Duke de la Caroline du Nord.

Washington - Selon des politologues qui ont accordé un entretien à America.gov, plusieurs facteurs expliquent pourquoi la course à la présidence de 2008 demeure serrée aux Etats-Unis.

A première vue, Barack Obama, le candidat démocrate présumé, devrait largement devancer son adversaire républicain, John McCain, parce que les sondages indiquent que, sur le plan national, les démocrates ont l'avantage sur les républicains et que le président républicain George Bush n'a plus qu'un faible taux d'approbation au sein de l'électorat américain.

Mais, affirme Scott de Marchi, professeur de sciences politiques à l'université Duke de la Caroline du Nord, la course semble serrée pour plusieurs raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec la campagne que mène chacun des deux candidats.

Tout d'abord, le nom de M. McCain est plus connu. Cela fait longtemps qu'il participe à la vie politique du pays, et il a un passé fascinant de prisonnier de guerre durant la guerre du Vietnam.

Quant à M. Obama, il a eu un parcours beaucoup plus difficile que M. McCain durant les primaires de son parti, notamment du fait des attaques orchestrées par son adversaire, la sénatrice démocrate Hillary Clinton.

« On a semé le doute » sur M. Obama, insistant sur son manque d'expérience de la scène politique nationale. Et le fait que le sénateur de l'Illinois est afro-américain n'aide pas. M. De Marchi a précisé que plusieurs politologues considéraient que la race de M. Obama avait contribué aux victoires de Mme Clinton lors des élections primaires démocrates en Virginie occidentale et en Pennsylvanie.

Toutefois, a-t-il ajouté, la race de M. Obama « l'aide auprès de l'électorat noir », ce qui rend certains Etats du Sud potentiellement compétitifs en cas d'importante participation électorale des Afro-Américains.

M. Obama bénéficiera peut-être également de la participation accrue des jeunes électeurs. « Mais il est difficile de prédire la participation. Quiconque affirme savoir comment cela va se jouer fait preuve d'un excès de confiance en soi. »

M. De Marchi est par ailleurs d'avis qu'aucun des deux candidats ne fait du bon travail sur le plan des spots télévisés. M. Obama « ne présente toujours pas de mesures  suffisamment audacieuses », et M. McCain a fait preuve « d'idiotie » en diffusant un spot comparant M. Obama aux célébrités ineptes de Hollywood. Cela n'aidera pas les électeurs encore indécis.

M. De Marchi pense en outre que la course n'est pas aussi serrée que les sondages l'indiquent. « Il est de plus en plus difficile d'obtenir des sondages valables. Certains des groupes qui soutiennent M. Obama (les jeunes et les minorités) n'ont pas de lignes téléphoniques fixes et ne peuvent pas être contactés facilement par les organismes de sondage. »

« Si vous considérez les inscriptions sur les listes électorales et les appels de fonds, M. Obama a l'avantage. Au bout du compte, je parierais sur M. Obama » du fait de l'avantage financier qu'il a sur son adversaire et du fait des schémas de répartition des électeurs républicains et démocrates, qui avantagent ces derniers.

De toute façon, il faut attendre le mois de septembre pour que la course  s'accélère vraiment en vue du scrutin du 4 novembre. En effet, a-t-il souligné, malgré l'importante couverture des médias, les gens ne prêtent pas grande attention à la campagne électorale.

MM. Obama et McCain considérés comme des candidats fascinants

Vice-président de l'Institut Brookings, Darrell West est d'avis que la course est serrée parce que les deux partis « nomment des candidats puissants. Ils ont tous les deux un passé fascinant et connaissent tous les deux le succès auprès des électeurs indépendants ».

Contrairement à M. De Marchi, il est d'avis que les deux candidats ont des spots publicitaires efficaces. C'est le cas par exemple du spot intitulé « Maverick » (franc-tireur) qui définit M. McCain, le sénateur de l'Arizona, comme quelqu'un qui tient tête à son propre parti et aux puissants groupes d'intérêt. Cette publicité, a dit M. West, est un excellent moyen de séparer M. McCain d'un gouvernement Bush devenu impopulaire.

« M. Obama diffuse des spots publicitaires montrant des images de MM. Bush et McCain ensemble et affirmant que ce sont des frères jumeaux qui pensent de la même manière. C'est un moyen efficace de signifier qu'une victoire de M. McCain équivaudrait à un troisième mandat de M. Bush. »

Le fait que M. Obama est noir « influence tous les aspects de cette campagne, qu'il s'agisse des sondages, de la couverture médiatique ou de l'opinion publique ». Les sondages, a affirmé M. West, ont « surestimé le soutien à des candidats afro-américains, et M. Obama doit s'en inquiéter ».

Les Américains blancs « peuvent dire aux organismes de sondage qu'ils ont l'intention de voter pour M. Obama et changer d'avis au dernier moment », a dit M. West, qui, en septembre prochain, prononcera un discours lors d'un séminaire organisé par l'ambassade des Etats-Unis à Berlin sur les élections aux Etats-Unis.

La course va s'accélérer en septembre

« Je n'accorderais pas trop d'importance aux sondages en ce moment », a déclaré John Geer, professeur de sciences politiques à l'université Vanderbilt du Tennessee. « Ils commenceront à prendre de l'importance autour du 10 septembre. »

Quant aux spots publicitaires, il est d'avis que ceux de M. McCain ont plus attiré l'attention que ceux de M. Obama. « M. McCain est passé à de la publicité négative avec un certain style, mais il est difficile de dire dans quelle mesure cela a poussé les électeurs à changer d'avis. »

Il pense toutefois que le « contexte » de l'élection présidentielle est à l'avantage de M. Obama, mais que « la course demeurera serrée ».

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