08 août 2008
La guerre froide et le Vietnam sont maintenant dépassés.

Washington - L'année 2008 marque un tournant décisif dans le paysage politique américain : non seulement assiste-t-on à un net recul de la place qu'y occupent la guerre froide et le Vietnam, mais la désignation probable d'un Afro-Américain comme candidat de l'un des deux principaux partis à la présidence des États-Unis donne à l'actuelle course à la Maison-Blanche un visage inédit dans les annales des campagnes présidentielles.
Selon Carl Pinkele, professeur de sciences politiques à l'université Ohio Wesleyan, 2008 sera vraisemblablement la dernière élection où un ancien combattant de la guerre du Vietnam - en l'occurrence le candidat républicain présumé John McCain - jouera le rôle principal dans l'un ou l'autre des deux grands partis politiques. Ce sera également, a-t-il dit, probablement « la première élection où les souvenirs de la guerre froide se seront définitivement estompés ».
Par ailleurs, il est impossible de mesurer la portée à long terme de la candidature de M. Barack Obama en tant que premier candidat afro-américain d'un grand parti américain. La campagne de 2008 a eu également pour caractéristique inédite le parcours remarquable d'une femme, Mme Hillary Clinton, qui est arrivée à deux doigts de l'investiture du parti démocrate.
D'ailleurs, même si M. Obama l'a finalement emporté sur Mme Clinton, l'excellente campagne que cette dernière a menée lors des élections primaires aura sans aucun doute « des conséquences immenses à long terme » sur l'aptitude des femmes et des membres de minorités ethniques à briguer le poste suprême.
En effet, depuis une cinquantaine d'années, a fait observer M. Pinkele, « c'était un club très restreint » de personnes qui avaient été admises à la course à l'investiture de l'un ou l'autre des principaux partis. Vus sous ce jour, MM. McCain et Obama sont des « candidats extérieurs au club » des candidats des courses précédentes. « M. Obama, dans un sens, réalise l'intégration de ce club », a dit le politologue.
Selon lui, si M. Obama remporte l'élection et que les démocrates renforcent leur majorité dans les deux chambres du Congrès à l'issue du scrutin du 4 novembre, il est vraisemblable que la politique générale des États-Unis « opérera un certain virement vers la gauche dans pratiquement tous les domaines ».
Lors de cette élection, la catégorie des personnes de plus de 60 ans - dont se réclame M. Pinkele qui a quatre ans de moins que M. McCain qui en a 71 - pèsera d'un grand poids dans le scrutin, d'abord parce qu'ils sont nombreux et ensuite parce qu'ils ont tendance à participer massivement. La solvabilité du régime de retraite (la « Sécurité sociale ») américain inquiète cette catégorie, qui s'interroge aussi sur la mesure dans laquelle elle pourra régler ses factures d'électricité et de santé qui ne font qu'augmenter. Ainsi, les plus vieux et les plus jeunes sont les catégories qui exercent la plus forte tension sur le système de santé aux États-Unis.

La montée de MM. Obama et McCain reflète l'évolution de la société américaine
Dan Schnur, qui fut directeur national des communications lors de la campagne infructueuse de M. McCain pour l'investiture en 2000, a, pour sa part, déclaré à America.gov que l'investiture présumée de M. Barak Obama, tout en étant « incroyablement importante en elle-même », reflète l'évolution sensible de la société américaine sur le plan démographique.
Ainsi, en ce qui concerne la vice-présidence, bien que les colistiers ne soient pas encore connus, on sait que parmi les candidats possibles figurent, pour les démocrates, un hispanique (le gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson) et dans le camp républicain un mormon (l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney).
Selon M. Schnur, qui est actuellement directeur de l'Institut de sciences politiques de l'Université de la Californie méridionale, l'élection de 2008 sera sans doute la plus importante depuis 1980, en raison « des choix fondamentaux qui seront faits quant au rôle des États-Unis dans le monde sur le plan militaire, économique et diplomatique ».
Comme en 1980, l'économie américaine est en perte de vitesse. En revanche, en 1980, l'économie mondiale, et celle des États-Unis, ne subissaient pas les « changements fondamentaux » qu'elles traversent aujourd'hui, a estimé M. Schnur. De même, il y a 28 ans, les États-Unis étaient engagés dans « une guerre froide plutôt statique avec l'Union soviétique », à l'opposé de l'aspect dynamique de la menace terroriste mondiale d'aujourd'hui.
Il faut ajouter à ce tableau « les effets contemporains de la mondialisation et des économies émergentes », qui présentent aux États-Unis un jeu de circonstances plus difficile que ce n'était le cas en 1980, a dit M. Schnur.
Par ailleurs, de même que la désignation présumée de M. Obama comme candidat démocrate reflète une transformation assez profonde de la démographie américaine, de même celle de M. McCain traduit la montée en puissance de la catégorie des personnes âgées.
Depuis que Ronald Reagan a été candidat à la présidence, en 1976, les progrès de la médecine et la prolongation de la vie humaine font que les Américains du troisième âge jouent un rôle tout nouveau dans leur société.
Les électeurs d'un certain âge, dont la plupart sont les « baby boomers » nés après la Deuxième Guerre mondiale, ont une conception « radicalement différente de celle qu'avaient leurs parents de leur place dans la société », a affirmé M. Schnur.
Certains Américains d'âge mûr ne voteront pas pour M. McCain parce qu'ils estimeront qu'il n'est pas bon de voter pour quelqu'un de relativement vieux. Toutefois, il est probable que ces électeurs-là n'auraient pas voté pour le candidat républicain quel que fût son âge. Il est donc permis de penser que, dans l'ensemble, les électeurs âgés constitueront un solide noyau en faveur de M. McCain.