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15 septembre 2009

Mon itinéraire vers Harvard

 
Siyabulela Xuza
Le jeune Sud-Africain Siyabulela Xuza a été admis à Harvard grâce à ses travaux expérimentaux.

Siyabulela Xuza

Un étudiant sud-africain raconte l'itinéraire qu'il a suivi de sa ville natale jusqu'à l'université Harvard à Cambridge, dans le Massachusetts. La science lui a servi de billet de passage : il espère en faire la fondation de son avenir. Siyabulela Xuza a fait ses études secondaires en Afrique du Sud. Il va aborder sa seconde année d'études à Harvard lors du dernier trimestre de 2009. M. Xuza est lauréat du 58ème concours international des sciences et de l'ingénierie organisé par Intel.

Je me rappelle avoir été fasciné par le vrombissement d'un Cessna qui lâchait des tracts électoraux sur Mthatha, ma ville natale en Afrique du Sud. C'était en 1994, première année de démocratie dans mon pays. Cette merveille technologique avait éveillé ma passion pour les sciences et les technologies, que je souhaitais moi-aussi mettre au service de la renaissance africaine. C'est la raison pour laquelle je suis aujourd'hui étudiant aux États-Unis, à l'Université Harvard.

Peu après avoir observé cet avion, je me suis rué vers la cuisine de maman où j'ai commencé à mélanger des produits chimiques afin de fabriquer un nouveau combustible pour fusées. Naturellement, je n'avais pas demandé la permission à ma mère. Ma passion pour la chimie était trop forte pour que je risque d'essuyer un refus ! J'adorais mon laboratoire clandestin, parfaitement équipé grâce aux instruments de cuisine maternels. Les arômes du dîner de la veille se combinaient aux parfums doucereux de mes produits chimiques.

Tout allait bien jusqu'au jour fatidique où j'ai créé de manière un peu trop désinvolte une nouvelle décoction. J'avais oublié de baisser le feu : mon mélange bouillonnant s'est mis à gicler et à se répandre sur le sol. Instantanément, la cuisine immaculée s'est transformée en un tunnel gluant rempli de fumées de carburant de propulsion. Ma mère a fait irruption dans la pièce. Tremblant et bégayant, j'ai attendu ce qui n'allait pas manquer de venir : un savon mémorable.

Mes oreilles en résonnaient encore lorsque j'ai repris mes essais, cette fois-ci avec plus de prudence, dans le garage familial. Ces expériences de potache se sont progressivement transformées en un véritable projet scientifique. Je m'y suis consacré pendant quatre ans, jonglant avec mon travail au lycée, mes matchs de rugby, des pièces de théâtre et mon service à la collectivité.

Décollage…

M. Xuza explique son projet à de futurs ingénieurs
M. Xuza explique son projet à de futurs ingénieurs lors du concours international des sciences et de l'ingénierie organisé par Intel.

Outre mes travaux sur le carburant, je me suis également lancé dans la fabrication d'une fusée, que j'avais baptisée Phénix. Ce projet m'a demandé beaucoup de patience et de conviction. En 2003, lors du compte à rebours, j'ai cru que mes nerfs allaient lâcher. Lorsque j'ai appuyé sur le bouton, un impressionnant nuage de fumée s'est échappé du moteur, plus bruyant que mille tambours africains. Phénix s'est élevée majestueusement en traçant un sillon avant d'atteindre son apogée de 1 220 mètres. Le succès de ce lancement m'a définitivement convaincu des vertus de la persévérance.

J'ai ensuite présenté un projet intitulé « L'espace et l'Afrique : donner des ailes à la conquête africaine de l'espace » (African Space : Fueling Africa's Quest to Space) à l'exposition nationale sud-africaine des sciences. Ce projet a été récompensé par deux voyages internationaux : le premier pour assister aux cérémonies de remise du prix Nobel en Suède, et le second pour participer à un concours scientifique international aux États-Unis.

Ce concours, qui se tenait à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, rassemblait plus de 1500 étudiants originaires de 52 pays qui ont présenté leurs recherches et participé à une compétition acharnée. J'étais extrêmement honoré de représenter mon pays et de pouvoir enrichir mes connaissances en participant à des discussions avec des étudiants venus du monde entier. Avec une certaine angoisse, je me suis rendu à la cérémonie d'annonce des résultats organisée dans un immense auditorium résonnant des conversations de candidats pleins d'espoir. J'étais très impressionné et je me suis recroquevillé sur mon siège lorsque les premiers prix ont été annoncés : « Dans la catégorie « Energie et transports », le grand prix est attribué à Siya… » Le reste de l'annonce fut noyé sous un tonnerre d'applaudissements. Je venais de recevoir une récompense prestigieuse et l'honneur de voir mon nom attribué à une petite planète.

Sur une autre planète…

L'euphorie du succès remporté lors du concours international m'a motivé durant ma dernière année d'études secondaires et a abouti à mon entrée à Harvard. Dès l'automne 2008, je me préparais à ma première année d'études au sein de cette institution en me promenant dans ses jardins luxurieux entourés de bâtiments couverts de lierre. J'ai dû m'adapter à un système d'enseignement différent, où le raisonnement est plus important que la réponse elle-même, et où la collaboration et l'échange avec les professeurs permet d'obtenir de meilleures notes. J'ai pris des risques intellectuels en étudiant des matières que je connaissais mal, telles que le mandarin, l'économie où les musiques du monde. Cette démarche m'a permis d'élargir ma vision et d'acquérir une approche interdisciplinaire.

En dehors des cours, je me suis inscrit au Harvard Forum for International Leadership. Cette association réunit des étudiants originaires du monde entier. Elle organise des débats sur des sujets tels que le terrorisme international, le VIH/SIDA, les technologies et le développement de l'Afrique. Le forum a également renforcé ma prise de conscience de la menace croissante que représente le changement climatique, à un moment où la demande énergétique augmente dans les pays en développement comme dans les pays développés. Mais cette menace nous donne aussi une chance de lancer la révolution des énergies propres.

Répondre aux défis du changement climatique est ma nouvelle passion : je souhaite mettre à profit les ressources dont je dispose à Harvard, et mes travaux sur les nouveaux carburants spatiaux, pour développer une nouvelle génération d'automobiles et de réacteurs visant à limiter les effets de la crise climatique. Je fais actuellement des recherches sur les technologies de pointe dans les domaines de la biologie de synthèse et des énergies renouvelables, dans une perspective de développement durable de l'Afrique et de stimulation du potentiel intellectuel du continent. Celui-ci est en effet loin d'avoir révélé tout son potentiel.

Mon passage de l'Afrique à la société américaine m'a fait comprendre la valeur de la diversité des cultures sur notre planète. J'ai participé à bien des discussions avec mes camarades jusqu'à une heure avancée de la nuit. Nous avons débattu de sujets allant de la justice sociale aux questions d'éthique de l'ingénierie génétique. J'ai commencé à appréhender les perspectives des autres étudiants sous un angle nouveau. En dépit de nos différences, j'ai appris que nous partageons tous des valeurs fondamentales telles que la liberté et la justice, dont les promesses ne peuvent se concrétiser que dans un univers de tolérance et de meilleure connaissance des autres cultures.

Mon séjour en Amérique a également été marqué par de simples plaisirs tels que la découverte de la neige... Le froid et le gel des rudes hivers de la Nouvelle-Angleterre m'ont fait regretter le soleil d'Afrique, mais mon âme a été réchauffée par la chaleur du peuple américain, dont la gentillesse a contribué à faire de moi un citoyen du monde.

Bientôt, il me faudra renter en Afrique. J'y emporterai la richesse d'une excellente éducation, mais aussi celle de mes échanges avec des gens du monde entier, dont les opinions m'ont permis de mieux comprendre comment le monde pense et travaille. Sans savoir ce que me réserve l'avenir, je suis enthousiaste à l'idée de mettre mes connaissances de l'ingénierie au service de l'Afrique.

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