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14 septembre 2009

Six années en Suède

 
Charlotte
À l’étranger, Charlotte a découvert une culture et des coutumes nouvelles, comme par exemple se promener sur un lac gelé.

Charlotte West

L’occasion d’étudier pendant un an à l’étranger se transforme en une longue aventure de six ans. Journaliste indépendante, Charlotte West est actuellement installée à Seattle (État de Washington). Pour consulter son site Web, aller à : http://www.curiosity.se.

 

Lorsque l’on pense à la Suède, un tas de choses viennent à l’esprit : IKEA, Volvo, assistance sociale du berceau à la tombe, design minimaliste et blondes époustouflantes. Mais la Suède est peut-être encore plus connue pour ses prix Nobel, nés de la générosité du chimiste et inventeur suédois, Alfred Nobel, pour honorer ceux qui ont “ le mieux contribué au bien-être de l’humanité ».

La première fois que j’ai vraiment prêté attention au prix Nobel, c’était en juin 2002, lors de la cérémonie de remise des diplômes de mon université. À cette occasion, Leland Hartwell, lauréat du prix Nobel 2001 de physiologie et de médecine, avait prononcé un discours dans lequel il disait s’être retrouvé sur la scène à côté du roi et de la reine de Suède. Cette déclaration n’avait pas manqué d’attirer mon attention, parce que j’avais l’intention d’aller m’installer à Stockholm l’automne suivant.

À l’époque, j’étais loin de me douter qu’au mois de décembre suivant, je serais assise dans la salle de concert où Hartwell avait reçu son prix et que, quatre ans plus tard, j’interrogerais deux lauréats du prix Nobel 2006, Andrew Fire (médecine et physiologie) et Roger Kornberg (chimie), pour le compte d’un magazine publié par la faculté de médecine de l’université Stanford, où tous deux enseignaient.

En bref, je n’aurais jamais imaginé rencontrer les lauréats du prix Nobel en personne. Lorsque, à l’automne 2002, j’ai commencé mes cours à l’université de Stockholm, j’ai été surprise d’apprendre que de nombreux lauréats du prix Nobel donneraient leurs conférences dans le Grand Amphithéâtre (Aula Magna) du campus et qu’en outre, ces conférences étaient ouvertes à tous. Bonus supplémentaire, les boursiers Fulbright qui étudiaient en Suède étaient invités à assister aux cérémonies de remise des prix au mois de décembre cette année-là, ce que de nombreux amis suédois nous enviaient.

Des portes s’ouvrent

C’est là une expérience parmi tant d’autres qui ont caractérisé cette période d’étude, de vie et de travail à l’étranger. Lorsque je suis descendue de l’avion à l’aéroport Arlanda de Stockholm, le 16 aout 2002, date qui restera inscrite pour toujours sur mon passeport et gravée à jamais dans ma mémoire, je n’avais pas la moindre idée que j’allais vivre en Suède pendant les six prochaines années.

Lorsque je me suis installée à Stockholm, ce n’était pas la première fois que je vivais à l’étranger car j’avais passé ma première année d’université à Leiden, ville universitaire située à 40 minutes de train d’Amsterdam. Les Pays-Bas sont devenus le point d’ancrage à partir duquel je me suis baladée un peu partout en Europe cette année-là. Lors de mes premières excursions européennes en train, je manquais d’expérience, mais j’ai rapidement saisi l’importance des tongs, des cadenas et des lampes de poche …. Et j’ai vite compris qu’il ne fallait pas les ranger au fond de mon sac à dos.

Lorsque je suis rentrée à Seattle à la fin de mon séjour d’un an à Leiden, je ne pensais qu’à une chose : comment retourner en Europe après avoir obtenu mon diplôme au printemps suivant. La réponse est venue sous la forme d’une bourse Fulbright, dispensée par le département d’État, qui financerait mes études et mes travaux de recherche de 3e cycle pendant un an à l’étranger. La bourse Fulbright a l’avantage de reposer sur un projet de recherche que vous élaborez vous-même, ce qui permet aux candidats de choisir leurs cours et les professeurs qui vont les suivre à l’université d’accueil.

Lors de cette première année à Stockholm, j’ai appris tout ce qu’il faut savoir sur l’État-providence scandinave, sujet qui avait déjà piqué ma curiosité lorsque j’étudiais aux Pays-Bas. Mais, fait peut-être encore plus important, j’ai étudié le suédois. Les Suédois parlent l’anglais pratiquement couramment et il est entièrement possible de se débrouiller sans parler un mot de suédois. Mais pour moi, apprendre la langue locale était essentiel car, ainsi, mon expérience à l’étranger ne se limitait pas à simplement “ me débrouiller ».

Parler suédois m’a ouvert des portes, tant sur le plan personnel que professionnel. Sur le plan personnel, apprendre une langue étrangère (et faire les bourdes inévitables) est une expérience que beaucoup apprécieront. Apprendre la langue a aussi été bénéfique pour ma carrière ; même actuellement, de retour aux États-Unis, je traduis un soir par semaine des articles d’actualités suédoises en anglais. Dans une carrière de pigiste parfois précaire, je dispose ainsi d’une source stable de revenu. Parler couramment la langue locale m’a aussi permis de mieux comprendre ce qui se passait autour de moi, ce qui à mon avis a été déterminant lorsque j’ai décidé de rester. Vous comprenez ce que les gens disent et les conversations dans le métro ne sont plus seulement un bruit de fond. Je pense que cela vous donne l’impression d’être plus intégré.

Avantages et inconvénients

Au cours de ma première année en Suède, j’ai commencé à m’adapter et j’ai compris que Stockholm était une ville où j’aimerais éventuellement vivre. Prolonger mon séjour à l’étranger reposait en partie sur la possibilité de continuer à travailler comme adjointe de recherche à l’université, mais c’était bien plus que cela. J’ai commencé à regarder la Suède d’un œil différent au fur et à mesure que de touriste, je suis devenue visiteuse, puis résidente de la ville dans laquelle je m’étais installée.

Mais parallèlement, vous restez toujours, en quelque sorte, un observateur étranger. J’avais appris la langue et m’étais efforcée de comprendre les coutumes et la culture, mais j’ai aussi appris que ma perception des choses passait par le filtre de ma culture américaine. Certaines coutumes ont demandé une certaine faculté d’adaptation de ma part, d’autres ont perdu de leur importance avec le temps et j’ai fini par en considérer un petit nombre comme des singularités typiquement suédoises, comme par exemple le goût pour la réglisse salée et pour le surströmming, le hareng fermenté jugé par certains comme un met délicat.

Bizarreries culinaires mises à part, il se peut que vivre à l’étranger vous permette d’apprécier ce qu’il y a de mieux dans deux cultures. La situation présente des avantages et des inconvénients : vous ramenez chez vous une partie de l’expérience vécue à l’étranger et vous laissez une petite partie de vous-même sur place. J’ai appris à aimer les boules de viande à la sauce aux airelles (que l’on trouve à Seattle chez IKEA, un vrai bonheur !) mais j’ai aussi partagé avec mes amis suédois les joies d’un repas de Thanksgiving complet, avec la dinde rôtie et la tarte à la citrouille.

Je suis rentrée aux États-Unis il y a quelques mois seulement, et je suis encore en train de faire le tri des conséquences de mon retour. Je ne suis pas certaine qu’Alfred Nobel comprendrait le monde d’aujourd’hui qui, grâce à la technologie, nous permet de travailler n’importe où, à condition d’être connecté à Internet, mais je crois qu’il avait raison à bien des égards lorsqu’il disait “ Je suis chez moi partout où je travaille, et je travaille partout. »

Le fait d’étudier, de vivre et de travailler à l’étranger pendant six ans a certainement élargi mes horizons et ma conception d’un “ chez moi ». Partout où je me trouve, le pays d’IKEA, de Volvo, de l’État-providence du berceau à la tombe, du design minimaliste et des prix Nobel sera toujours un peu chez moi.

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