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10 novembre 2009

Dans une école divisée, l'interaction entre Bosniaques et Croates se fait malgré tout

Diverses organisations assurent des rencontres entre les deux corps d'élèves.

 
Des lycéens de Stolac (Bosenie-et-Herzégovine)
Des étudiants du lycée Stolac en Bosenie-et-Herzégovine écoutent le discours de Martin Luther King III.

Stolac (Bosnie-et-Herzégovine) - Le lycée de Stolac a la réputation d'être une école à problèmes. Mais les problèmes ne proviennent pas des élèves.

On la qualifie souvent de « deux écoles sous un même toit » : le matin, les élèves croates l'occupent ; l'après-midi, les Bosniaques prennent le relais. Non seulement les élèves ne se côtoient-ils pas, mails ils ne se servent même pas des mêmes manuels ni ne suivent les mêmes programmes.

Cette scission et les tentatives faites pour y remédier ont attiré une attention internationale. Celle-ci se focalise surtout sur les joutes politiques et juridiques complexes que se livrent l'administration scolaire, la direction gouvernementale de l'éducation et la municipalité. L'école ne jouit en fait d'aucune reconnaissance officielle du fait que personne n'a réussi à en dresser des statuts correspondant à la réglementation cantonale, ainsi que l'explique Esad Dželilović, ministre de l'éducation du canton d'Herzégovine-Neretva. Obligatoires pour toutes les écoles, ces statuts en définissent les opérations. Depuis plus d'un an, M. Dželilović, l'administration du lycée et la municipalité tentent en vain d'élaborer des statuts dont toutes les parties puissent s'accommoder. Même des instances internationales telles que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont essayé d'intervenir pour trouver une solution.

En raison de conflits avec le ministre du canton, un Bosniaque, le proviseur intérimaire de l'établissement, un Croate, refuse de délivrer aux élèves bosniaques des certificats de fin d'études secondaires. La Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, qui est l'une des deux entités territoriales de la République de Bosnie-Herzégovine, compte dix cantons. Elle est habitée principalement par des Bosniaques et des Croates, tandis que les Serbes vivent surtout en République serbe de Bosnie.

La collaboration entre les élèves

Le fait qui passe largement inaperçu est que, tandis que les adultes discutent de la façon d'organiser l'école, certains élèves des deux groupes ont déjà commencé à passer du temps ensemble. Dans un café de Stolac, deux jeunes de dix-sept ans, une Croate et un Bosniaque, qui ne suivent pas les mêmes cours, déclarent à America.gov qu'ils se connaissent et se fréquentent. (En raison de la situation politique délicate, ils ont demandé que leur identité ne soit pas divulguée.)

Selon la Croate, les deux groupes ethniques ne se fuient pas et on dirait plutôt qu'ils sympathisent. Les adolescents se retrouvent souvent dans les mêmes cafés et dans d'autres lieux publics. « La coexistence est importante parce que, plus tard, lorsque nous aurons un emploi, nous allons travailler côte à côté », déclare-t-elle en se lamentant sur les conditions actuelles de travail au lycée. « Les jeunes ont le droit de s'instruire ; ce programme est en train de leur supprimer ce droit. »

Le Bosniaque reconnaît que des jeunes des deux ethnies ont parfois agi avec agressivité les uns envers les autres, et que beaucoup de membres de la collectivité sont d'accord pour que les deux enseignements soient séparés. Pourtant, cela ne l'empêche pas de dire bonjour aux jeunes Croates qu'il croise dans la rue. « Si j'étais parent, je dirais à mes enfants de fréquenter des jeunes bien élevés, peu importe leur origine ethnique. »

Les élèves peuvent choisir de se livrer ensemble à des activités extrascolaires, grâce à l'action de groupes internationaux tels que le Centre Nansen du dialogue, une organisation norvégienne non gouvernementale qui aide les élèves et les professeurs à collaborer à l'établissement d'un « endroit neutre », une salle de classe où ils peuvent organiser des clubs ou des projets interethniques.

Martin Luther King III à Stolac en Bosnie-et-Herzégovine.
Martin Luther King III, le fils du grand militant afro-américain des droits civiques, s'adresse à des lycéens de Stolac en mai 2009.

Ce centre aide également les élèves à publier un journal commun dont ils choisissent et écrivent eux-mêmes les articles. L'article de chaque élève est publié dans sa langue. Les administrateurs de l'école ont constaté avec surprise que les élèves avaient décidé de publier et de lire un journal multilingue, mais comme les élèves le font remarquer, les différences entre les langues sont très petites. « Pour moi, c'est tout une seule langue », a dit la Croate.

Les administrateurs ont été encore plus étonnés quand les élèves ont choisi un seul rédacteur en chef pour revoir les articles de tout le monde, a déclaré Vernes Voloder, coordonnateur du projet au Centre Nansen du dialogue. Les élèves étaient très réticents à se diviser selon les lignes de séparation ethniques, a-t-il observé.

Sachant que l'école n'avait guère de chances d'appuyer des activités extrascolaires dans l'avenir immédiat, les conseils d'élèves des deux groupes se sont unis pour solliciter de l'aide à l'étranger.

Certaines associations ont organisé des conférences et des excursions afin de stimuler l'interaction entre les deux ethnies. Récemment, l'ambassade des États-Unis à Sarajevo a mis sur pied une sortie commune pour visiter le navire américain UUS Higgins lors de son escale au port de Neum.

Il reste qu'il est difficile de maintenir l'ouverture d'esprit de tous les élèves de Stolac lorsqu'ils subissent l'influence de parents et de politiciens qui ne tiennent pas à ce que les deux ethnies se fréquentent, a reconnu M. Voloder. Aussi importe-t-il de convaincre les élèves que le progrès qu'ils feront aidera ceux qui leur succéderont.

Une visite spéciale

En mai, la salle de classe « neutre » a accueilli un invité très spécial : Martin Luther King III, le fils du grand militant afro-américain des droits civiques, que l'ambassade des États-Unis en Bosnie-et-Herzégovine avait invité à l'occasion du 55e anniversaire du fameux arrêt de la Cour suprême dans l'affaire Brown contre le Conseil scolaire de Topeka (Kansas) déclarant illégale la ségrégation raciale dans les établissements scolaires des États-Unis. Au cours de son séjour d'une semaine, M. King a été reçu par des administrateurs scolaires, des chefs religieux et des défenseurs des droits civiques.

C'est durant ce séjour que M. King a expliqué aux élèves ce que signifiait pour lui l'expérience de la ségrégation et des droits civiques aux États-Unis. Il a notamment parlé à ces jeunes, dont beaucoup avaient perdu des proches parents lors de guerre de Bosnie il y a quinze ans, de l'assassinat de son père. Il leur a affirmé qu'ils jouaient un rôle important dans l'élimination de la discrimination même si cette tâche devait prendre beaucoup de temps.

Les administrateurs scolaires et le ministre de l'éducation ont également rencontré M. King. Cette réunion a été la première occasion officielle de rencontre entre le proviseur intérimaire croate et le directeur officieux de la partie bosniaque de l'école. Selon M. Dželilović, M. King les a assurés qu'à tout problème humain il existait toujours une solution.

Le lycée de Stolac doit être réorganisé en une seule école où les élèves des deux groupes ethniques auront des cours communs, a déclaré M. Dželilović. C'est ainsi que dans d'autres établissements scolaires situés dans des quartiers mixtes, les élèves suivent certains cours ensemble, par exemples les mathématiques et les sciences, et d'autres cours séparément, tels que l'histoire, la langue et la géographie.

M. Dželilović n'a aucune certitude qu'un accord se concrétise de sitôt. Mais la jeune Croate, de son côté, malgré la situation politique, pense que Stolax changera un jour : « Cela ne peut pas durer éternellement, a-t-elle dit, la voix des jeunes se fait déjà entendre. »

(Les articles du site «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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