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05 février 2009

Ouvrez les yeux

 
Photo-portrait de l'auteur (© Abbruzzese/Deloitte LLP)
Eldon Harmon poursuit une excellente carrière après l'élan donné par un programme du College Summit.

Eldon Harmon

Un jeune professionnel d'entreprise qui a réussi évoque l’un des tournants de sa vie, le moment où le programme College Summit lui a montré comment s’orienter, au-delà de ses études secondaires, vers l’enseignement supérieur afin d’élargir et d’améliorer ses choix de carrière.

 

Eldon Harmon est aujourd’hui consultant chez Deloitte LLP, l’une des premières organisations de services-conseils du monde, dans le domaine de la gestion des risques pour les entreprises. Il est aussi bénévole au College Summit, où il aide des jeunes en quête d’un avenir satisfaisant.

Ma mère nous a élevés seule, mon frère et moi.  Elle voulait que ses fils aient la meilleure vie possible et elle nous a donné tout l’amour et le soutien dont elle était capable. La violence et la drogue nous guettaient à chaque coin de rue dans notre quartier d’East New York, dans le district de Brooklyn. Élever deux garçons dans de telles conditions n’était donc pas chose facile et je garderai toujours en mémoire la volonté résolue de ma mère de subvenir à nos besoins et de nous protéger des dangers de notre milieu. Elle a exercé une immense influence sur nous pendant notre enfance et notre adolescence, mais lorsqu’il s’est agi de prévoir ce que nous ferions après nos études secondaires, elle n’avait qu’une expérience limitée des formalités d’admission dans les établissements d’enseignement supérieur.

Au lycée, j’avais des notes moyennes et je ne savais pas trop ce que je voudrais faire une fois mon diplôme en main. Comme il n'y avait qu'un conseiller d’orientation pédagogique pour 500 lycéens, je n’ai pas eu beaucoup d’aide pour déterminer les options qui s’offraient à moi. Avant d’arriver à ma dernière année d’études secondaires, en 1997, j’ai entendu parler du programme College Summit et j’ai décidé de m'inscrire à l’atelier de rédaction organisé pendant l’été dans le cadre de ce programme, parce que, me suis-je dit à l’époque, cela me permettrait de sortir quelques jours de Brooklyn pendant la canicule. Je voulais aussi savoir ce qu’était ce programme et également me rendre compte un peu de la vie sur un campus universitaire.

Je suis arrivé au Connecticut College sans savoir exactement à quoi m’attendre. Le premier soir, il y a eu une discussion à bâtons rompus au cours de laquelle nous avons pu parler des obstacles qui, dans notre optique, s’opposaient à ce que nous entrions à l’université. Beaucoup de mes congénères étaient comme moi, c’est-à-dire qu’ils seraient les premiers de leur famille à faire des études supérieures. Pendant cette soirée, nous avons été amenés bon gré mal gré à exprimer nos espoirs et nos craintes devant l’avenir et à évoquer nos difficultés passées.

Ce qui m’a le plus frappé, au milieu de ce groupe réuni le premier soir de l’atelier, c'était une remarque de notre animateur nous incitant à ouvrir les yeux, à reconnaître que nous étions en fait remarquablement privilégiés d’être parvenus à ce stade, où nous avions la possibilité de faire des études supérieures. Des générations entières de gens qui nous ont précédés n’auraient pas pu imaginer la chance que nous avions. Bien que je ne me sois jamais considéré comme privilégié, après l’explication si claire de l'animateur j’ai compris que je me devais de travailler de mon mieux.

C’est à ce moment-là que mon niveau d’optimisme face à l’avenir a changé, que mon attitude s’est modifiée radicalement. Jusque-là, je n’avais pensé qu’à faire le minimum, à  éviter d'échouer.  Après ce soir-là, j’ai voulu prouver que j’étais supérieur à la moyenne, voire que j’étais appelé à un rôle de direction. La possibilité d’entrer à l’université et de faire une belle carrière m’est finalement apparue comme plus réelle et cela m’a motivé.  Je me suis donc mis très sérieusement à préparer mes épreuves et mes dossiers d'inscription dans différentes universités.

À ma rentrée en dernière année de lycée, j’ai compris que j’avais eu de la chance d’avoir bénéficié de ce coup de pouce.  J’ai fait une demande d’admission au programme de sciences de l’environnement et de foresterie de l’Université d’État de New York, où j’ai été accepté et où j’ai obtenu mon diplôme de premier cycle. Après cela, j’ai fait une maîtrise en gestion des télécommunications à l’Université de Syracuse (État de New York).

Au début, j’ai trouvé les cours difficiles à l’université.  Je ne me sentais pas à la hauteur et j’ai parfois été tenté d’abandonner.  J’avais d’abord pensé à travailler dur pour rattraper mon retard, mais j’ai vite compris que je ne pourrais pas réussir en m’y prenant tout seul.  Je devais m’impliquer, faire partie d’une communauté universitaire, me joindre à des groupes d’étude et à divers clubs pour pouvoir tirer des enseignements de l’expérience des autres et améliorer mes résultats. C’est une leçon que j’ai appliquée et que j’applique encore aujourd'hui.

Employé maintenant chez Deloitte comme consultant, j’aide de grandes organisations à se prémunir contre les risques en matière de sécurité.  Et il se trouve, par pure coïncidence, que la société Deloitte finance le programme College Summit, auquel elle fournit aussi des services gratuits. Les employés de la société sont également encouragés à appuyer le programme. Je n’ai appris cela que deux ou trois mois après être entré chez Deloitte et le fait que la société qui m’emploie entretienne ces relations avec l’organisation qui m’a aidé plusieurs années auparavant est venu confirmer pour moi la validité de mon choix d’employeur. Les relations entre les deux organisations sont particulièrement solides : Deloitte est la première source de bénévoles du secteur privé pour le College Summit. L’été dernier, j’ai offert mes services de conseiller à un atelier du College Summit et j’ai travaillé individuellement avec 14 étudiants.

En voyant arriver les étudiants, je me suis revu à leur place, n’ayant aucune idée de ce que je voulais faire et ne sachant pas pourquoi je devrais faire des efforts. Je leur ai lancé le même défi qui m’avait été lancé ; je leur ai demandé d’ouvrir les yeux, de viser haut et de réaliser tout ce qu’ils seraient capables de faire si rien n’était impossible. Grâce à ces conversations autour de quelques grandes idées, nous avons pu déterminer ensemble ce qui était important à leurs yeux, quel avenir possible les attendait, et nous efforcer de trouver les universités qui répondraient à leurs besoins.

Le fait que je sois un ancien du College Summit m’a beaucoup aidé à établir des rapports avec mes étudiants. J’ai pu ainsi voir en eux beaucoup de choses qui sont en moi et je crois que, de leur côté, ils ont pu voir en moi un peu d’eux-mêmes ; ils l’ont d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises en disant : « S’il a pu réussir, nous pouvons réussir aussi. » J’espère que les jeunes qui se demandent ce qu’ils feront après leurs études secondaires penseront à mon histoire et qu’ils verront que les possibilités sont là, qu’elles les attendent, et qu’il suffit qu’ils ouvrent les yeux, qu'ils les voient et qu'ils travaillent de toutes leurs forces à les saisir.

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