05 février 2009

Andrea Clark
Une femme pompier raconte comment elle a renoncé à une carrière d'ingénieur en faveur d'un métier moins bien rémunéré présentant de gros risques.
Andrea Clark exerce depuis quinze ans le métier de pompier et d'auxiliaire médicale. Elle a raconté son histoire à la journaliste indépendante Phyllis McIntosh.
J'exerçais depuis un peu plus d'un an la profession d'ingénieur quand j'ai décidé que je n'étais pas faite pour ce travail. Ce que je voulais, c'était devenir pompier. Après avoir obtenu, en 1991, une licence d'ingénieur en électronique, j'avais été engagée par l'armée de terre dans ses laboratoires de vision nocturne où mon travail portait principalement sur les contrats relatifs à la fabrication de caméras particulières. Mon patron insistait pour que je suive tous les cours afin de continuer à obtenir de l'avancement mais je suis une personne active et n'aime pas rester assise. Je connaissais déjà la lutte contre l'incendie car j'avais été pompier volontaire quand j'étais étudiante, si bien que j'ai décidé que le moment était venu pour moi de changer de carrière.
Je me suis inscrite à un programme de lutte anti-incendie dans un community college local et j'ai passé la série d'examens écrits et physiques nécessaires pour être engagée comme pompier professionnel. J'ai obtenu des offres simultanées d'emploi de la ville et du comté de Fairfax (nord de la Virginie). Il s'agissait d'une importante décision et j'ai fini par opter pour le petit service municipal de sapeurs-pompiers qui comptait deux casernes et 65 personnes. Il y règne une ambiance familiale. Nous nous connaissons tous et nous nous voyons plus souvent que les gens qui travaillent pour le département de sapeurs-pompiers du comté, qui comporte 41 casernes.

J'étais la deuxième femme engagée par ce département. Une chose que j'ai apprise, c'est de ne jamais dire que vous savez faire une chose dont vous n'êtes pas capable. Je connais mes limites et ne craignais pas de demander de l'aide ou des précisions, choses que les hommes respectaient.
J'aime le métier de pompier parce que chaque appel que nous recevons est différent, que nous répondions à un appel d'urgence en faveur de services médicaux, à un signal d'alarme d'incendie ou que nous allions lutter contre un incendie dans un immeuble. C'est un travail physiquement astreignant. Mais j'ai toujours été une personne active en bonne forme physique et je faisais du sport quand j'étais jeune, si bien que le fait de rester active était ce qui m'intéressait dans ce travail.
Il s'agit d'un travail fondamentalement dangereux mais ce n'est généralement pas la première chose qui me vient à l'esprit. Le fait de ramper dans un immeuble en feu ou de lutter pour éteindre l'incendie d'une voiture est une chose qui me passionne.
Au cours de mes 15 années dans le département, j'ai gravi les échelons de la profession. J'avais débuté comme pompier, étais devenue auxiliaire médicale puis lieutenant et avant de passer cinq ans comme capitaine des pompiers. J'inspectais les bâtiments de la ville pour m'assurer qu'ils respectaient le code. Lorsqu'un incendie se produisait, j'enquêtais pour déterminer s'il s'agissait d'un accident ou d'un incendie volontaire et j'avait des pouvoirs de police me permettant de procéder à une arrestation, si cela s'avérait nécessaire.
Pendant ce temps, j'ai eu deux enfants. maintenant âgés de 11 et 6 ans et j'ai décidé que j'avais besoin de reprendre le service d'équipe, de façon à pouvoir consacrer davantage de temps à ma famille. Un poste de capitaine se présenta et c'est celui que j'occupe maintenant. Cela signifie que je dirige la station quand je suis de service. Je travaille pendant 24 heures, puis je me repose pendant 24 heures, dans un cycle de 5 jours. J'ai ensuite quatre jours de repos. Je peux souvent conduire mes enfants à l'école et venir les chercher et nous faisons des choses ensemble l'après-midi. Il m'est facile de visiter leur école.
J'ai 40 ans et j'aime beaucoup ce que je fais. J'espère prendre ma retraite à l'âge de 50 ans avec 25 ans d'ancienneté. La prochaine étape de ma carrière serait celle de chef de bataillon, fonction qui peut comprendre le commandement des opérations lors d'un incendie ou d'un accident. Je ne tiens pas à la franchir actuellement mais dans cinq ans, la situation sera peut-être différente.
Quand les gens m'interrogent sur un changement de carrière, je leur réponds : faites ce que vous avez envie de faire. Si vous n'aimez pas ce que vous faites, vous n'aimerez pas vous rendre au travail chaque jour. Mon salaire a été réduit de 15.000 dollars quand j'ai changé de profession mais l'argent ne comptait pas pour moi. Je voulais être heureuse. Je n'avais que 25 ans, je n'avais pas d'enfants et, qui plus est, j'avais le temps et l'énergie nécessaires pour poursuivre une nouvelle carrière.
Je ne suis pas toujours entièrement satisfaite quand je rentre à la maison, après mon service. Nous n'avons pas toujours à lutter contre un incendie. Mais il y a des jours où nous aidons une femme à accoucher ou sauvons la vie d'un homme souffrant d'une crise cardiaque, ou fournissons simplement des sacs de sable à une femme qui craint que sa maison ne soit inondée pendant une tempête, une femme tellement reconnaissante qu'elle m'a embrassée en pleurant puis m'a envoyé une note de remerciements chaleureuse. C'est pour cela que j'exerce ce métier.