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05 février 2009

L'autonomisation d'une collectivité

 
Gwen Moore embrasse des jeunes filles costumées (Milwaukee Journal Sentinel)
La députée Gwen Moore félicite une troupe de danse le soir de sa première élection au Congrès en 2004.

Gwen Moore

Avant Americorps, il y avait les VISTA (Volunteers in Service to America), créés en 1965 dans le cadre de la Lutte contre la pauvreté lancée par le président Lyndon Johnson. Une dizaine d'années plus tard, une jeune Afro-Américaine s'enrôlait dans les VISTA pour aider son quartier de Milwaukee (Wisconsin) et entamait une vie entière consacrée au service.

 

C'est en 2004 que Gwen Moore a été élue membre de la Chambre des représentants où elle est la première Afro-Américaine à représenter l'État du Wisconsin au Congrès. Avant, elle avait occupé un poste électif pendant 14 ans dans le gouvernement de l'État et elle avait été nommée « VISTA Volunteer of the Decade » (Bénévole de la décennie pour VISTA) 1976-1986.

« Nous trouverons un moyen, ou nous l'inventerons. »

Telle était la devise des Volunteers in Service to America lorsque j'ai prêté serment pour y entrer dans les années 70. Cette devise, je l'ai faite mienne.

Je suis entrée chez les VISTA parce que le quartier où j'avais grandi se désagrégeait. Dans ma ville natale de Milwaukee (Wisconsin), j'étais membre du conseil d'administration de la Midtown Neighborhood Association qui s'efforçait sans grand succès d'extirper ce quartier de la pauvreté.

Ayant toujours vécu à Milwaukee, j'ai pu observer les sables mouvants financiers dans lesquels s'enlisait la collectivité. Les travailleurs qui gagnaient déjà peu devaient payer des primes d'assurance déraisonnables et des taux de prêt exorbitants. Les institutions financières traditionnelles ne voulaient pas desservir les quartiers pauvres. Les commerces tombaient en faillite et fermaient.

Gwen Moore en compagnie de collègues VISTA en 1982 (Corporation for National and Community Service)
Gwen Moore (collier) faisait partie de ce groupe de bénévoles VISTA à l'achèvement d'un programme de formation en 1982.

Au conseil d'administration, nous savions que le manque de ressources bancaires était un élément clé du déclin de notre quartier. Les banques n'investissaient pas dans les quartiers autour de nous et les possibilités qui s'offraient normalement ailleurs n'étaient pour nous qu'illusions. Mon groupe de quartier s'est rendu compte que la collectivité avait besoin d'une institution bancaire locale qui servirait de fondation sur laquelle construire un avenir durable.

Le Conseil m'a demandé de devenir une VISTA - une volontaire au service de l'Amérique - et d'organiser une initiative d'autonomisation financière. Notre projet a consisté à établir la Cream City Community Development Credit Union (Société de crédit mutuel pour le développement de la collectivité de Cream City) qui fournirait des services bancaires de base et des prêts pour des projets créateurs d'emplois, avantageux aux commerces locaux et promoteurs du développement dans les quartiers centraux défavorisés de Milwaukee.

On est partis de rien : nous n'avions ni agrafeuses, ni crayons, ni papier ni bureaux. Nous avons supplié, emprunté, négocié des achats à prix cassés pour obtenir des meubles et des fournitures de bureau. Mes collègues et moi avons travaillé pratiquement tous les soirs, tous les week-ends et même les jours de congé pour transformer notre rêve en une entreprise.

Au début de novembre de ma première année, nous avons appris l'existence d'un programme de prêts du gouvernement fédéral susceptible de nous fournir des fonds de fonctionnement. Nous avions moins d'un mois avant la date de clôture du dépôt des dossiers, le 30 novembre : nous avons travaillé jour et nuit pour rassembler tous les formulaires et la documentation nécessaires. Quelques jours avant la date butoir, nous avons travaillé pendant les vacances de Thanksgiving, assis autour de la table de ma salle à manger. La mise au point de notre demande et de notre plan de développement au milieu des restes de dinde et de sauce aux airelles est un de mes meilleurs souvenirs de cette fête. Notre diligence a porté fruit et nous avons reçu un prêt de 10.000 dollars qui nous a servi de capital de départ pour ouvrir notre société de crédit mutuel.

Mais il nous a ensuite fallu convaincre les résidents de la collectivité. Faisant du porte à porte, nous avons réussi à les persuader d'ouvrir des comptes auprès de Cream City. Le dépôt minimum requis pour ouvrir un compte était de 50 dollars, somme importante pour une collectivité où la majorité des habitants ne percevaient que des allocations, mais nous avons réussi à ouvrir suffisamment de comptes pour prouver que Cream City pouvait devenir une institution de quartier solide.

Lorsque nous avons enfin pu ouvrir les portes de Cream City, j'ai été fascinée par les effets que cette société de crédit mutuel a eus sur la communauté. Les gens ont commencé à penser à se constituer des actifs au lieu d'essayer seulement de joindre les deux bouts. Ils pouvaient investir dans la communauté en obtenant un prêt de construction ou de petite entreprise et ils réinvestissaient dans la collectivité en engageant des résidents ou en nettoyant et améliorant leur environnement proche.

L'activité économique de Midtown a commencé à se développer. Des groupes se sont formés qui ont, à terme, permis d'ouvrir une laverie automatique et une clinique de soins de santé. Cream City a été le point de départ d'une dynamique qui a tiré le développement urbain et amélioré la qualité de vie des habitants. Les autres commerces ont suivi, la collectivité a retrouvé sa fierté et le quartier a connu une renaissance.

Trop de gens pensent que la situation sociale de départ de quelqu'un détermine sa situation d'arrivée. Cela ne m'est pas arrivé et cela ne devrait arriver à personne. Les VISTA - connus maintenant sous le nom d'AmeriCorps-VISTA - ont tout changé pour moi et pour la collectivité où j'ai grandi. Aujourd'hui, plus de 30 ans plus tard, Midtown est en pleine croissance, fière et prospère. La Cream City Federal Credit Union a montré à ce centre-ville pauvre comment reprendre en main sa destinée. Cream City s'est transformée en une autre institution et aujourd'hui, ma famille y mène toujours toutes ses opérations bancaires.

Grâce à mon passage aux VISTA, j'ai appris la valeur des efforts personnels, des coalitions, de la coopération interraciale et de la mobilisation. J'ai acquis plus d'assurance en moi, plus de patience et plus de confiance ainsi que des compétence en finance, en réseautage et en organisation. Et surtout, j'ai compris que l'on peut faire de grandes choses avec la force collective d'une communauté, ce qui a renforcé mon engagement envers le service communautaire. Aujourd'hui, je siège à la Commission des services financiers de la Chambre des représentants et j'ai l'occasion d'aider d'autres collectivités en difficultés. Sans mon service pour les VISTA, je ne crois pas que j'aurais pu atteindre ce poste.

Mais mon passage aux VISTA n'avait pas pour but de m'autonomiser ; il devait autonomiser les individus et la collectivité. Les projets comme la Cream City Community Development Credit Union sont l'héritage des VISA parce qu'ils ont ouvert une route que d'autres ont suivie, la route qui conduit hors de la pauvreté.

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