05 février 2009

Siobhan Dugan
Depuis plus de 40 ans, le gouvernement des États-Unis gère des programmes qui encouragent le volontariat des jeunes. Le très large soutien dont bénéficient ces initiatives illustre l'intérêt de l'aide apportée par les participants. Ces programmes permettent également aux bénévoles de mieux évaluer leurs talents et leurs compétences, et d'en tirer les leçons pour l'avenir.
Siobhan Dugan est spécialiste en communication au sein de la Corporation for National and Community Service, qui chapeaute le programme AmeriCorps. Celui-ci propose chaque année, dans l'ensemble des États-Unis, 75.000 postes de service civique aux adultes qui souhaitent répondre à certains besoins essentiels au niveau local.
Les bénévoles de l'AmeriCorps sont connus pour leur dévouement. Ils aident les élèves après la classe, ils construisent des sentiers de randonnée dans les parcs nationaux, ils luttent contre les feux de forêt et ils participent aux secours lorsque survient une catastrophe. Ce fut notamment le cas lors des attaques terroristes du 11 septembre 2001 et de l'ouragan Katrina. Ils méritent incontestablement la reconnaissance que leur expriment tous ceux à qui ils viennent en aide. Mais que deviennent les bénévoles de l'AmeriCorps lorsque leur mission prend fin ? Celle-ci ne dure en effet qu'un an.
Les bénévoles de l'AmeriCorps affirment dans la plupart des cas que leurs activités de volontariat leur ont permis de développer des compétences utiles pour un futur métier. Ils estiment également que l'AmeriCorps les a aidés à choisir une carrière conforme à leurs désirs. Leurs déclarations sont confirmées par un rapport de 2008 intitulé Still Serving : Measuring the Eight-Year Impact of AmeriCorps on Alumni [Toujours actifs : mesure de l'impact sur huit ans de l'expérience des bénévoles de l'AmeriCorps]. Ce rapport examine l'effet de l'expérience du volontariat sur l'évolution de 2.000 anciens bénévoles de l'AmeriCorps. Il compare, huit ans après la fin de leur mission, la situation de ces bénévoles à celle d'un groupe de contrôle composé de personnes présentant des caractéristiques comparables mais n'ayant pas participé à l'AmeriCorps.
Cette étude est la plus rigoureuse jamais réalisée sur l'impact de l'AmeriCorps sur ses bénévoles. Elle démontre sans ambiguïté que l'AmeriCorps leur permet d'accéder à certains débouchés et leur confère un avantage sur le marché du travail. Environ 80 % des bénévoles ont indiqué que leur service leur avait permis d'accéder à de nouveaux choix de carrière. Plus des deux tiers d'entre eux ont indiqué avoir bénéficié d'un avantage lors de leur recherche d'un emploi après la fin de leur mission.
Au service de la jeunesse
Prenons l'exemple de Brian McClendon. Âgé de 29 ans, Brian a grandi à New York, dans le quartier de Harlem. Après être entré au collège, il a participé au programme de l'association Harlem Children's Zone, qui apporte un soutien éducatif aux élèves du quartier. Il supervise désormais une équipe de l'AmeriCorps, ce qui lui permet de travailler au contact d'enfants profitant du programme dont il avait lui-même bénéficié. Il n'a jamais oublié qu'il était autrefois dans la même situation qu'eux.
Brian estime que ses activités de volontaire de l'AmeriCorps lui ont permis de développer le cadre de référence indispensable pour exercer ses responsabilités actuelles. « Je ne pense pas que je pourrais réussir sans cette base, déclare-t-il. AmeriCorps m'a également permis de travailler avec des familles et des enfants du quartier, et d'apprendre à mieux communiquer avec les autres. C'est une expérience formidable que de pouvoir travailler avec une population aussi diverse et répondre à ses besoins. »
Par son service dans l'AmeriCorps, Brian a acquis de nouvelles compétences, notamment dans les domaines de la gestion des désaccords, de la médiation et de la discipline à l'école. « Mais avant tout, j'ai appris à jouer un rôle influent dans la salle de classe, dans mes écoles et dans mon quartier. »
Son activité au sein de l'AmeriCorps lui a également permis de voir évoluer ses objectifs de carrière. Durant son enfance et son adolescence, Brian pensait faire métier dans les forces de l'ordre. Il est d'ailleurs titulaire d'un diplôme de justice pénale. L'AmeriCorps a changé sa vision des choses, mais son objectif reste de servir la population locale. Il souhaite désormais exercer un rôle de prévention, en agissant avant que les problèmes ne surgissent. « Il est déjà trop tard lorsque la police intervient : l'infraction a déjà été commise. » Brian McClendon considère que les jeunes ont une meilleure chance de réussir si on les aide très en amont, dès leur petite enfance. « Nous avons beaucoup plus d'influence si nous intervenons à ce stade de leur vie. »
Bien qu'il ait conscience des défis qui se posent à la justice pénale, Brian considère que son choix de carrière lui permettra d'avoir un impact plus profond sur les bénéficiaires des services de Harlem Children's Zone. Depuis les années soixante-dix, cette organisation propose un soutien éducatif, des services d'assistance sociale et des programmes de développement communautaire aux enfants et aux familles de Harlem.
Brian poursuit ses études afin d'obtenir une maîtrise en administration publique. « Elle me donnera des compétences et une légitimité en matière de gestion des organismes sociaux. Je n'aurais jamais pensé à suivre cette voie si je n'avais pas acquis une première expérience au sein de l'AmeriCorps. »

Protéger les ressources en eau
À 3.000 kilomètres de là, au Colorado, Torie Bowman contribue en tant que bénévole aux programmes de l'AmeriCorps. Elle prévoit elle aussi de changer son avenir grâce à cette expérience. Comme Brian McClendon, Torie a découvert une nouvelle perspective de carrière, dans la continuité du travail qu'elle effectue actuellement pour l'AmeriCorps.
Âgée de 25 ans, Torie Bowman est chef d'équipe au sein du programme VISTA (« Volontaires au Service de l'Amérique »). Elle travaille pour l'unité chargée de la protection des ressources en eau dans l'ouest des États-Unis. Cette unité est chargée des questions liées à la qualité de l'eau, notamment lorsque celle-ci est affectée par des activités minières. Le programme de Torie vise à renforcer la coopération entre les organisations soucieuses de la protection des bassins versants, en les encourageant à travailler en ignorant les frontières politiques, notamment celles qui séparent les différents États des États-Unis. L'objectif de Torie est de fédérer ces organisations sur des thèmes communs à l'ensemble du bassin situé à l'ouest de la ligne de partage des eaux.
L'une des missions de Torie Bowman est de recruter des volontaires pour le programme VISTA, afin de faire participer d'autres organisations intéressées à la protection du bassin versant. Torie a accompli sa première mission au sein de VISTA l'an dernier en Virginie occidentale, en tant que membre de l'équipe chargée du bassin versant de la région charbonnière des Appalaches. Son travail l'a amenée à s'intéresser aux bassins versants des petites villes de la région, où l'activité minière nuit à la qualité des eaux. « J'ai visité de nombreux sites et développé un réseau afin de mettre en place des partenariats en Virginie occidentale » indique-t-elle. Torie organise en outre des formations et des réunions pour VISTA. Elle prépare également de très nombreux dossiers de subventions.
Cette expérience a incité Torie à passer le test d'aptitude des facultés de droit, son objectif étant de se spécialiser dans le droit de l'environnement. Avant de s'engager dans l'AmeriCorps, elle avait travaillé deux ans en tant que guide de rivière, spécialisée dans la descente des rapides. « Mon activité au sein de l'AmeriCorps a représenté un incroyable changement pour moi. J'ai appris à utiliser mon cerveau et non plus seulement mon corps. »
Torie Bowman détient un diplôme universitaire de premier cycle en histoire de l'art et en religion, obtenu en 2005 à l'Université de Wake Forest. « Ce diplôme explique en partie pourquoi je me suis intéressée à VISTA », déclare-t-elle. « Il ne me permettait pas de déterminer ce dont j'étais capable d'un point de vue pratique. Je voulais faire un travail intensif afin de développer mes compétences. »
Torie a incontestablement atteint son objectif. « J'ai appris pratiquement tout ce que je sais sur moi-même grâce à mon expérience au sein de l'AmeriCorps. J'ai découvert que j'aimais travailler avec les gens. Je peux traiter des dossiers, mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est établir des contacts entre les gens, développer des réseaux et créer des partenariats. Pour accomplir ma mission, j'ai dû analyser les situations et développer mes connaissances, notamment en ce qui concerne la problématique de la qualité des eaux. »
Torie trouve toutefois que le travail au sein d'une organisation à but non lucratif souffre de certaines limitations. « Je pense qu'un diplôme de droit me permettra d'agir de manière plus efficace. Je crois que c'est particulièrement vrai lorsque l'on travaille dans le domaine de la qualité des eaux. » Torie considère que le Colorado constitue un bon tremplin pour ceux qui s'intéressent aux questions de qualité des eaux. Cette problématique est importante où que l'on se trouve, mais l'eau est une ressource rare dans cet État des montagnes rocheuses. Le volume des eaux et leur qualité font l'objet d'une gestion très attentive.
Torie Bowman a déposé son dossier de candidature auprès de plusieurs facultés de droit, notamment auprès de celles spécialisées dans le droit de l'environnement. Elle souhaite également étudier le droit fédéral applicable aux tribus indiennes, auxquelles elle s'intéresse depuis ses études universitaires d'histoire et de religion.
Une communicante au service de la communauté
Âgée de 23 ans, Angelina Moya a terminé en juillet sa mission au sein du Corps national de service civique d'AmeriCorps (NCCC). Elle recherche actuellement un emploi à Aurora (Illinois), où elle est née, ou dans la métropole régionale de Chicago. Angelina est titulaire d'un diplôme universitaire de premier cycle en communication. Elle souhaite trouver un poste dans une association à but non lucratif, où elle pourra faire le meilleur usage de son bagage universitaire et de son expérience du service civique.
« Rechercher un emploi n'est pas chose facile », confirme-t-elle. « Il y a beaucoup de candidats dans la région de Chicago. En outre, les employeurs potentiels ont des problèmes de financement. »
Ceci étant, Angelina confirme que son activité au sein du NCCC lui a apporté une vaste expérience dans de nombreux domaines fondamentaux. Les bénévoles du NCCC travaillent en équipes de dix à douze personnes pendant un an. Ils sont logés ensemble dans des dortoirs.
« L'une des choses les plus importantes que j'ai apprises grâce au NCCC, c'est de savoir comment communiquer avec les autres, indique Angelina. Mon équipe se composait de personnes très différentes, dont certaines avaient une forte personnalité. C'est l'un des défis que j'ai rencontrés à l'occasion de cette expérience, mais aussi l'un des aspects les plus positifs. » Angelina sait qu'il faut faire preuve d'ouverture d'esprit au travail, car on est presque toujours appelé à collaborer avec des gens très différents. « Je crois que je suis un peu plus compréhensive maintenant », confirme-t-elle.
Angelina a travaillé pour le NCCC dans différentes parties du pays, dans le cadre de projets très divers. À Lake Charles (Louisiane), son équipe a participé à un projet organisé par Habitat pour l'humanité au profit des résidents de cette ville dévastée par l'ouragan Rita en 2005. Angelina a ainsi contribué à la construction d'une maison érigée sur des pilotis de 4,20 mètres. Cette méthode lui permettra de résister aux prochains ouragans. L'équipe d'Angelina a également rénové un bâtiment centenaire à Ketchikan (Alaska), afin de le transformer en maison de la jeunesse. De retour en Louisiane, l'équipe a géré l'entrepôt d'Habitat pour l'humanité et assuré la livraison des matériaux nécessaires à la construction de nouveaux logements.
Au-delà de ses tâches quotidiennes au sein de l'équipe, Angelina a également exercé les fonctions de chargée des relations avec les médias. « Avant mon expérience chez le NCCC, mes connaissances de la communication étaient beaucoup trop théoriques. Je devais les approfondir sur le plan pratique. J'ai désormais un solide bagage dans le domaine de l'action civique et j'aime cette activité. Je souhaite continuer dans ce secteur. Mon passage au NCCC m'a aidée à préciser mes objectifs pour l'avenir et mon plan de carrière. »
Bien que leur service dans l'AmeriCorps ait fourni à ces trois protagonistes une expérience qui les aidera à réussir leurs carrières, aucun d'eux ne considère qu'il s'agisse de l'aspect le plus important du programme. L'action des bénévoles de l'AmeriCorps a un immense impact là où ils interviennent. Comme le confirme Brian McClendon : « Je crois que nous avons sauvé de nombreuses vies ; et il en reste beaucoup d'autres à sauver... Je suis sur la ligne de front. »
L'AmeriCorps est un programme de la Corporation for National and Community Service (CNCS). Cette agence de l'administration fédérale des États-Unis contribue à l'amélioration de la qualité de vie, apporte un soutien aux collectivités et gère des programmes de service civique et de volontariat. Chaque année, la CNCS embauche plus de 4 millions d'Américains de tous âges et de toutes formations pour apporter une assistance sur le terrain dans le cadre de ses programmes Senior Corps, AmeriCorps, VISTA, NCCC et Learn and Serve America. Nous vous invitons à visiter le site http://www.nationalservice.gov pour de plus amples informations.