Éducation | La base des réalisations de demain

05 février 2009

Le choix d'un emploi dans un monde en évolution

 
Un jeune homme consulte l'Internet
La municipalité de Los Angeles a créé un service en ligne d'offres d'emploi.

Phyllis McIntosh

Le progrès rapide des techniques et les réalignements économiques ont considérablement bouleversé le marché du travail aux États-Unis et modifié pour les jeunes la façon de choisir un emploi à la fin de leurs études.

 

Journaliste indépendante établie à Washington, Phyllis McIntosh se spécialise notamment dans le secteur de l'emploi.

Par certains côtés, il n'a jamais été aussi facile pour les jeunes Américains de choisir un métier. Ils disposent pour ce faire, au moyen d'un simple ordinateur, d'une immense masse d'information tant sur les possibilités d'éducation que sur le marché de l'emploi. Pourtant, de nombreux jeunes mettent aujourd'hui plus de temps que leurs prédécesseurs à achever leurs études, à trouver un emploi qui leur convient et à faire le choix d'une carrière. Ils se montrent plus exigeants lorsqu'il s'agit d'accepter un emploi, où ils restent d'ailleurs moins longtemps. Pour cette nouvelle génération, la notion de loyauté entre l'employeur et l'employé n'a plus cours.

Voguer sur l'Internet en quête d'emploi

Aucun progrès technologique n'a eu autant d'impact que l'Internet sur la façon dont les Américains recherchent un emploi. Naguère, les étudiants diplômés ou en passe de l'être n'avaient d'autre option que celles de se rendre à des foires d'embauche, de rencontrer des représentants d'entreprises et de compulser des volumes d'information dans les centres d'orientation professionnelle de leur campus pour découvrir les possibilités d'emploi dans leur domaine de spécialisation. Aujourd'hui, ils peuvent à loisir faire des recherches sur les employeurs potentiels par le biais des sites d'Internet des entreprises et même remplir des demandes d'emploi en ligne.

« Beaucoup d'étudiants trouvent qu'il leur est plus aisé d'explorer de manière passive », dit Edwin Koc, directeur de la recherche à la National Association of Colleges and Employers (NACE). « L'inconvénient, c'est qu'il est alors plus difficile pour les employeurs de juger des qualités des postulants. Ici, aux États-Unis, les employeurs ont toujours recours en grande partie aux rencontres en personne avec les candidats et nos enquêtes indiquent que les étudiants qui ont été les premiers à obtenir un emploi sont ceux qui ont combiné des recherches sur le web et des entrevues personnelles avec les employeurs. »

Les plus récents des instruments utilisés en ligne par les demandeurs d'emploi sont les réseaux sociaux, tels Facebook, MySpace et LinkedIn, qui permettent aux utilisateurs de faire savoir instantanément à des centaines de personnes qu'ils sont sur le marché du travail. Les employeurs qui désirent pourvoir divers postes consultent également ces sites. D'après les sondages de la NACE, environ 16 % des employeurs disent recourir aux réseaux sociaux parmi leurs méthodes de recrutement et 7 % des étudiants disent avoir été contactés par un employeur directement par leur réseau social. Le désavantage, pour les demandeurs d'emploi, est qu'une proportion bien plus grande d'employeurs, 44 % (selon un sondage de http://www.Vault.com, site web spécialisé dans l'embauche), se servent de ces sites pour vérifier le profil personnel d'éventuels candidats. Plus de 80 % de ces employeurs déclarent qu'ils y réfléchiraient à deux fois avant d'embaucher quelqu'un dont le profil contiendrait des éléments négatifs.

L'Internet permet également à un nombre sans cesse croissant d'Américains d'obtenir des diplômes universitaires en ligne, ce qui est particulièrement pratique pour les étudiants d'un certain âge qui ont des responsabilités professionnelles et familiales. Toutefois, dans un sondage de Vault, 63 % des employeurs ont déclaré qu'ils donneraient la préférence à un candidat titulaire d'un diplôme traditionnel. Du côté positif, 83 % des employeurs et des responsables de l'embauche considèrent que les diplômes obtenus en ligne sont plus acceptables aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a cinq ans.

L'âge adulte recule

Un jeune homme devant un tableau d'affichage
Dans un « community college » de Cincinnati (Ohio) on peut consulter des affichages d'offres d'emploi disséminés sur le campus.

Si la simple recherche d'un emploi est sans doute plus facile, les jeunes Américains semblent éprouver plus de difficulté lorsqu'il s'agit de décider ce qu'ils veulent faire dans la vie. En fait, nombreux sont ceux qui s'engagent dans une carrière par hasard, au lieu de faire des études avec un objectif de carrière précis en tête, note John Flato, vice-président pour la recherche et la consultation chez Vault. La moitié des étudiants universitaires changent de domaine de spécialisation au cours de leur première année d'études. Et alors que 40 % des étudiants de première année prévoient de faire des études de troisième cycle ou de spécialisation professionnelle, cette proportion n'est plus que de 20 % chez les étudiants de dernière année. Une étude de la NACE a révélé que la plupart des étudiants de niveau universitaire choisissaient un domaine de spécialisation parce qu'ils aimaient les cours dispensés dans ce domaine. À l'exception des matières telles que l'ingénierie, où les études de deuxième cycle constituent strictement une préparation à un métier spécifique, les étudiants n'établissent pas de relations entre leur principal domaine d'étude et ce qu'ils feront dans la vie une fois diplômés, dit M. Koc.

Ce sont peut-être ces incertitudes qui font que les étudiants mettent aujourd'hui en moyenne six ans pour terminer ce qui était jusqu'ici un cycle d'études de quatre ans, dit M. Flato. L'une des raisons, selon lui, serait que les universités veulent conserver leurs étudiants et qu'elles ne permettent pas à ceux qui changent de domaine de spécialisation de suivre davantage de cours pour obtenir leur diplôme dans le délai normal de quatre ans.

Par ailleurs, la fin des études universitaires ne marque pas non plus automatiquement une entrée dans l'âge adulte. Les étudiants se marient généralement plus tard et, pour des raisons économiques, ils sont nombreux à rentrer chez leurs parents. Ceux-ci les accueillent souvent à bras ouverts et continuent de leur accorder un appui financier ; certains restent profondément impliqués dans la vie de leurs enfants adultes, au point même, disent les experts en matière de carrière, de les accompagner aux entretiens en vue d'un emploi ou de téléphoner à un employeur pour savoir pourquoi celui-ci n'a pas engagé leur fils ou leur fille.

Pour beaucoup de jeunes diplômés, le premier emploi n'est qu'une étape préliminaire : la moitié d'entre eux changent d'emploi en l'espace de 12 à 18 mois. « D'une certaine façon, le processus d'exploration qui avait lieu dans le temps à l'université a lieu maintenant durant les premières années de la vie professionnelle, dit Daniel Pink, auteur et conférencier traitant des questions de carrière et d'emploi. Quelques cahots [dans le choix d'une carrière] sont inévitables et, je crois, très sains quand on a un marché du travail difficile à prévoir. »

Nouvelles tendances

L'une des tendances les plus significatives qui se manifestent aux États-Unis est la disparition de la loyauté à long terme de l'employé envers l'employeur. Les jeunes savent que la façon la plus rapide de faire avancer leur carrière - et leur salaire - est de changer d'emploi et, contrairement à leurs parents et grands-parents, peu d'entre eux s'attendent à travailler pour la même entreprise pendant des décennies. Ils n'attendent pas non plus de grosses preuves de loyauté ni de sécurité de l'emploi de la part de leurs employeurs. « Les gens voient leurs amis et leurs parents passer par des licenciements, des mises à pied et des acquisitions, et ils se disent que si les entreprises se comportent ainsi, ils ont intérêt à veiller eux-mêmes à leurs propres intérêts », note M. Flato.

Les employeurs, quant à eux, ont facilité plus que jamais le changement d'emploi. L'assurance maladie entre généralement en vigueur immédiatement pour les nouveaux employés sans qu'il leur soit imposé de période d'attente, et les pensions de retraite traditionnellement versées par les entreprises ont été remplacées par les plans de pension 401(K). Les employés contribuent eux-mêmes à ces plans et conservent la propriété des fonds lorsqu'ils changent d'employeur.

Plus que toute autre génération antérieure, les jeunes Américains d'aujourd'hui veulent exercer un emploi valorisant. Les sondages indiquent qu'ils recherchent des employeurs respectueux de l'environnement et socialement responsables, et des métiers où leur travail peut faire une différence dans le monde. Ils gravitent autour d'entreprises qui leur offrent sur place divers agréments, tels qu'un centre de gym, des soins médicaux, une garderie, un salon de coiffure, des services de blanchisserie et de nettoyage à sec, grâce auxquelles il est plus facile de concilier les impératifs de la vie professionnelle et personnelle. Dans plusieurs sondages récents, les étudiants universitaires auxquels il avait été demandé de nommer leur employeur idéal ont placé en tête de liste la société Google, géant des moteurs de recherche sur l'Internet, connue pour sa cafétéria gratuite de haute qualité nutritionnelle et culinaire et d'autres services pour ses employés.

Pour un grand nombre de jeunes, l'emplacement géographique de l'entreprise joue pour beaucoup dans la décision d'accepter un emploi. Certains aspirent à un style de vie spécifique dans une grande ville, ou à proximité, ou dans une région particulière du pays. En revanche, selon une étude de la NACE, beaucoup donnent également la préférence aux lieux qui leur sont familiers et refusent les offres d'emplois qui les obligeraient à s'éloigner de leur région natale.

Malgré ces exigences particulières, les récents diplômés de l'université pourront se voir offrir des possibilités d'emploi relativement bonnes, disent les experts, dans une économie américaine qui s'extraira de la récession. Les jeunes recrues présentent des avantages pour les employeurs, étant moins coûteuses à embaucher et plus réceptives à la formation en cours d'emploi que les employés plus chevronnés. Le départ en retraite au cours des années à venir des travailleurs nés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ceux que l'on appelle les « baby boomers », dégagera un grand nombre d'emploi, en particulier dans le secteur gouvernemental et l'enseignement, pronostique M. Koc. Il ajoute que les perspectives d'emploi resteront bonnes pour les jeunes spécialisés en administration des entreprises, domaine de spécialisation le plus populaire auprès des étudiants américains, bien que de nombreux emplois dans le secteur des finances aient sombré dans les remous des crises qu'ont connues les marchés américains à la fin de 2008.

À mesure que les tâches routinières sont prises en charge par les outils informatiques, « les qualités telles que l'esprit artistique, l'invention, la chaleur humaine et l'aptitude à voir les choses dans leur ensemble, déjà recherchées aujourd'hui, croîtront également en importance », dit Daniel Pink.

Une chose est certaine : dans la conjoncture actuelle, rien n'est plus constant que le changement, tant dans l'optique des jeunes Américains concernant leur carrière que dans les types d'emplois qu'ils exerceront. Comme le note M. Pink, « certains jeunes peuvent s'attendre à obtenir d'ici 10 ou 20 ans des emplois dans des secteurs d'activité qui n'existent pas encore et à pratiquer des métiers qui n'ont même pas encore de nom aujourd'hui. »

Les opinions exprimées dans la présente interview ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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