05 février 2009

Richard Bolles
La manière dont un jeune fait son choix de carrière varie selon les pays. Un expert en gestion de carrières examine les pratiques locales pour eJournal USA.
Richard Bolles est l'auteur de l'ouvrage intitulé « De quelle couleur est votre parachute ? ». Ce guide consacré aux choix de carrières et à la recherche d'un emploi a été réédité dix fois au cours des trente dernières années. Il a été traduit dans plus de vingt langues.
Commençons par une histoire.
Imaginons une vallée magnifique abritant toutes sortes d'arbres fruitiers. On vous demande de choisir un de ces arbres, dont les fruits vous appartiendront. Pour vous aider dans votre choix, les différents fruits offerts ont été installés sur une petite table à l'entrée de la vallée. Vous pouvez y goûter afin de faire votre choix. Après avoir fini votre dégustation, vous indiquez le fruit que vous préférez. Vos hôtes vous demandent alors de les suivre dans la vallée, où ils vous montrent un arbre superbe. « Voici votre arbre », vous annoncent-ils.
Vous vous apprêtez à sauter de joie, lorsque vous vous apercevez que le fruit le plus bas est suspendu à plus de sept mètres au-dessus du sol. En théorie, vous avez le fruit que vous avez choisi. En pratique, il est inaccessible....
Vous pourriez vous résigner à la défaite et renoncer à le cueillir. Au lieu d'abandonner, vous décidez de trouver une méthode pour atteindre votre objectif !
Vous essayez tout d'abord de faire tomber le fruit en jetant des pierres sur les basses branches de l'arbre. Cette méthode échouant, vous en essayez une seconde : vous réunissez plusieurs de vos amis et vous formez une pyramide humaine en montant les uns sur les épaules des autres. Vous espérez cueillir le fruit lorsque vous aurez grimpé comme un acrobate au sommet de la pyramide ! Mais vos amis chancellent et la pyramide commence à s'effondrer sous votre poids.... Vous avez alors une nouvelle idée. Vous allez à la bibliothèque publique et, grâce à votre lecture et à l'aide apportée par ces mêmes amis, vous construisez une échelle de neuf mètres en bois ou en bambou. Vous transportez ensuite l'échelle en-dessous de votre arbre et vous cueillez le fruit convoité.
Ceci fait, vous sortez à l'autre bout de la vallée. Là, un inspecteur vérifie que le fruit vous appartient bien avant de vous autoriser à le conserver.
Comme vous l'avez peut-être deviné, cette histoire est une parabole évoquant les quatre étapes du lancement d'une carrière aux États-Unis :
1. Choisir une carrière qui vous passionne. Cette étape est représentée par le choix d'un fruit à l'entrée de la vallée.
2. La recherche d'un emploi. Cette étape est représentée par le fait que vous ne pouvez pas atteindre ce fruit immédiatement. Nous touchons ici à l'une des principales leçons de cet article : vous n'aboutirez à rien si vous faites un choix de carrière sans savoir comment procéder efficacement à la recherche d'un emploi. L'inverse est tout aussi vrai : tout comme votre choix de carrière est voué à rester à l'état de rêve si nous ne savez pas comment gérer votre recherche d'emploi, une recherche d'emploi effectuée avant d'avoir fait un choix de carrière n'est qu'un exercice inutile ! Aux États-Unis, votre rêve ne pourra devenir réalité que si vous maîtrisez les deux facettes du lancement d'une carrière. Vous perdrez votre temps dans le cas contraire.
3. Les différentes méthodes de recherche d'un emploi. Les pierres jetées sur l'arbre, la pyramide humaine et l'échelle de notre parabole illustrent la diversité des outils permettant de trouver un emploi. Plusieurs méthodes sont utilisées couramment aux États-Unis : envoyer des curriculum vitae aux employeurs potentiels (jeter des pierres sur un arbre pour en faire tomber les fruits...), faire jouer ses contacts (construire une pyramide humaine pour atteindre le fruit), développer ses compétences en recherche d'emploi : profitez de la crise actuelle pour apprendre des leçons qui vous seront utiles toute votre vie. Vous y arriverez en faisant l'inventaire de vos compétences, en apprenant à les mettre en valeur et en identifiant les besoins des employeurs potentiels (le tout correspondant à l'image de la construction d'une échelle).
4. Réussir son entretien d'embauche. Dans notre parabole, cette étape est représentée par l'inspection de sortie à l'extrémité de la vallée.
Gardons en tête cette parabole sur le système américain et voyons comment le choix d'une carrière et la recherche d'un emploi sont différents dans le reste du monde (sachant que ces deux aspects sont étroitement liés où que l'on se trouve).
Quel que soit le pays concerné, ce processus fait penser à un arc-en-ciel : même si l'on choisit une couleur, ou si une couleur domine, les autres couleurs sont toujours présentes avec plus ou moins d'intensité. Il serait donc absurde de penser qu'il n'existe qu'une seule méthode de choix de carrière et de recherche d'emploi dans un pays donné. Il y a en général autant d'exceptions qu'il y a de règles. Mais nous pouvons discerner des approches ou des tendances dominantes, qui ne concernent souvent que certaines des classes sociales du pays concerné.

Ces réserves étant faites, examinons les différentes variantes existant de par le monde. Autrement dit, examinons les différents arcs-en-ciel.
Choix de carrière. Il existe des pays où l'on rencontre des gens qui font leur métier en raison de circonstances qui leur échappent. Les jeunes qui appartiennent à ces cultures n'ont aucune idée des carrières qui s'ouvrent à eux. Bien souvent, ils ne disposent d'ailleurs pas du savoir qui leur permettrait de se poser la question. À l'autre extrémité de ce même arc-en-ciel, il existe des pays où le choix d'une carrière, tout en étant une étape importante, revient de fait à la famille tout entière. C'est elle qui va orienter la décision. Le choix est collectif plutôt qu'individuel. Il vise à accroître le prestige de la famille où à lui permettre de se présenter sous la meilleure « face » (dans de nombreuses cultures, la notion de « face » exprime la réputation d'une famille ou son statut social). Il est intéressant de noter que, même dans les sociétés où le terme « face » n'est pas utilisé, il est souvent fait appel à un critère similaire lors du choix d'une carrière : celle-ci confère-t-elle automatiquement un statut social prestigieux à l'individu concerné ou à sa famille ? Les ingénieurs, les docteurs et les professeurs sont en général très bien considérés, alors que les hommes d'affaires et les hommes politiques sont nettement moins bien vus. Les choix individuels tiennent toujours compte de ces considérations.
La recherche d'un emploi. Il existe des cultures où la recherche d'un emploi obéit à des règles relativement rigides, du moins au sein de certaines classes sociales. La méthodologie est imposée, voire ritualisée : « Ici, on fait ça comme ça et pas autrement ! » Ainsi, en Irlande du Nord, la loi exige-t-elle que les candidats à certains emplois se voient poser exactement les mêmes questions. Dans d'autres pays, le rituel ne fait pas l'objet d'une loi impérative mais prend la forme d'une attente quasiment systématique. Ainsi, dans certains pays d'Amérique latine, il est attendu des candidats qu'ils fournissent aux entreprises un dossier pouvant atteindre dix pages ou plus, et ce avant le premier entretien. Ce dossier contient un curriculum vitae de trois à cinq pages, voire plus, les carnets scolaires du candidat, des photocopies de ses diplômes et de ses certificats professionnels, des lettres de recommandation de ses anciens employeurs, etc. L'objectif est que le candidat fasse preuve de sa bonne foi avant même que l'entreprise ne le lui demande, en prouvant qu'il est bien celui qu'il prétend être. Dans d'autres cultures, notamment en Europe, les parties prenantes affirment que la recherche d'un emploi prend la forme d'un processus bien organisé et codifié, même s'il apparaît clairement que cette vision est inexacte. Cette illusion se rencontre également dans bien des cas aux États-Unis.
Les différentes méthodes de recherche d'un emploi. On trouve les États-Unis et des pays d'un niveau de développement similaire à l'une des extrémités de l'arc-en-ciel de la recherche d'un emploi : les candidats sont libres d'utiliser toutes les méthodes de recherche auxquelles ils peuvent penser. Tant mieux pour ceux qui savent imaginer une nouvelle méthode que personne n'avait envisagée auparavant ! Il n'existe aucune limite, sauf celles imposées par le bon goût. Les bizarreries sont également à proscrire. J'identifie seize méthodes différentes de recherche d'emploi dans mon livre intitulé De quelle couleur est votre parachute. Les trois méthodes principales sont celles illustrées par la parabole figurant au début de cet article : envoi de curriculum vitae, mise en œuvre des réseaux, démarche structurée. Mais contrairement à ce qui se passe dans ma parabole, ces méthodes ne sont généralement pas appliquées les unes après les autres, mais simultanément en fonction du poste recherché.
Réussir son entretien d'embauche. La diversité de l'arc-en-ciel représentant l'entretien d'embauche est particulièrement impressionnante. Principale différence selon les pays ou l'on se trouve : l'entretien et l'emploi sont-ils envisagés sous l'angle individuel ou sous l'angle collectif ? Nous savons que l'approche individuelle prévaut aux États-Unis. L'entretien est axé sur le candidat, qui doit expliquer pourquoi il serait particulièrement qualifié pour le poste, notamment lorsqu'on le compare à d'autres candidats ayant un bagage similaire. Il doit décrire les résultats obtenus lors de ses fonctions précédentes et en apporter la preuve. C'est le candidat en tant qu'individu qui décidera de solliciter le poste ou pas, puis d'accepter ou de rejeter les propositions qui lui auront été faites.
Ce processus n'a pas cours dans de nombreux pays, notamment ceux où la culture dominante est axée sur le rôle de la famille. Le travail et les entretiens mettent alors l'accent sur l'intérêt collectif, l'appartenance sociale et l'équipe.
Dans certains cas, notamment en Asie ou chez les Maoris, la famille participe à l'entretien afin de représenter les intérêts locaux. Son rôle est alors de fournir les informations que le candidat aurait omis de mentionner, où auxquelles il n'aurait pas fait référence par pudeur. Le rôle des membres de la famille sera ensuite de décider du poste et de l'entreprise que le candidat pourra choisir, afin de présenter la famille sous la meilleure « face ».
Entretien axé sur l'intérêt collectif. Ce n'est pas l'individu qui réussit selon cette philosophie, mais le groupe ou l'équipe. Il existe d'ailleurs des cultures où l'employeur, s'il souhaite que l'équipe travaille de manière optimale, ne devra embaucher que des personnes originaires de la même ville ou de la même communauté.
Les candidats doivent donc profiter de l'entretien pour expliquer ce qu'ils ont apporté aux équipes ou aux groupes avec lesquels ils ont travaillé précédemment. Le candidat serait considéré comme prétentieux s'il en faisait plus, notamment en essayant de se distinguer des autres membres du groupe. Cette prohibition est bien résumée par l'adage japonais selon lequel « il faut taper sur le clou qui dépasse, afin qu'ils soient tous enfoncés de manière identique ». En Australie et en Nouvelle-Zélande, on dit que le coquelicot qui a le plus grandi est celui que l'on coupe en premier ! À bon entendeur...
Vous avez donc tout intérêt à ne parler de vos qualités qu'en termes de valeur ajoutée : ce concept est quasiment universel.
Comme nous venons de le voir, le processus de choix d'une carrière et de recherche d'un emploi varie selon les pays. Ceux qui vont se trouver dans cette situation peuvent en tirer quatre leçons :
1. Faites un inventaire de vos forces et de vos faiblesses. Apprenez à vous connaître le mieux possible (vous pouvez faire les exercices proposés dans le livre De quelle couleur est votre parachute, ou dans des ouvrages similaires). Faites une liste des compétences transférables que vous possédez, notamment celles qui pourraient être utiles à une entreprise ou à une équipe donnée.
2. Utilisez l'Internet, contactez les employeurs potentiels par téléphone, parlez aux gens qui travaillent dans les domaines qui vous intéressent et réunissez toutes les informations que vous pourrez sur les entreprises et les organisations où vous aimeriez travailler. Vous ferez une meilleure impression que les autres candidats si vous en savez plus qu'eux sur l'entreprise lors de votre entretien. Les entreprises aiment qu'on les aime !
3. Apprenez à connaître les méthodes de recherche d'emploi dans les pays où vous souhaitez travailler. Parlez à plusieurs personnes qui ont trouvé du travail dans ces pays et demandez leur comment elles ont procédé. Prenez des notes.
4. Faites preuve d'imagination. Parlez avec des gens dont vous savez qu'ils n'ont pas suivi une démarche classique, mais qui ont néanmoins trouvé un travail qui leur plait. Rencontrez-les en personne si c'est possible, et demandez-leur comment ils ont procédé. Notez tous les détails afin d'élaborer un plan de rechange. Il vous permettra de vous adapter si vous n'arrivez pas à vos fins en utilisant la démarche classique dans le pays concerné.
Vous ne recherchez pas seulement un travail : vous espérez assurer votre avenir et réussir votre vie. Et dans la recherche d'un emploi comme dans la vie, l'espoir appartient à ceux qui ont toujours une solution de rechange pour atteindre leurs objectifs et donner un sens à leur existence.
D'autres informations sur la recherche d'un emploi sont disponibles sur le site web de l'auteur : http://www.jobhuntersbible.com/
Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues du gouvernement des États-Unis.