17 septembre 2009
Les dépenses sur l'infrastructure pourraient prendre la relève des consommateurs devenus réticents.

Washington - Dans un dessin humoristique publié sur le site Internet CartoonStock.com, un homme au guichet des « Personnes disparues » demande : « Pouvez-vous me dire où est passée la confiance du consommateur ? » - une question qui se pose maintenant que l'Indice de confiance du consommateur frôle ses plus bas niveaux. Le consommateur américain, dont les dépenses avaient été pendant longtemps la locomotive de la croissance économique aux États-Unis et ailleurs dans le monde, est dans un sens, porté disparu.
La fin de l'ère de la consommation débridée
De la fin des années 1990 à 2007, le consommateur américain a dépensé de plus en plus, tirant parti de l'augmentation de la valeur de son domicile, de la réduction des taux d'intérêt et des grandes facilités de crédit qui lui était offertes. Les Américains empruntaient contre la valeur nette réelle de leur maison et à d'autres sources de crédit auxquelles ils avaient accès pour acquérir toutes sortes de biens et de services. Mais leur activité d'achat frénétique a pris fin en 2007, quand la valeur des maisons a commencé à chuter et les sources de crédit à tarir. À la fin de cette année-là, le consommateur américain s'est réveillé, pour ainsi dire, avec une gueule de bois économique : 14 mille milliards de dollars en pertes dans la valeur de sa fortune (notamment en titres), une dette moyenne pour les particuliers s'élevant à 133 % de leur revenu, contre 90 % une décennie plus tôt, et presque 0 % d'épargnes par rapport au revenu disponible, alors que ce chiffre était de 3,5 % en 2001.
Confrontés à cette nouvelle réalité, les consommateurs ont remis leurs portefeuilles dans leur poche, provoquant une chute soudaine des niveaux des dépenses qui est venue aggraver la récession. Aujourd'hui, de nombreux Américains cherchent à réduire leurs dettes et à augmenter leur épargne plutôt qu'à aller sur l'Internet ou au centre commercial du coin pour profiter des soldes. C'est une tendance qui n'a que trop tardé à venir mais qui durera vraisemblablement un bon bout de temps, disent de nombreux économistes. Cela signifie que la croissance sera moins robuste mais plus durable.
Alors que les « baby boomers » (la génération d'Américains nés entre 1946 à 1964) atteignent l'âge où on ne les considère plus comme les consommateurs les plus dépensiers, ils s'intéresseront de moins en moins aux activités d'achat. Selon un sondage d'opinion effectué en mars par le McKinsey Global Institute, plus de la moitié des consommateurs américains prévoient de continuer à limiter leurs dépenses même après le redressement économique.
Quelles seront les sources de la croissance économique ?
Il faudra trouver de nouvelles sources de croissance économique à moyen et long termes pour contrebalancer la baisse dans la demande chez le consommateur, indiquent de nombreux experts.
Les investissements du secteur public dans l'infrastructure semblent être la réponse la plus prometteuse à cette question dans le proche avenir, dit Sherle Schwenninger, de la New America Foundation, un groupe de réflexion en matière de politique économique. Les projets de réhabilitation de l'infrastructure peuvent créer de la demande sur les marchés, des emplois et des revenus, à court terme, et ils contribuent à susciter la productivité de manière durable, a précisé M. Schwenninger. Cette productivité accrue conduira à son tour à des revenus plus élevés qui encourageront les dépenses des particuliers et même de nouvelles épargnes dans l'avenir. Chaque milliard de dollars déboursés dans des projets d'autoroutes nationales produit plus de 6,2 milliards de dollars en activité économique, selon les chiffres du ministère fédéral des transports.
Mais les projets d'infrastructure sont coûteux. De l'avis de certains économistes, ces dépenses pourraient s'élever à plusieurs milliers de milliards de dollars au cours de la prochaine décennie si l'on veut réhabiliter l'infrastructure routière principale des États-Unis pour qu'elle se conforme aux normes internationales. Le chercheur Desmond Lachman, de l'American Enterprise Institute, un autre groupe d'étude, s'inquiète, lui, du rôle croissant que joue le gouvernement dans l'économie et de l'ampleur prodigieuse des investissements de fonds publics qui sont envisagés.
La dette nationale énorme qui découlerait des dépenses d'infrastructure, les coûts (éventuels) des réformes du système de santé si elles venaient à être adoptées, et les fonds fédéraux déboursés dans le cadre de la loi sur la relance économique de 2008 vont vraisemblablement conduire à une hausse des taux d'intérêt sur les prêts durables, ce qui à son tour découragera les investissements privés, a dit M. Lachman. La Maison-Blanche estime que le déficit du budget fédéral atteindra 11 % du produit intérieur brut (PIB) au cours de l'année budgétaire qui prendra fin le 30 septembre, contre 3 % l'année précédente. La dette nationale va presque doubler au cours de la prochaine décennie pour atteindre 23 mille milliards de dollars - soit 76,5 % du PIB, a indiqué la Maison-Blanche. La Chine, qui est l'un des pays qui détiennent les plus grandes quantités d'obligations du Trésor américain, s'inquiète de ces importants déficits américains qui risquent de réduire davantage la valeur du dollar américain et de leur portefeuille d'actions.
Pour sa part, M. Schwenninger a indiqué qu'à long terme, la croissance économique pourrait découler des exportations technologiques des États-Unis. La demande de biens et de services de technologie de pointe proviendra des économies émergentes une fois que les pressions pour de meilleurs salaires auront contraint les entreprises locales à accroître leur productivité. Une telle évolution serait bénéfique aux sociétés américaines spécialisées dans les technologies d'amélioration de la productivité et de l'utilisation efficace de l'énergie.
Le consommateur américain rejoindra-t-il un jour le banquet de la consommation ?
Ne sonnons pas trop vite le glas du consommateur américain. Le McKinsey Institute souligne que la plupart des Américains qui se comportent de manière frugale aujourd'hui, le font de leur gré et non par nécessité. Ils pourraient bien rejoindre la fête une fois que les conditions économiques se seront améliorées. Le directeur du Centre d'étude des politiques européennes basé à Bruxelles, Daniel Gros, est d'accord, pour la simple raison, dit-il, que personne n'est prêt à prendre la place du consommateur américain. « La croissance économique mondiale restera vraisemblablement faible jusqu'à ce que celui-ci se remette de cette crise. »
Le gouvernement Obama et la plupart des économistes américains pensent toutefois que la future demande à la consommation devra provenir d'une autre source. « Le redressement de l'économie américaine doit se fonder davantage sur les exportations et moins sur le rôle du consommateur », pense Lawrence Summers, le principal conseiller économique du président Obama.
Mais M. Lachman s'inquiète du fait qu'à son avis, les pays qui comptent sur les exportations attendent de voir que l'économie américaine se redresse et relance la croissance mondiale. De faux espoirs quant au retour du consommateur américain dans son rôle de locomotive de l'économie pourraient au contraire retarder la relance aux États-Unis et dans le monde et empêcher la Chine, l'Allemagne, le Japon et d'autres pays d'entamer les réformes qui sont nécessaires à leurs propres économies et qui peuvent susciter la demande intérieure, souligne M. Lachman.