07 octobre 2009

Washington - Il faut éviter que le monde retombe dans une croissance économique déséquilibrée, fondée sur les dépenses des consommateurs dans certains pays et sur la domination des exportations par d'autres, a déclaré le ministre des finances des États-Unis, M. Timothy Geithner.
« Nous observons actuellement la stabilisation de l'économie et le début d'un redressement », a-t-il indiqué dans un communiqué rendu public le 6 octobre par le vice-ministre des finances, M. Mark Sobel, à l'Assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui se tient à Istanbul. « Mais ne crions pas victoire car les conditions demeurent fragiles. »
« La communauté internationale doit mettre en vigueur les mesures cruciales qui sont nécessaires pour maintenir l'économie sur la voie de la relance et contribuer à la création d'emplois, renforcer les instances de réglementation et commencer à préparer de concert les stratégies de sortie de cette situation », a indiqué M. Geithner. Celui-ci a invité le FMI à surveiller rigoureusement l'économie mondiale pour repérer les tendances qui risqueraient de conduire à la prochaine période d'expansion insoutenable. Mettre fin au cycle de forte expansion et de ralentissement est l'un des objectifs clés du groupe des Vingt (G20), qui représentent les principales économies mondiales. L'alternance entre ces deux périodes d'expansion et de ralentissement extrêmes peut dévaster les économies nationales et régionales.
Dans le cadre des nouvelles mesures adoptées récemment par le G20 lors des sommets de Londres et de Pittsburgh, le FMI doit fournir une analyse des économies des principaux pays du monde pour déterminer si leurs gouvernements mettent en vigueur une politique économique et notamment des décisions sur leurs taux de change conformes aux objectifs du G20, a souligné M. Geithner dans son communiqué. « Le FMI devra être l'institution qui révèle la vérité », dit-il. « Pour sa part, la Banque mondiale devra œuvrer surtout pour bâtir une capacité d'adaptation de l'économie aux crises éventuelles de même que les fondations de la prospérité. »
Alors que le monde émerge de la récession la plus grave depuis les années 1930, les pays les plus pauvres auront besoin du soutien ferme et durable des banques multilatérales de développement, a dit M. Geithner. « Élément central de ce système multilatéral pour le développement, la Banque mondiale est la mieux placée pour relever les défis qui exigent une réponse coordonnée à l'échelle internationale. Elle doit organiser ses travaux sur la base des trois priorités qui ressortent à l'heure actuelle : l'agriculture et la sécurité alimentaire, l'appui aux écologies les plus fragiles, et la facilitation de la transition vers une économie verte. »
Les États-Unis appuient les initiatives du FMI et de la Banque mondiale qui visent à élargir la représentation des États membres et à renforcer la légitimité de ces institutions, a indiqué par ailleurs M. Geithner. Le FMI s'est engagé à réattribuer 5 % des quotes-parts aux pays émergents et sous-représentés dans cet organisme d'ici janvier 2011. Pour sa part, la Banque mondiale réattribuera, d'ici la tenue de ses réunions de printemps 2010, au moins 3 % du pouvoir de vote aux pays en développement et émergents pour un total de 47 % des voix ; mais son président, M. Robert Zoellick, a exhorté les États membres à aller au-delà du quota prévu dans les réformes et à faire passer à 50 % la part des voix accordée aux pays en développement.
Lors d'une conférence de presse tenue le 5 octobre, M. Zoellick a dit que le Groupe de la Banque mondiale avait avancé dans ses travaux visant à mettre au point quatre mesures qui permettront d'assurer que les pays en développement puissent jouer un rôle plus important dans la gestion de la Banque, de faire en sorte que celle-ci ait les ressources nécessaires pour atteindre ses objectifs de développement, de créer une nouvelle institution dont le rôle sera de fournir rapidement des dons et des prêts ne portant pas d'intérêt aux 79 pays les plus pauvres du monde et de mettre en pratique l'appel lancé par le G20 en faveur de la création d'un mécanisme d'appui à la sécurité alimentaire financé à hauteur de 20 milliards de dollars. L'insécurité alimentaire dans plus de 50 des pays les plus pauvres du monde a aggravé l'instabilité régionale et la menace de violences, une situation à laquelle la Banque mondiale s'est engagée à remédier.
« Nous avons peut-être réussi à stopper la chute des marchés financiers mais nous sommes encore loin de la relance autonome qui peut conduire à de nouveaux emplois, de meilleurs revenus et des possibilités économiques plus vastes », a souligné M. Zoellick. Il a ajouté qu'on ignorait quand la relance se ferait dans le secteur privé qui offre le plus grand nombre d'emplois, tout comme on ignorait qui remplacerait le consommateur américain comme source principale de la demande dans une économie encore faible ; et malgré les signes de relance de l'économie mondiale, celle-ci risque encore de stagner.
« C'est une période difficile pour les gouvernements et leurs budgets sont sous pression », a dit M. Zoellick, « mais les membres du Comité du développement du FMI ont donné leur aval à l'engagement pris à Pittsburg par le groupe des Vingt pour faire en sorte que le Groupe de la Banque mondiale soit doté des ressources nécessaires » pour mener à bien sa tâche. Au cours des prochains moins, le Groupe mènera les études appropriées pour évaluer le statut des ressources de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement et de la Société financière internationale dans le but de décider, pour la première fois en 20 ans, d'une augmentation générale du capital de cette institution, a précisé M. Zoellick.