29 mai 2009

Washington - Les échanges commerciaux des pays en développement, qui subissent les contrecoups du ralentissement de l'activité économique mondiale, sont aussi entravés par la réduction du financement des transactions commerciales. C'est là un problème que le Groupe de la Banque mondiale et le G20 cherchent activement à résoudre.
Une filiale de la Banque mondiale, la Société financière internationale (SFI), a lancé un nouveau programme (Global Trade Liquidity Program) qui vise à accroître le financement des transactions commerciales des pays en développement par l'intermédiaire de banques du secteur privé.
L'administrateur des États-Unis à la Banque mondiale, M. E. Whitney Debevoise, a déclaré à propos de ce programme : « On vient d'observer une diminution extraordinaire des liquidités sur le marché, et c'est là un moyen de mobiliser des ressources du secteur public de manière à ce que des capitaux du secteur privé servent de nouveau à faciliter le financement des transactions commerciales. »
Le commerce mondial, qui a connu un taux d'expansion supérieur à 10 % dans la plupart des grandes puissances économiques pendant la majeure partie de 2008, a commencé à diminuer fortement dans l'ensemble du monde à partir de septembre 2008. Sa diminution a atteint 12 % pendant les trois derniers mois de 2008, d'après l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui prévoit une nouvelle diminution de 9 % pour 2009, ce qui représentera la baisse la plus forte depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le financement des transactions commerciales, qui assure le paiement et la livraison de marchandises, se fait de diverses façons suivant les besoins de l'exportateur et de l'importateur. Il peut être structuré de manière à couvrir les divers frais nécessaires pour faire parvenir les marchandises à l'acheteur, ce qui peut comprendre les fonds de roulement servant à rémunérer les travailleurs.
Selon un haut responsable de la Société financière internationale, M. German Vegarra, le financement des transactions commerciales a été le premier à disparaître lorsque les marchés financiers ont commencé à se bloquer. Depuis le déclenchement de la crise actuelle, de nombreuses banques ont réduit ou interrompu leurs activités dans ce domaine, ce qui nuit particulièrement aux pays en développement car ils dépendent souvent beaucoup plus de l'exportation de matières premières et de produits assemblés que les pays industriels. La pénurie de capitaux dans ce domaine pour les pays en développement se situe entre 100 milliards et 300 milliards de dollars, a dit M. Vegarra, en citant des estimations de l'OMC.
Dans le cadre de son nouveau programme, la SFI aura des rapports directs avec des banques du secteur privé ; elle leur fournira des liquidités qui leur permettront d'offrir un financement à leurs clients des pays en développement. « Les banques sont en fait nos partenaires auxquels nous apportons des liquidités, et nous nous servons de leurs circuits existants pour aider plusieurs pays émergents à la fois », a indiqué M. Vegarra.
Ces banques fourniront 60 % du financement et la SFI les 40 % restants. Le partage des risques entre les banques et la SFI constitue une des grandes innovations de ce programme, selon M. Debevoise.
Le 2 avril, le président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, a conclu des accords avec les deux premières banques qui participeront à ce programme, une banque britannique, la Standard Chartered Bank, et une banque sud-africaine, la Standard Bank of South Africa. Selon le communiqué de presse diffusé par la SFI, la Standard Chartered Bank recevra 500 millions de dollars et la Standard Bank of South Africa 400 millions de dollars. La SFI est actuellement en négociation avec d'autres banques au sujet de leur participation à ce programme, notamment avec la Rabobank (Pays-Bas) et avec la Citibank (États-Unis).
Le Global Trade Liquidity Program est prévu pour une durée de trois ans, a précisé M. Vegarra. La Banque mondiale a établi cette durée en fonction de l'expérience acquise lors des crises financières en Asie à la fin des années 1990 et en Argentine. « Il existe, a-t-il dit, un grand besoin de liquidités dans l'immédiat, mais ce besoin disparaît aussi très rapidement. » Au fur et à mesure que les marchés financiers reprendront le dessus et qu'un plus grand nombre de banques seront plus disposées à prendre des risques et à accorder des prêts, ce programme deviendra de moins en moins nécessaire.
Les États membres du groupe des Vingt (G20) et les institutions financières internationales fourniront 5 milliards de dollars, ce qui devrait permettre de mobiliser 50 milliards de dollars au titre de l'aide. Jusqu'ici, la contribution de la SFI s'élève à 1 milliard de dollars. Quatre ont également versé leur contribution, à savoir la Chine (1,5 milliard de dollars), le Royaume-Uni (environ 447 millions de dollars), le Canada (200 millions de dollars) et les Pays-Bas (50 millions de dollars).
Lors de la réunion au sommet du G20 qui a eu lieu en avril à Londres, les États membres se sont engagés à consacrer au moins 250 milliards de dollars, au cours des deux prochaines années, au financement des transactions commerciales par l'intermédiaire de leurs organismes de crédit à l'exportation et d'investissement et des banques multilatérales de développement. Le nouveau programme de la SFI représente 50 milliards de ce montant, a indiqué M. Vegarra.
La SFI et deux banques régionales de développement, la Banque asiatique de développement et la Banque interaméricaine de développement, ont déjà des programmes d'aide au financement des transactions commerciales, qui consistent notamment à offrir une garantie couvrant le risque de non-paiement pour des transactions particulières. La dotation du programme de la SFI qui offre ce genre de garantie est de 3 milliard de dollars. Les deux banques régionales ont récemment accru la dotation de leur programme pour le faire passer à 1 milliard de dollars.
Pour sa part, les États-Unis fournissent une assurance, des prêts, des garanties et d'autres formes d'aide en matière de financement des transactions commerciales par l'intermédiaire de leur Banque d'import-export, de leur Administration des petites entreprises et leur ministère de l'agriculture.