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20 mai 2009

La corruption sape la confiance et freine le développement

La Banque mondiale radie 351 individus et entreprises de sa clientèle.

 
La conférence de l'ONU sur la lutte contre la corruption de 2008
Des représentants de 140 pays ont participé à la conférence de l'ONU sur la lutte contre la corruption en Indonésie en 2008.

Washington - Les gros titres des journaux financiers abondent, de nos jours, en allégations de corruption fusant de tous les coins du globe, au vu de quoi les institutions de dons et de prêt à des conditions de faveur s'efforcent de plus en plus d'épingler les auteurs de détournements et autres malversations de fonds destinés à des programmes de développement et de lutte contre la pauvreté.

C'est ainsi que la Banque mondiale a radié sept entreprises et un particulier dont elle avait décelé les actes de collusion dans le cadre d'un projet routier aux Philippines. La société de construction E.C. de Luna et son propriétaire ne pourront plus jamais participer à un projet de la Banque.

Le président Obama a lui-même évoqué ce sujet lorsque, en présentant sa nouvelle stratégie pour le Pakistan et l'Afghanistan, il a reproché au gouvernement afghan d'être miné par la corruption. Si la lutte contre la corruption est l'un des piliers de la politique étrangère des États-Unis, c'est parce que ce fléau sape les efforts de développement, mine la confiance dans les institutions démocratiques et facilité la criminalité transnationale et le terrorisme.

La communauté internationale ne saurait fermer les yeux à la corruption, qui a conduit les Afghans à « perdre confiance » dans leur gouvernement, a déclaré le président Obama le 27 mars. « Nous allons élaborer avec le gouvernement afghan un nouvel contrat qui prévoie la répression de la corruption et l'établissement de normes bien précises relatives à l'aide internationale de manière à ce que celle-ci aille bien à la satisfaction des besoins de la population », a-t-il déclaré.

La corruption revêt de nombreux visages, mais les pots-de-vin à eux seuls totalisent un millier de milliards de dollars annuellement, selon les estimations de la Banque mondiale, qui dénonce la corruption et la fraude comme des obstacles sérieux au développement socio-économique et au renforcement des institutions démocratiques et de l'État de droit.

Le directeur général du Contrat mondial des Nations unies, M. Georg Kell, a souligné de son côté le gaspillage énorme de ressources causé par les pratiques corrompues. Le Contrat mondial est, selon la fiche analytique préparée par l'ONU, un programme placé sous les auspices des Nations unies qui vise à encourager et à promouvoir de bonnes pratiques des entreprises dans les secteurs des droits de l'homme, du travail et de l'environnement ; un partenariat qui permet au monde des affaires de travailler avec les institutions des Nations unies, à l'appui de leurs principes et de leurs objectifs. Au nombre de ces principes figure la lutte contre la corruption, notamment les pots-de-vin et l'escroquerie.

Les États-Unis ont ratifié en 2006 la Convention des Nations unies contre la corruption. Le secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, a affirmé que ce traité devrait devenir la norme mondiale.

La corruption sape la confiance et la productivité

La corruption revêt également d'autres formes, notamment les détournements de fonds, le népotisme et les malversations, selon les spécialistes. Ces activités lèsent gravement la confiance de la population dans les pouvoirs publics. Une fois cette confiance perdue, « il est très difficile de la recouvrer », a déclaré récemment le président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick.

Prenant la parole à l'occasion de l'observation de la « Journée de l'intégrité », M. Zoellick a dit que la confiance publique était une condition essentielle de la bonne marche du secteur privé et de l'accroissement des investissements étrangers.

Il a fait allusion à un sondage Gallup, réalisé en 2008, où beaucoup de personnes interrogées dans le monde entier ont dénoncé la corruption comme ayant une incidence négative sur la croissante économique et sur les programmes de lutte contre la pauvreté.

Pour la Banque mondiale, il ne s'agit pas d'embarrasser des responsables du secteur privé ou des fonctionnaires, ni de marquer des points, mais « de protéger les fonds, de renforcer l'intégrité et de devancer les problèmes », a fait remarquer M. Zoellick. En tant que gestionnaire avisée des contributions des pays donateurs, la Banque doit clairement signifier à ses pays clients qu'aucun financement de sa part ne saurait être détourné à des fins personnelles. « La Banque demandera des comptes à ses clients s'ils se mettent à voler de l'argent aux pauvres », a-t-il affirmé.

L'un des administrateurs de la Banque, Mme Ngozi Okonjo-Iweala, a été témoin d'actes de corruption au Nigéria. Elle a remarqué que des fonctionnaires malhonnêtes faisaient des prélèvements sur les salaires de professeurs et allaient jusqu'à priver les élèves de craie.

M. Michael Johnston, professeur à l'université Colgate et l'auteur en 2006 du livre « Syndromes de corruption », a déclaré qu'il existait des pays où des policiers établissaient en milieu rural des « contrôles » routiers et imposaient une « taxe » de passage aux agriculteurs qui se rendaient au marché de la ville et que, de même, des membres des forces de l'ordre descendaient sur ces mêmes marchés pour extorquer de l'argent aux marchands, « de manière à ce que les pauvres restent pauvres ».

M. Jonathan Shapiro, directeur par intérim du département de l'intégrité institutionnelle de la Banque, a déclaré à America.gov que « l'envie d'escroquer est internationale » et que partout dans le monde on trouve des gens « avides d'exploiter les faiblesses du système pour leur propre gain ».

C'est pourquoi, selon lui, une vigilance absolue s'impose et la Banque elle-même enquête sur les allégations de fraude, de corruption, de collusion, de coercition et d'obstruction dans toute affaire impliquant son financement ou son personnel. Depuis 2001, elle a traité quelque 3.000 allégations et condamné 351 entreprises et particuliers.

« Il faut que les gens sentent que nous prenons des mesures », a déclaré M. Shapiro, qui a précisé que les sociétés et individus radiés étaient affichés sur le site d'Internet de la Banque, de façon à assurer la responsabilisation et la transparence.

Dans le cadre de sa mission anti-corruption, a poursuivi M. Shapiro, la Banque organise des programmes de formation et des stages dans les pays qui en expriment le souhait. De plus, l'Institut de la Banque mondiale administre des sessions de formation à Washington.

« Nous nous attaquons de front à la corruption », a souligné le haut responsable. Le fait que les accusations se multiplient montre que « le message passe », a-t-il dit.

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