20 mai 2009
Les manipulations politiques et l'indifférence publique peuvent compromettre les efforts.

Washington - La voie qui mène à l'enfer économique est pavée de... campagnes contre la corruption qui ont échoué.
Les nouveaux dirigeants de pays connus pour leur corruption déclarent souvent avec force la guerre contre la corruption et établissent une commission chargée d'entreprendre des réformes. Et pourtant un grand nombre de ces mesures échouent parce qu'elles ne s'accompagnent pas des éléments politiques et institutionnels essentiels et que les agents publics commettent de nouveau sans tarder les sept « péchés mortels » que sont l'acceptation de pots-de-vin, l'extorsion, le copinage, le népotisme, le patronage, l'escroquerie et le détournement de fonds.
Selon les spécialistes, les réformes visant à réduire la corruption ne peuvent vraiment réussir que lorsqu'elles sont entreprises par un responsable de haut rang et avec suffisamment de persistance pour surmonter la résistance et l'inertie de la bureaucratie. En outre, elles doivent prévoir la participation de la société civile et être exemptes de toute manipulation politique.
Toutefois, il est peu probable que même les mesures les mieux adaptées donnent des résultats si les institutions démocratiques de base, qu'il s'agisse de l'appareil judiciaire ou de la société civile, ne sont pas en place, a fait remarquer M. Christian Poortman, de l'association Transparency International. « Ces institutions doivent exister non seulement sur le papier, mais aussi avoir de véritables pouvoirs pour surveiller les pouvoirs publics et leur faire rendre des comptes », a-t-il dit à America.gov.
Les réformes fondées sur ces principes ont été couronnées de succès à Singapour, à Hongkong, au Botswana, en Tanzanie, en Slovénie, en Lettonie et au Pérou, pays qui ont tous fait des progrès dans le cadre de la lutte contre la corruption.

Par exemple, le Pérou a mis en place un dispositif spécial chargé d'enquêter et de poursuivre en justice les personnes accusées de corruption. À Singapour, les dirigeants veillent à garantir l'honnêteté des agents publics en leur donnant l'exemple et en offrant une bonne rémunération à tous les fonctionnaires. Quant à la Tanzanie, une campagne de lutte contre la corruption était directement liée aux efforts concertés visant à améliorer l'économie du pays, le niveau de vie de la population et le climat pour les affaires.
Toutefois, les programmes qui se résument à des slogans ou qui ne comprennent pas tous les éléments nécessaires ne donnent aucun résultat. Selon M. Guido Bertucci, du département des affaires économiques et sociales de l'ONU, une campagne contre la corruption n'a aucune chance de réussir si le gouvernement la lance à la suite d'un scandale ou à cause des pressions de bailleurs de fonds étrangers. En effet, certains dirigeants se servent d'une campagne contre la corruption comme prétexte pour s'attaquer à leurs adversaires politiques. Même les gouvernements qui sont vraiment résolus à entreprendre des réformes obtiennent moins de résultats s'ils ne font pas participer le secteur privé et la société civile.
Les États où le degré de corruption est le plus élevé sont souvent très pauvres et en proie à une guerre civile ou sont dotés d'un régime répressif, comme l'indique le classement en fonction de l'indice de perception de la corruption de Transparency International de pays tels que la Somalie, la Birmanie, l'Irak, Haïti et l'Afghanistan. En outre, les pays dont l'économie est fermée, c'est-à-dire isolée du marché mondial en raison de barrières douanières et autres, sont plus susceptibles d'avoir un degré de corruption plus élevé que les pays dont l'économie est plus ouverte. Dans de tels pays, les recettes fiscales ainsi que l'aide à l'étranger peuvent être facilement transférées par des moyens détournés dans des comptes bancaires situés dans des paradis fiscaux.
Lorsque la corruption s'enracine dans un pays ou qu'on la considère comme un moyen normal de survie, il est particulièrement difficile de réformer les institutions publiques. Selon M. Richard Messic, de la Banque mondiale, les juges d'instance dans certains pays africains sont si peu rémunérés qu'ils acceptent des pots-de-vin pour subvenir aux besoins de leur famille. « Lorsque les gens sont habitués à accepter des pots-de-vin, qu'ils ont des obligations financières qu'ils remplissent au moyen de pots-de-vin, il est très difficile d'y mettre fin », a-t-il à America.gov.
La mondialisation aggrave encore plus les problèmes de gouvernance dans de jeunes États où des sociétés multinationales désireuses d'exploiter leurs richesses naturelles sont souvent prêtes, si cela se révèle nécessaire, à offrir des pots-de-vin pour remporter des contrats lucratifs.
Il s'ensuit, a dit M. Poortman, que les pays en développement ne peuvent qu'en partie mettre fin au cycle de la corruption.
Il y a dix ans, les États membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont adopté une convention qui interdit d'offrir des pots-de-vin aux agents publics. Toutefois, seule la moitié des États membres de l'OCDE, dont les États-Unis, applique cette convention, indique Transparency International dans son rapport pour 2008. En outre, les sociétés dont le siège se trouve dans des pays émergents qui ne font pas partie de l'OCDE, tels que la Chine, l'Inde et la Russie, sont perçues comme ayant recours à la corruption lors de leurs activités à l'étranger, selon ce même rapport.
« Il faut que les pays industriels et émergents fassent de plus grands efforts pour aider les pays en développement à surmonter l'obstacle de la corruption », a souligné M. Messic