18 mai 2009
Deux grands économistes débattent la question.

Washington - Deux grands économistes ont des vues profondément divergentes sur les causes de l'actuelle crise financière mondiale et sur les moyens d'éviter de tels problèmes à l'avenir.
Lors d'une discussion en ligne organisée le 13 mai, M. Allan Meltzer, professeur d'économie politique à l'université Carnegie Mellon et chercheur invité à l'American Enterprise Institute, s'est lancé dans une véritable joute intellectuelle avec Stuart Mackintosh, directeur exécutif du Groupe des Trente, un organisme consultatif sur les affaires économiques et monétaires internationales, au sujet des avantages et des inconvénients de la réglementation comme moyen d'éviter une nouvelle crise financière. Ce débat a eu lieu dans un studio d'enregistrement du département d'État à Washington et était destiné à des journalistes, des responsables publics et des étudiants universitaires de Chine, d'Australie et de Nouvelle-Zélande.
M. Meltzer s'est fermement exprimé contre la réglementation. « Ça ne marche pas, ça ne marche pas, a-t-il affirmé. L'histoire de la réglementation montre qu'elle protège les banques, pas le public. »
M. Meltzer a écrit une histoire de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, de 1913 à 1951, et travaille en ce moment à la rédaction d'un second ouvrage qui couvrira la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe siècle. Afin d'illustrer ses propos, il a déclaré que la Réserve fédérale avait été inefficace contre la crise des caisses d'épargne et celle de la dette de l'Amérique latine dans les années 80. Elle avait été tout aussi incapable de réagir à la crise engendrée par l'effondrement du secteur de la haute technologie à la fin des années 90. Il n'est donc pas surprenant de constater qu'elle a été incapable d'éviter l'actuelle crise du marché du crédit.

Selon lui, cette crise a surgi non pas à cause d'un manque de réglementation, mais parce que les banques et les institutions financières ont appris à la contourner. « Le premier principe de la réglementation est que lorsque des bureaucrates et des avocats créent un règlement, les banquiers et les marchés apprennent comment le contourner. » Il s'est moqué de l'actuel mouvement au sein de la politique économique en faveur d'un « super-régulateur » qui renforcerait la surveillance publique des marchés financiers.
« L'histoire montre que la Réserve fédérale n'a jamais su anticiper une crise. La SEC (Commission des opérations en bourse) a reçu des pages et des pages décrivant les agissements du financier Bernard Madoff, et elle n'y a rien vu. Renforcer leur pouvoir de réglementation est une ineptie. »
La solution consiste plutôt, selon lui, à éliminer toute assistance venant des contribuables envers les institutions financières désormais considérées comme « trop importantes pour qu'on les laisse faire faillite ». « Si nous ne nous débarrassons pas de ces institutions, nous nous retrouverons, tôt ou tard, aux prises avec une nouvelle crise, parce que le label "trop important pour faire faillite" incite les banques à ne penser qu'aux bénéfices, laissant aux contribuables le soin d'absorber les pertes. »
M. Mackintosh a quant à lui comparé la crise financière à un « quartier chaotique » où des parents adeptes du laissez-faire auraient renoncé à contrôler leurs enfants, citant pour illustrer ses propos des institutions financières comme Lehman Brothers, Citigroup, Bear Stearns Companies et American International Group (AIG). « Ils ont fait des paris risqués et ont dépensé le maximum avec leurs cartes de crédit », a-t-il dit. Pour le gouvernement Obama, la tâche consiste maintenant à « établir de nouveaux règlements pour ce quartier », règlements qui devront être assortis d'une supervision financière plus stricte.
Il était clair que M. Mackintosh était en complet désaccord avec M. Meltzer sur le rôle de la réglementation. Il a affirmé que l'idée selon laquelle les marchés peuvent s'autoréglementer était un oxymoron en soi. La grande question qui anime le débat économique aujourd'hui est celle de déterminer dans quelle mesure on peut réglementer, comment on peut le faire, quelles activités on va réglementer, et quels marchés on va surveiller.
En tant que directeur exécutif du Groupe des 30, M. Mackintosh supervise la compilation de propositions de réformes financières que le gouvernement Obama va ensuite envisager de soumettre au Congrès aux fins de promulgation.
« Ces banques ont pris des risques énormes et mis l'ensemble du système financier, en fait la réelle économie, en danger. Nous ne pouvons pas permettre que cela se reproduise. » Il était toutefois d'accord avec M. Meltzer sur un point, à savoir qu'il fallait mettre en place un mécanisme qui laisserait les banques faire faillite de façon contrôlée.