Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

19 mars 2009

Les É.-U. s'acheminent-ils vers une nouvelle grande crise économique ?

Les économistes s'accordent à dire que les mesures prises par le gouvernement permettront de l'éviter.

 
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Des chommeurs en 1935
Des hommes au chommage attendent en ligne de s'inscrire à un projet de construction à Newark (new Jersey) en avril 1935.

Washington - Irène Hobson, âgée de 89 ans, se souvient de certaines scènes de la précarité engendrée par la grande crise économique des années 30, comme ces hommes qui colportaient des pommes sur les trottoirs de son modeste quartier de Washington.

Sa mère gagnait de l'argent pour nourrir la famille en faisant la lessive des autres. Cela lui permettait en outre d'habiller ses cinq enfants, parce que les gens pour lesquels elle faisait la lessive lui donnaient souvent des vêtements.

Aujourd'hui, alors que le chômage augmente et que la récession s'aggrave, de plus en plus de gens se demandent si les États-Unis ne s'acheminent pas vers une crise du type de celle des années 1930, lorsqu'un quart de la main-d'œuvre était sans emploi et que des millions d'Américains ont sombré dans la pauvreté.

Selon les résultats, publiés le 17 mars, d'un sondage réalisé par CNN/Opinion Research Corporation, 45 % des personnes interrogées s'attendent à voir se développer, d'ici à l'année prochaine, une crise de l'ampleur de celle qu'ont connue les États-Unis dans les années 1930. Ils n'étaient que 38 % à être de cet avis en décembre 2008.

Une crise est définie comme un ralentissement économique caractérisé par une baisse du produit intérieur brut (PIB) - la mesure de tous les biens et services produits dans un pays - de plus de 10 %. Une récession est un phénomène moins prononcé et de plus courte durée. Les États-Unis n'ont pas connu de crise économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont enregistré une seule fois un ralentissement conséquent de leur économie, entre 1973 et 1975, lorsque le PIB a baissé de 4,9 %.

Les principaux responsables du gouvernement des États-Unis affirment que le risque d'une grande crise est éloigné. Dans un rare entretien accordé à l'émission 60 minutes de la chaîne de télévision CBS, le président de la Réserve fédérale - la banque centrale du pays - M. Ben Bernanke, a affirmé que les États-Unis avaient évité la crise.

L'actuelle récession présente pourtant des similitudes inquiétantes avec la crise des années 1930. À l'époque, comme maintenant, les banques s'étaient effondrées et le crédit dont ont besoin les entreprises et les consommateurs s'était fait rare. Le déclin des valeurs sur les places boursières avait fortement réduit la richesse de ceux qui avaient fait des placements. Or l'indice industriel Dow Jones a chuté en moyenne de 52 % au cours des derniers 17 mois. Durant les trois années qui avaient suivi l'apogée du marché boursier en 1929, la valeur des actions boursières avait chuté de 89 %.

Mme Christina Romer, l'une des principales conseillères du président Obama en matière d'économie, a déclaré que la calamité des années 30 avait été beaucoup plus grave que l'actuelle récession. Elle a comparé plusieurs indicateurs clés à l'appui de ses dires. Le taux de chômage a aujourd'hui atteint 8,1 %. Mais durant la pire période de la crise des années 30, il était presque à 25 %. De plus, dans les années 30, il existait moins de mécanismes permettant d'atténuer l'effet de la perte d'un emploi. De même, le PIB aujourd'hui a baissé de 2 % par rapport à son niveau le plus élevé. Durant la grande crise économique, il avait chuté de plus de 25 % entre 1929 et 1933.

Une différence essentielle entre les deux phénomènes a été la réaction du gouvernement. La plupart des économistes s'accordent à dire que la politique menée par Washington au début de la crise de 29 a en fait aggravé la situation. Au fur et à mesure que l'économie ralentissait et que les banques avaient des difficultés à recouvrer leurs prêts, les gens paniquaient et retiraient leurs placements, précipitant près de la moitié des banques vers la faillite. La production, le crédit et la richesse personnelle se sont alors effondrés.

Durant les premières années qui ont suivi le début de la crise de 1929, le gouvernement a adopté une approche conservatrice, resserrant la masse monétaire, laissant les banques faire faillite et prenant peu de mesures de stimulation de l'économie. « Le président Hoover pensait que le ralentissement était une bonne chose, car il purgerait l'économie de toutes les activités non productives », a déclaré Sharyn O'Halloran, professeur d'économie politique à l'université Columbia de New York.

Cette attitude n'a changé qu'en 1933, lorsque Franklin Roosevelt est devenu président et a lancé le New Deal, une politique d'investissements massifs du gouvernement qui a créé des emplois et engendré la reprise d'une certaine activité économique.

Face à l'actuelle récession, le gouvernement a adopté une politique interventionniste. À l'automne 2008, les responsables publics avaient déjà averti que l'inaction pourrait entraîner une nouvelle crise. Le gouvernement a réagi en décaissant des milliards de dollars pour sauver les banques et les compagnies d'assurance. Depuis qu'il a pris ses fonctions en janvier dernier, le président Obama a intensifié cette politique et mis en œuvre un plan massif de relance économique.

Une autre différence par rapport aux années 30 est que les États-Unis et leurs partenaires commerciaux luttent contre le protectionnisme. En effet, lorsque la crise de 29 a frappé, de nombreux pays, dont les États-Unis, ont essayé de protéger leur industrie en augmentant les tarifs sur les produits d'importation. Cela a engendré une chute dévastatrice du commerce mondial qui a approfondi et prolongé la crise.

Aujourd'hui, pour la première fois depuis trente ans, le commerce international a commencé à se contracter. Mais contrairement à leurs prédécesseurs des années 30, les gouvernements de notre époque essaient de coordonner leurs politiques et ont promis de ne pas céder aux pressions protectionnistes.

Mme Romer a affirmé que la méthode interventionniste réduisait fortement les risques d'une grande crise économique. « Nous avons une bien meilleure réaction aujourd'hui. Et nous avons un nouveau président qui lutte de toutes ses forces. »

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