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13 mars 2009

Les États du G-20 penchent vers le protectionnisme malgré leur promesse du contraire

La Banque mondiale en cite pour preuve des mesures récemment adoptées.

 
Le pont de Varrazano-Nevars au New Jersey
Un porte-conteneur s'apprète à passer sous le pont Varrazano-Nevars pour se diriger vers le port de Newark au New Jersey.

Washington - Réduire le protectionnisme sera un thème important à l'ordre du jour du sommet du groupe des Vingt (G-20) qui réunira le 2 avril, à Londres, les chefs d'État et de gouvernement qui représentent les principales économies industrielles et émergentes. Cependant, presque tous ces pays ont imposé de nouvelles limitations aux importations depuis leur dernière réunion du 15 novembre, et ce, malgré l'engagement pris par les dirigeants de ne pas le faire, indique la Banque mondiale.

Dix-sept des 20 États membres du groupe figurent parmi ceux, qui, comme l'Union européenne, ont adopté des mesures qui « imposent des restrictions aux échanges commerciaux aux dépens d'autres pays », fait remarquer la Banque mondiale. Mais le Japon, l'Arabie saoudite et l'Afrique du Sud ont évité d'en prendre.

Les nouvelles mesures protectionnistes, qui sont toutes entrées en vigueur depuis le dernier sommet financier de novembre à Washington, « n'auront vraisemblablement qu'un impact marginal sur le commerce », selon une étude menée récemment par la Banque mondiale. Les causes principales de la contraction du commerce international sont la récession à l'échelle mondiale et le coût élevé du financement et ses carences, indique le rapport. « Néanmoins, la tendance vers le protectionnisme s'accroît », souligne cette étude intitulée « Le protectionnisme commercial : tendance embryonnaire mais dangereuse ».

Les méthodes protectionnistes utilisées par les pays développés sont différentes de celles du monde en développement. Les États développés du G-20 - Allemagne, Australie, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Union européenne - comptent presque entièrement sur les subventions au secteur industriel, telle l'aide massive qu'ils accordent à l'industrie automobile, selon la Banque mondiale.

Pour leur part, les États en développement du G-20 - Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie - utilisent un ensemble de diverses mesures protectionnistes, les hausses tarifaires constituant environ la moitié d'entre elles.

La Banque mondiale signale une hausse de 15 % des mesures anti-dumping, qui sont une autre forme de protectionnisme, et une augmentation des subventions agricoles.

Le premier ministre britannique Gordon Brown et d'autres personnalités ont dit que la question du protectionnisme devrait être soulevée au sommet de Londres mais certains se demandent jusqu'à quel point le G-20 peut influencer ce dossier.

Le port Fuzhou en Chine
Une porte-conteneur en direction du Japon quitte le port Fuzhou en Chine. Les G20 dirigent 80 % du commerce mondial.

Les membres du G-20 pourraient « énoncer exactement pourquoi ils devraient éviter le protectionnisme », a dit Philip Levy, chercheur à l'American Enterprise Institute et ancien responsable de politique économique sous le président George Bush. Mais il souligne que « probablement, cela contredirait les actions de beaucoup d'entre eux ».

Une faiblesse du prochain sommet du G-20 sera le fait qu'il n'examinera pas la politique économique de la Chine et le déséquilibre qu'elle entraîne, a dit Peter Morici, professeur à l'université de Maryland et ancien économiste à la Commission des États-Unis sur le commerce international. « Il faut réagir à ce que fait la Chine », dit-il à America.gov. « Le ferez-vous dans le cadre du G-20 ? Je ne pense pas. »

« Quelques déclarations vagues seront faites, mettant en garde contre les activités protectionnistes et invitant les pays à coordonner leur réponse à la crise internationale », a ajouté M. Morici. « Elles ne mèneront pas à grand-chose mais c'est toujours avantageux d'avoir les dirigeants de la communauté internationale réunis à un sommet. »

Gary Hufbauer, chercheur principal et expert en politique commerciale à l'Institut Peterson d'études économiques internationales à Washington, a dit que le G-20 n'a pas les moyens de chapitrer les États membres qui ne respectent pas les documents qu'ils signent, telle la promesse de s'abstenir d'adopter de nouvelles mesures protectionnistes. « Si vous n'avez pas les moyens de demander des comptes aux États membres, ne serait-ce qu'en les nommant et en leur faisant honte, vos déclarations peuvent donc être ignorées. »

De plus, les mesures protectionnistes sont tolérées dans les réglementations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a dit M. Hufbauer.

« Il y a certains domaines que ces règles ne couvrent pas et où elles offrent de la souplesse », a-t-il fait remarquer. Il donne en exemple les droits de douane consolidés auxquels dont les États membres sont convenus, et qui peuvent être élevés pour les pays en développement. L'Inde applique des tarifs de 10 à 12 % sur les produits finis bien que les droits consolidés autorisés par l'OMC sont de 40 à 60 %. « Rien n'empêche l'Inde d'augmenter ses tarifs jusqu'à ces niveaux-là sans enfreindre aucune obligation internationale. »

La clause « Buy American » (achetez américain) du plan de relance récemment adopté à Washington, qui restreint certaines acquisitions du gouvernement à des produits américains, a créé des inquiétudes parmi les partenaires économiques des États-Unis. Mais cette clause se conforme au droit international sur le commerce du fait qu'elle permet la participation au programme Buy American des pays signataires du protocole de l'OMC sur les achats gouvernementaux et à ceux qui ont conclu des accords de libre-échange avec les États-Unis.

MM. Hufbauer, Levy et Morici ont tous dit que la récession internationale est le facteur le plus important du déclin actuel du commerce international.

Les importations et exportations des États-Unis diminuent depuis juillet 2008, quand elles avaient atteint des plafonds respectivement de 2,5 et de 1,84 billions (mille milliards) de dollars. Mais la tendance « est clairement à la baisse », a dit M. Hufbauer, ajoutant que d'autres principales économies ont aussi réduit leurs importations.

Dans ce climat, dit-il, le protectionnisme « est un peu comme la fumée d'un feu dans une forêt aride - celle-ci étant la récession. Et il pourrait s'étendre rapidement. »

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